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Le difficile passage d’une flamme

Une flamme dérobée par Prométhée ou qui se dérobe à honneur et dignité ?

Que faire d’une torche qui refuse de rester allumée ?

mercredi 9 avril 2008, par Picospin

Si la Chine est souveraine chez elle - sauf à considérer le droit d’ingérence comme légitime - nous devrions l’être sur notre sol. L’arrivée de ces jeux Olympiques "chinois" n’est pas le fruit d’une décision récente et la situation au Tibet n’est pas une nouveauté pas plus que ne l’était le passage sur notre territoire de la flamme olympique. Notre gouvernement n’avait-il pas assez de temps pour s’y préparer et le chef de l’Etat, auparavant ministre de l’Intérieur et donc responsable de la sécurité sur notre territoire, ne pouvait-il se consacrer à la préparation de la manifestation pendant plus de trois ans.

Des bouteilles d’oxygène

Faute d’oxygène la flamme risque de s’éteindre - si ce n’est déjà fait - à la suite du comportement d’une foule à la recherche de ses manifestations et des éclaircissements réclamés au sujet d’une cause considérée comme juste. Elle a attiré une armada de policiers, des camionnettes, de bus, pour un parcours où la flamme, plus que vacillante, est complètement isolée des spectateurs, des manifestants molestés, entourés de téléphones portables, de dirigeants espionnés par la police, de fanions chinois et français autorisés et de tibétains interdits, une torche instable et agitée soutenant à peine une flamme enfermée dans un bus et qui s’éteindra vite, étouffée par les hommes, les cris et les pleurs et qui va tenter de parcourir un trajet sans cesse modifié par d’éminents stratèges des combats de rue et qui ostensiblement, évitera la mairie de Paris pour se terminer dans un défilé chaotique et motorisé. Si la Chine est souveraine chez elle - sauf à considérer le droit d’ingérence comme légitime - nous devrions l’être sur notre sol. L’arrivée de ces jeux Olympiques chinois n’est pas le fruit d’une décision récente et la situation au Tibet n’est pas une nouveauté pas plus que ne l’était le passage sur notre territoire de la flamme olympique. Notre gouvernement avait donc plus d’un an pour s’y préparer et le chef de l’Etat, auparavant ministre de l’Intérieur donc responsable de la sécurité sur notre territoire, ne pouvait-il se consacrer à la préparation de la manifestation pendant près de trois ans ?

Choix pour une étincelle

Cette flamme n’avait que le choix entre deux parcours sportifs, deux cheminements spirituels et deux itinéraires de l’honneur. Un risqué et démocratique : ouvrir le débat en France, comprendre les motivations des uns et des autres, discuter, débattre, choisir parmi les organisations responsables concernées, prévoir un plan accepté par tous, autoriser la libre expression à partir du moment où elle était pacifique et qu’elle ne troublait pas la manifestation, laisser courir seul avec son flambeau à la main chaque relayeur, avec des spectateurs aussi libres, joyeux et enthousiastes que pour un tour de France, rendre un sens au sport et à la dignité et montrer que le pays traversé était libre et démocratique. La seconde, celle qui a été finalement choisie, ne conduisait-elle pas à l’affrontement avec l’interdiction de s’exprimer, une protection maximale et disproportionnée, une bulle incongrue et un flambeau devenu tout sauf un symbole de l’olympisme puisque invisible et encadré de policiers, comme un sens dépourvu de symbolique. En choisissant de "sécuriser" à outrance le déplacement de la flamme olympique, l’effet fut dévastateur. Dévastateur car quoi de plus effarant que ces images troublantes de rues vides avec un cortège de cars de CRS, de policiers et de pompiers qui étouffent un sportif porteur d’une flamme définitivement disparue. N’était-il pas insoutenable de voir des opposants se faire molester et incongru de constater que, malgré toutes ces précautions, ces derniers franchissaient facilement des cordons poreux ce qui ajoute le ridicule du système à son impuissance,dévastateur l’effet d’un flambeau protégé dans un car, pitoyable d’observer une flamme qui s’éteint comme diaparait un symbole.

