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Des réfugiés, des jeux et des hommes

Une infinie tristesse

Du basket à l’exode

vendredi 18 septembre 2015, par Picospin

Et puis soudain, plus rien, le regard perdu, il cherche ses mots sans jamais les trouver. Un homme en larmes sur le parquet, se présentera dix minutes plus tard les yeux séchés, la tête haute. Sa présence dit toute sa classe, ses mots toute sa tristesse

Un mauvais moment à passer

C’est le pire moment de ma carrière, on ne peut pas repartir comme ça, on ne peut pas repartir sans rien. De qui pensez-vous qu’émanent ces paroles, ces commentaires, ces phrases douloureuses ? On songe immédiatement à l’un des réfugiés qui viennent de traverser la Serbie, qui ne peuvent pas accéder à la frontière hongroise fermée pour cause d’indisponibilité, d’interdiction provisoire d’accès.

Une indécence

Vraiment impressionnant, presque indécent ! Voilà ce qu’on pouvait lire dans Le Monde du 18 septembre à propos de …quoi ? De la traversée de l’Europe par des migrants, des réfugiés fuyant leurs pays, leur domicile, leur maison, leur habitat pour chercher ailleurs un lit pour dormir, un toit pour se laver et se sécher, un abri pour mettre leur famille à l’écart des fusillades, de la brutalité, des incivilités.

Un exode ou un jeu ?

Tous ces problèmes, ce descriptif au ton tragique concernaient un jeu collectif, le basket-ball. Non pas des parents désespérés de voir leurs enfants dénués de tout, de nourriture, d’eau, de vêtements, d’école, de protection, de foyer. Ce qui comptait en ce jour tragique d’une défaite dans un jeu de ballon, ce n’était pas le malheur de centaines de milliers de réfugiés égarés sur les routes de l’Europe, c’était la pseudo humiliation subie par une équipe française dans une compétition sportive et ludique.

Malheur ou humiliation

Heureux pays que celui de la France qui peut se permettre de verser des larmes sur une défaite dans un jeu pour dinosaures en bien plus grande quantité que sur le sort de fugitifs lancés sur les routes de l’espoir de trouver quelque part une nouvelle vie, de saisir l’occasion d’échapper à la terreur des tirs aveugles, de la mort imméritée, frappant au hasard, bientôt des bombardements aveugles, comme ceux que l’on avait reprochés aux Nazis et aux Alliés de perpétrer sur des populations innocentes.

Opération portes ouvertes ou fermées ?

Ouvrir les portes est une autre affaire, relève d’une autre décision. Celle de sauver autrui, de l’accueillir, de lui offrir l’hospitalité en attendant qu’il trouve le refuge qui lui permettra d’attendre la fin de la tempête. C’est cela une conduite humaine, plus que les applaudissements ou vindicte de spectateurs aigris, de cerveaux gorgés d’orgueil, de couleurs diverses, d’investissement dans l’exploit du corps, de délégation de performances à des missionnaires de la langue sportive. On leur confie la mission de venger des défaites, de redresser des torts, de réparer des injustices. Non pas celles qui attribuent des logements sociaux dans des délais de plusieurs années, qui ne permettent plus aux familles de se nourrir en fin de mois, plutôt celles qui avantagent un joueur turc ou letton au profit d’un membre de l’équipe nationale. C’est cela aussi, la glorieuse incertitude du sport, une activité qui, désormais tient plus de celles des clowns au cirque que de l’épanouissement du corps et de l’esprit.