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Déesses sur le dos d’un taureau

Une histoire d’Europe

Eléphants en marche

lundi 7 mai 2012, par Picospin

Cette dernière, comme on le sait, avait mis aux prises au sens propre et figuré, la forte personnalité du candidat mâle à la Présidence de la République à celle, plus discrète mais non moins opiniâtre, d’une image féminine de la République pour laquelle elle avait milité depuis fort longtemps, en tout cas bien plus que le temps pour son adversaire du moment à quitter les bords du Danube, éprouver les joies et splendeurs du communisme des pays de l’est et venir gouter aux joies, avantages et inconvénients à un degré moindre du pays d’adoption, nouvel amour inspiré par le cœur, l’esprit, les poètes et exprimé avec une syntaxe encore critiquable et perfectible mais assurément perfectible.

Une Europe appelée Ségolène

Cette image, c’est bien celle d’Europe, appelée pour la circonstance Ségolène, moins fille du Roi de Sidon que d’un haut gradé de l’armée française ce qui lui confère une assise plus ancrée dans le champ de son pays la France. Pour creuser cette dernière, elle avait aussi essuyé ses vêtements impeccables sur les bancs de l’ENA dont le grand réformateur vient de succomber mystérieusement à New York dans un hôtel de Manhattan sans que la cause de cette disparition fut connue et qu’on s’empresse de la dévoiler aux oreilles du grand public d’habitude plus curieux de connaitre le dévoilement d’intrigues dites policières mais qui en ce cas ne le sont peut-être pas. Originaire des bords de l’Atlantique qui limite l’Europe à son extrémité occidentale, elle ne s’en intéressait pas moins pour autant au sort réservé au reste de ce continent, autrefois béni des dieux, actuellement moins providentiel qu’il ne fut autrefois, lorsque ses troupes conquéraient le monde, asservissaient les peuplades les plus primitives pour leur apporter les bénédictions, des nouvelles religions dont elle-même bénéficiait lorsqu’elle traversa la mer sur le dos d’un taureau, sans souffrance, sans retard pour parvenir à bon port. A cette époque les tsunami étaient moins fréquents, moins puissants et révolutionnaires et les eaux plus calmes en profondeur et en surface.

Rencontre d’un dieu

L’histoire ne dit pas comment en chemin elle rencontra non pas un dieu qui serait tombé amoureux d’elle mais deux continents dont chacun, sous la forme d’une femme tentait de la posséder, l’Asie prétendant avoir droit de propriété puisqu’elle lui avait donné naissance et l’autre, sans nom encore, déclarant que Zeus lui donnerait l’adolescente. Europe, fraichement émoulue de la prestigieuse institution où elle apprit à la perfection les matières nécessaires et indispensables à l’exercice de l’art politique, décida de ne pas se rendormir à la fin de ce cursus d’excellence malgré le efforts consentis pour mériter et obtenir une place d’honneur à la sortie de cet établissement prestigieux. Elle préféra appeler ses compagnes nées la même année qu’elle et de leur proposer une escapade dans les prés fleuris en bordure de cet océan qu’elle aimait tant. C’était leur lieu de prédilection pour y danser, s’y baigner ou y cueillir des fleurs. Cette fois, sachant que les fleurs avaient atteint le moment de leur perfection, toutes se munirent de paniers pour y déposer ces dernières. Celui d’Europe – alias Ségolène – était en or délicatement ciselé de silhouettes qui racontaient l’histoire d’Io, sa sœur, ses voyages sous la forme d’une vache et celle de Zeus la touchant de sa main pour lui rendre sa forme humaine. C’était une merveille digne d’admiration et l’œuvre d’un personnage du nom d’Héphaïstos, célèbre ouvrier de l’Olympe.

Cueillettes

Si le panier était charmant, les fleurs destinées à le remplir ne l’étaient pas moins, narcisses odorants, jacinthes, violettes et crocus jaunes et par dessus tout la splendeur cramoisie de la rose sauvage. Enchantées, les fillettes poursuivaient leur cueillette, passant d’une prairie dans l’autre. Tandis qu’accoudé aux célestes balcons, Zeus observait ce spectacle, celle qui avait le pouvoir de subjuguer le dieu, prit son arc et d’une flèche perça le cœur de Zeus qui à cet instant s’éprit d’un fol amour pour Europe. Dans cette situation, il pensa devoir montrer plus de prudence ce qui l’incita à se changer en taureau pour paraître devant cette dernière. Ce fut un superbe taureau avec une robe de couleur châtaigne, un front marqué d’un disque d’argent, surmonté d’une corne en croissant de lune. Les jeunes filles l’entourèrent, le caressèrent avec d’autant plus de plaisir qu’elles purent respirer son doux parfum plus odorant que celui dégagé par les fleurs de la prairie. Il meugla avec tant de notes harmonieuses que même une flûte n’eut pu émettre un son plus mélodieux. Après s’être assise sur le vaste dos de son nouvel hôte, celui-ci fit un bond tel qu’il put enjamber la mer pour passer au-dessus de cette étendue d’eau.

Au-dessus des vagues

Pendant qu’il enjambait les vagues qui se calmèrent instantanément sous ses pas, une procession surgit comprenant les divinités marines au premier plan desquelles on put identifier les Néréides chevauchant les dauphins, Tritons soufflant dans des conques suivis par le frère de Zeus, seigneur de la mer. Pendant cette chevauchée, Europe se retenait de la main à la corne du taureau et de l’autre relevait sa robe pourpre pour éviter de la mouiller. En réalité ce ne fut pas un taureau mais un dieu déguisé qui agissait ainsi sous l’inspiration profonde d’un grand amour. C’est ainsi qu’il l’emmena en Crète pour le soustraire à Cronos, son père au moment où les Saisons, gardiennes attitrées des portes de l’Olympe parèrent la jeune fille pour ses noces. Ses fils furent célèbres pour avoir aidé leur père à devenir Président d’une République située quelque part à l’ouest de l’Europe, non seulement en ce monde mais dans l’autre où deux d’entre eux devinrent des juges fameux pour leur talent, leur droiture et leur art consommé de rendre la justice. Mais c’est bien le nom d’Europe – Ségolène – qui demeure à jamais le mieux connu.

Un certain regard

Hier soir, elle jeta un regard incertain, nostalgique sur son Zeus à elle, pensant qu’elle l’avait devancé dans la tentative d’accéder à la Présidence en lui confiant le fruit de son expérience pour l’empêcher de commettre les fautes qu’elle-même ne sut pas éviter. Elle jeta un regard sur son dieu revenu en toute hâte de son village né dans les volcans éteints, un autre à ses deux fils et un troisième à la rivale qui avait pris sa place auprès de Zeus. Elle ne put qu’essuyer une larme, se réfugier derrière les chapiteaux dressés pour la gloire d’un nouveau dieu et s’en aller comme elle était venue, dans la discrétion puis l’oubli.