Qui organise et protège ?

Si les Chinois sont les organisateurs exécutifs des jeux Olympiques, ils n’en sont en rien les propriétaires. De ce fait, si ce qui se passe chez eux les concerne, le passage de la torche olympique n’est pas leur propriété et n’entre pas dans le domaine de leurs prérogatives. Si la torche doit passer en France, ce plan reste du ressort du Comité olympique et de la France. Pour quelle raison et à la suite de quelle décision dont on ne connaît pas l’origine, la France s’est-elle pliée aux exigences chinoises consistant à modifier le trajet du flambeau et à faire entrer la torche olympique dans un autobus ? Par quelle extraordinaire vertu la France a-t-elle accepté ces ordres ? Ce déroulement sort du choix entre boycott ou laisser aller. Pour quelles raisons la France devait-elle se plier aux exigences chinoises ? Est-il vrai que nous n’avons pas de conditions à imposer pour assister en Chine à la cérémonie d’ouverture des JO, à accepter que la Chine, elle, puisse imposer sur notre territoire le déroulement d’une manifestation internationale dont elle n’est ni l’inventeur, ni la garante, ni la propriétaire. Aux sentiments mitigés, souvent hostiles fait place l’inquiétude. Inquiétude que seuls les drapeaux chinois et français aient été autorisés à l’exhibition, souci que les dirigeants d’associations aient été placés sous surveillance, leur téléphone sur écoute. Irritation de constater une organisation martiale d’une telle ampleur en démocratie, inquiétude s’ajoutant à l’échec car si ce résultat ne va pas entraîner la remise en cause de sa raison d’être, il risque fort d’être démultiplié à l’occasion de la formation de cortèges du même type lors de futures démonstrations de ce type. L’organisation monstrueuse a accouché d’un monstre. Ce qu’éclaire maintenant une flamme en voie d’extinction ou déjà éteinte c’est l’image altérée de l’olympisme, de la sérénité, de la démocratie, de la compétence, de la tolérance, de l’efficacité.

Des symboles

La liberté, l’olympisme, la démocratie, le droit à l’expression sont des concepts qui ont été profondément entamés à la suite de cafouillages incertains, de mesures chaotiques, de décisions contestables. Certains y auront gagné comme la Chine qui aura imposé à un pays ses oukases et peut-être plus loin, les défenseurs du Tibet ? Ces images, après celles de Londres qui avaient entamé le processus mortifère, auront tué définitivement la symbolique positive de la torche olympique. La faire transiter en France dans ces conditions c’était se mettre entre l’enclume et le marteau d’où l’on sort constamment aplati, laminé, sinon défiguré. C’est ce qui s’est passé. Il aurait mieux valu qu’elle ne transite pas et si oui, qu’elle le fit librement. La vraie démonstration d’une force intacte, debout et présente aurait été de promouvoir sa libre circulation avec le droit à l’expression responsable. C’était un risque que les autorités n’ont pas cru devoir prendre, une autre voie supposée moins risquée. Au bout de la route est-ce l’échec total et sans rémission comme le croient déjà et encore certains.

Questionnement éthique :

1. N’y a-t-il pas un conflit d’intérêts majeur entre la puissance commerciale de la Chine et la nécessité économique pour les pays occidentaux de commercer avec elle et la précarité de sa démocratie ?

2. Le monde occidental n’est-il pas laminé entre ces deux tendances ce qui explique les difficultés qu’il a à trouver un compromis politique, diplomatique, spirituel et moral entre une nécessité économique et un impératif catégorique ?

3. Le gouvernement français devait-il accepter autant de conditions de la part des instances chinoises y compris le débarquement en France d’un personnel chinois chargé d’organiser et de maintenir l’ordre ?

4. Comment cette équipe a-t-elle pu s’installer en France et diriger les opérations sans que les autorités françaises n’en fussent averties ?

5. Est-ce que la situation actuelle faite d’une tension d’ordre spirituel et religieux entre le Dalaï Lama et le gouvernement populaire chinois n’envenime pas une situation diplomatique et stratégique complexe qui prend l’occident pour otage ?