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Banqueroute en Islande

Une île de beauté et de chaleur sous le pôle

Pourquoi ?

jeudi 9 octobre 2008, par Picospin

L’île est traversée par le rift de la ride médio-atlantique, ce qui explique que la plupart de l’activité volcanique et géothermale se situe le long de ce graben, là où le magma est le plus près de la surface. La partie Nord-Ouest de l’Islande est sur la plaque tectonique américaine et celle du Sud Est sur la plaque eurasiatique.

Europe ou Amérique ?

Contrairement au Groenland voisin, l’Islande fait partie politiquement de l’Europe, et non de l’Amérique. Si elle se situe en effet à cheval sur le rift de séparation des deux continents, la plus grande partie de son territoire est du côté européen du rift ; culturellement et historiquement, sa population est d’origine européenne et non indienne/inuit. Ce pays bénéficie d’un climat océanique tempéré, soumis à l’influence des vents froids polaires et, grâce au Gulf Stream, d’une température bien plus clémente en hiver que New York. Les températures ne s’écartent jamais beaucoup de 0°C (5°C en moyenne annuelle à Reykjavik, 3,8°C à Akureyri). Les précipitations y varient du nord au sud. A Akureyri, au nord, le total est inférieur à 500 mm, alors qu’au sud, certaines stations atteintes de plein fouet par les tempêtes océaniques ont un total pluviométrique annuel dépassant facilement les 2000 mm. L’activité géothermale constituée de solfatares et de sources thermales, dont les spectaculaires geysers (ce mot étant lui-même d’origine islandaise) y est considérable. L’abondance d’une telle énergie géothermique fait que la plupart des habitants ont accès à l’eau chaude et au chauffage domestique pour des prix dérisoires. L’électricité de même, est produite facilement grâce aux nombreuses rivières et chutes d’eau, utilisées par l’industrie hydroélectrique. En aval du plus grand glacier d’Europe, le barrage hydroélectrique de Karahnjukar, haut de 198 mètres, alimente à l’est du pays une usine d’aluminium Alcoa, qui produit 322 000 tonnes par an et où 57 km² de terres sont submergées.

Un énorme barrage

Ce barrage a fait aussi disparaître 50 chutes ou cascades en bloquant le fleuve Jökulsa. Des écologistes se sont opposés à sa construction, arguent que très peu d’Islandais ont sollicité un emploi auprès d’Alcoa, et que par conséquent cette usine n’enrayera de toute façon pas la désertification de cette région, principale raison du soutien gouvernemental. La compagnie Alcoaa qui construit sa fonderie, dévoreuse d’énergie, à Reydarfjördur pour utiliser l’énergie bon marché du barrage n’est pas tenue de respecter les émissions de CO2. Le minerai de bauxite est importé des tropiques et l’aluminium est expédié par bateau en Europe. Avec le déclin des pêcheries familiales, la plupart des villages côtiers meurent peu à peu. Les défenseurs des fonderies d’aluminium affirment que cette industrie est nécessaire pour revitaliser les zones rurales, alors que les écologistes préconisent la construction de nouveaux parcs nationaux pour renforcer le tourisme, seul secteur en croissance rapide. En 2007, l’État a créé le parc national de Vatnajökull pour compenser la perte des étendues sauvages au profit du barrage de Karahnjukar, formées surtout de glace. Les côtes de l’île sont truffées de fjords, où se situent la plupart des agglomérations. Plus de la moitié de la population vit à Reykjavík et dans le sud-Ouest de l’île principale qui est totalement située au Sud du cercle arctique et connaît une alternance jour/nuit toute l’année, même si la durée de clarté du jour est très courte en hiver et les nuits sont très courtes en été. L’est de l’île ne compte que 12 000 habitants, vivant exclusivement de la pêche. L’île de Grímsey, sur le cercle polaire arctique, est le lieu habité le plus septentrional d’Islande.

Vie douillette

Les fermes traditionnelles en bois sont construites à l’abri des vents dominants et leurs toitures, couvertes d’une épaisse couche de tourbe, comportent une maison d’habitation où la famille vit dans une pièce commune et des étables aménagées pour accueillir les moutons en hiver. L’Islande, officiellement République d’Islande (en islandais Lýðveldið Ísland ou simplement Ísland, littéralement « terre de glace »), est un État insulaire de l’océan Atlantique Nord, situé entre le Groenland, l’Écosse et la Norvège, au nord-ouest des îles Féroé. Parce que située sur la dorsale médio-Atlantique, l’Islande compte de nombreux volcans. L’Islande est le pays le plus développé dans le monde selon l’indice de développement humain (IDH). L’Islande est caractérisée par un système d’économie mixte où les services, la finance, la pêche et les industries sont les principaux secteurs. Le pays est membre de l’ONU, de l’OTAN, de l’AELE, de l’OCDE, et de l’EEE mais pas de l’Union européenne. Aviez-vous entendu parler de l’Islande avant d’en lire une description touristique, géologique, géographique et par intermittence historique avant celle qui est présentée ici ? Les crises révèlent parfois un aspect inattendu, souvent caché des réalités du monde. Pourtant nous croulons sous les documents publicitaires, les offres de vacances paradisiaques qui nous ouvrent toutes grandes les portes des régions qu’on nous appelle à visiter. L’Islande fait partie de ces quelques cibles proposées aux photographies des vacanciers en mal de destinations. L’attrait en este encore augmenté et enjolivé par le fait que l’on atteint cette contrée après une croisière, mode de locomotion qui est de plus en plus prisé par les privilégiés de notre univers, qu’ils portent un parachute doré sur leurs épaules ou qu’ils se lancent seuls dans la grande aventure d’une expédition qui leur paraît d’autant plus originale qu’ils pensent faire partie des explorateurs choisis pour leur compétence, leur courage, voire leur héroïsme. Il est vrai que quand on compte les années de vie agréable et en parfaite santé de Claude Lévy-Strauss, anthropologue déjà centenaire et qui n’avait pas craint d’affronter les mygales et piranhas des forêts amazoniennes, on se dit que bouger n’est pas un des moyens les plus dangereux ni les plus pathologiques de passer sa vie.

