Ethique Info

Accueil > Culture > Une grande Dame entre à l’Académie Française

Quels personnages pour quels Instituts ?

Une grande Dame entre à l’Académie Française

Pourquoi celle-ci et pas une autre ?

vendredi 19 mars 2010, par Picospin

On s’intéresse davantage aux évènements mieux symbolisés comme la disparition récente de Jean Ferrat, chantre d’une certaine France et d’une certaine orientation politique ou l’élection de Simone Veil à l’Académie Française. A ce propos, ne conviendrait-il pas de préciser pour tous les citoyens en général et les plus démunis en culture, connaissance civique et fonctionnement des institutions quels sont les critères généralement admis pour prétendre occuper un fauteuil dans cette institution.

Que fait-on à l’Académie ?

D’aucuns pensent qu’elle est réservée aux écrivains particulièrement à l’aise avec le maniement de la langue française. Ont-ils tort, ont-ils raisons ? Un rappel pour expliquer et développer le sens des conditions d’accès au quai Conti ne serait pas inutile, ne serait-ce que pour rétablir des faits dans toute leur transparence. Cette dernière pourrait éviter que les gens très éloignés des sites chargés de gérer l’excellence de la France ne crient au scandale et à l’injustice. Même si ce n’est pas spécifiquement le cas de Simone Veil, une telle initiative serait de nature à calmer les esprits et à rétablir la conviction d’une justice équitablement distribuée dans la clarté, l’intelligibilité et l’intégrité des consciences. Cette dame qui a rendu de grands services à la société française méritait assurément une place d’honneur quelque part dans les institutions et les lieux sacralisés de la République. Était-ce nécessairement à l’Académie Française plus qu’à l’Académie des Sciences Morales et Politiques ? Le rôle de l’Académie française est double : veiller sur la langue française et accomplir des actes de mécénat. La première mission lui a été conférée dès l’origine par ses statuts. Pour s’en acquitter, l’Académie a travaillé dans le passé à fixer la langue, pour en faire un patrimoine commun à tous les Français et à tous ceux qui pratiquent notre langue. Aujourd’hui, elle agit pour en maintenir les qualités et en suivre les évolutions nécessaires. Elle en définit le bon usage. Elle le fait en élaborant son dictionnaire qui fixe l’usage de la langue, mais aussi par ses recommandations et par sa participation aux différentes commissions de terminologie.

Quelles missions

La seconde mission — le mécénat —, non prévue à l’origine, a été rendue possible par les dons et legs qui lui ont été consentis. L’Académie décerne chaque année des prix littéraires dont le grand prix de la Francophonie qui témoigne de l’intérêt constant de l’Académie pour le rayonnement de la langue française dans le monde. L’Académie attribue aussi des subventions à des sociétés littéraires ou savantes, des œuvres de bienfaisance, des aides à des familles nombreuses, aux veuves, aux personnes défavorisées ou qui se sont distinguées par l’accomplissement d’actes de dévouement ainsi que des bourses. A l’Académie des Sciences Morales et Politiques, on pose et on se pose des questions qui, dans leur forme, sont simples, de celles que tout esprit curieux se pose un jour. Pour préciser les problèmes débattus à l’intérieur cette institution, qu’il suffise de présenter des exemples de questions. Elles portent sur des notions aussi fondamentales que celles d’objet, d’objectivité, de multiplicité et d’unité, de déterminisme, de nature du temps et de nature de la connaissance. Elles sont si pertinentes qu’y répondre en se laissant guider par la physique d’aujourd’hui les éclaire d’un jour nouveau... et, déconcertant.

Découvertes ?

Certaines découvertes théorético-expérimentales débouchent sur d’apparentes impasses conceptuelles dont on peut sortir mais seulement au prix d’une grave mise en question de notre manière habituelle d’interpréter les phénomènes en termes d’un réel sous-jacent. De sorte que par exemple contrairement à ce qu’on affirme encore souvent — il est aujourd’hui scientifiquement impossible de croire à une "matière" dont, à tous les niveaux, la structure serait comparable à l’expérience que nous avons des choses que nous appelons matérielles. C’est là un des points significatifs — il y en a d’autres, plus précis, donc de plus de portée encore ! — dont l’étude des questions posées montre qu’ils découlent - les uns nécessairement, les autres en toute vraisemblance - de certains acquis expérimentaux de la physique contemporaine. A la longue notre commune vision du monde s’en trouvera assurément affinée et modifiée. Je ne me mêlerai pas au débat concernant la véritable et juste place que Simone Veil aurait pu occuper dans une ou d’autres instituts d’état.

Mérites

Sans doute les eut-elle toutes méritées tant était large l’éventail de ces activités qui lui eut permis de passer d’un fauteuil à l’autre comme dans un jeu de chaises musicales bien rôdé qui n’eût lésé personne. La seule question dont la réponse n’est indifférente à personne est bien celle-ci : en raison de l’extrême qualité de cette personne ayant traversé le 20è siècle en laissant dans son souvenir et enfermé dans sa terre sa mère, sa compagne du martyrologue de tout un peuple décimé par l’acharnement de l’histoire dans sa folie la plus démesurée, n’y avait-il pas un monument plus significatif et symbolique de son action, une institution mieux adaptée à sa présence et à sa mémoire que la réunion d’écrivains spécialement chargés de veiller à la conservation d’une langue, victime de considérables érosions naturelles qui la défigurent avant, espérons-le de renaitre, de cendres encore tièdes.

Questionnement :

1. Comment classer les plus méritants des citoyens surtout en période historique troublée ?

2. Comment déterminer la place la plus adaptée à l’activité des candidats à la gloire et à la mémoire ?

3. Y a-t-il d’autres moyens ou d’autres choix que ceux de la place en institutions prestigieuses pour récompenser et honorer les actes les plus significatifs, sinon les plus héroïques ?

4. Comment signifier au peuple le désir de la nation d’honorer ses personnes les plus méritantes ?