L’anthropologie mène à tout...

C’est d’ailleurs cette activité qui est hautement recommandé en ce moment, avec une insistance soulignée par les publicités télévisées qui ne craignent pas d’ajouter à ces conseils hygiéno-diététiques de consommer 5 légumes et fruits par jour. Cette recommandation est-elle bien venue à un moment où la crise financière remet dans les poches des plus âgés les pièces d’or, les napoléons de leur enfance, dernier refuge caché de leurs avoirs autrefois confiés aux banques et depuis retirés pour cause de défiance ? On croyait ce pays du bout du monde dont on ignorait le statut politique, économique, administratif à l’abri des regards. Certains connaisseurs appréciaient ses grandes étendues, sa maigre population et surtout ses geysers venus du fond de la terre pour réchauffer les corps refroidis des touristes par les icebergs et l’immobilité forcée dans les embarcations les convoyant vers cette destination originale, si proche des pôles. Et voilà que l’on révèle à un monde ébahi que les geysers sont en réalité des billets de banque, les igloos des comptes bancaires, les maisons des abris pour paradis fiscal. L’Islande est réputée pour ses splendides paysages forgés par la glace et le feu. Vous constaterez très vite qu’elle n’a pas usurpé sa réputation. Entre les geysers, les champs de lave et les lacs où flottent des icebergs, côté dépaysement, vous serez servi ! Les parcs nationaux et les curiosités naturelles ne manquent pas sur cette île dont la surface représente à peine le 1/5ème de la France … Si vous avez un peu de temps devant vous, vous pourrez remonter tout au nord pour explorer les fjords. Si le temps n’est pas de la partie, optez, comme le font les Islandais, pour un bain dans une piscine géothermique. Il vous fera oublier en un clin d’œil une journée pluvieuse.

Grands espaces

L’Islande et ses grands espaces mettront au défi les plus sportifs d’entre vous. Randonnées, vélo, équitation ou partie de golf sous le soleil de minuit, vous trouverez largement de quoi vous faire plaisir. Colonisée par les Vikings au IXème siècle, l’Islande possède une riche littérature qui raconte leurs aventures. Faites un tour dans les musées pour découvrir une foule de choses sur ce peuple passionné de littérature, ses dieux et ses légendes. Comment un pays aussi calme, apparemment éloigné des vicissitudes de la vie urbaine, des grandes concentrations administratives ou économiques, qui paraissait parfaitement équipé, sinon armé contre les grands mouvements d’idées, les conflits sociaux, le chômage en est-il arrivé là, tenant compte du fait que ce n’est pas un pays en voie de développement dans l’éventuel tumulte de grands conflits d’intérêt, qu’il représente une société moderne riche dotée des institutions les plus stables ? Une première réponse peut être trouvée dans l’hypertrophie des banques par rapport au pays, ses imprévoyances et ses erreurs, ses dettes représentant 12 fois le PNB du pays. N’y a-t-il pas dans l’organisation quasi parfaite de cet îlot de verdure et de chaleur des dysfonctionnement masqués par la faillite des hommes politiques, des grands responsables, des cumuls entre finances, politique, ce qui ne saurait conduire qu’à des conflits d’intérêt, la mise sous tutelle de l’intérêt public au profit de celui du privé, des liens consanguins entre les entreprises et les affaires dont la direction est partagée entre membres d’une même famille. Les succès montent à la tête des plus fragiles et de ceux qui remportent les succès les plus faciles et les plus rapidement acquis. C’est ce qui s’est passé avec certains des jeunes dorés qui traversent l’atlantique en jet privé, résident à New York et à Londres, installent des sociétés dans la nouvelle Russie, vivent aussi du troc entre pétrole et laine et harengs en attendant que la fonte des glaces polaires ne transforme les côtes de Sibérie en autoroutes maritimes et Reykjavik en Boston ou Toronto.

Questionnement éthique :

1. Les évènement économiques récents ont-ils tendance à montrer que la construction du nouveau monde capitaliste, issu des accords de Bretton Woods et des théories de Keynes et d’Adam Smith est trop fragile pour mériter sa pérennisation ?

2. Est-ce à dire qu’un nouveau système financier doit être trouvé pour établir un nouveau capitalisme plus juste, plus égalitaire et moins frustrant pour les plus démunis ?

3. Peut-on dire qu’un tel échec, une telle défiance, un tel acharnement contre les plus faibles condamne tout système libéral ?

4. Est-ce à dire aussi que cette situation risque ou incite d’encourager les initiatives politiques de constitution d’un néomarxisme ou d’une rénovation du capitalisme ?