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Comment sauver les écrits de la destruction ?

Une mémoire perdue ou une mémoire retrouvée ?

Tout numériser ?

dimanche 27 janvier 2008, par Picospin

C’est à une véritable panique à laquelle on assiste devant la perspective d’une dépersonnalisation d’une perte de structure humaine du malade touché par cette calamité. Les exemples sont nombreux de personnalités éminentes, grands esprits reconnus de leur époque qui ont sombré dans la déchéance intellectuelle devant les témoins de leur brillant passé que sont les parents, les amis, les collègues pris à leur tour par la terrifiante perspective qu’un malheur semblable puisse leur arriver.

Documents engloutis

Devant ce cataclysme collectif, les pouvoirs publics s’émeuvent, soumis qu’ils sont à la pression de l’opinion impatiente de trouver la prise en charge efficace médicalement, humainement et logistiquement pour assurer à ces êtres du malheur les soins, la réponse adaptée à leur état et aux menaces qui pèsent sur eux et leur entourage. Cette attente est d’autant plus impérieuse que de nouvelles voies de recherches s’ouvrent devant la science par l’arrivée de nouvelles techniques d’investigation et de recherche et, on l’espère, de traitement. Davantage de moyens sont consacrés chaque jour à ce sujet car la société s’est rendue compte que l’oubli, l’amnésie, les éclipses cérébrales sont des fléaux qui ne peuvent qu’augmenter en nombre devant l’allongement de la durée de vie. Le nombre des accidents vasculaires cérébraux groupés sous la dénomination générale de « AVC » ne saurait qu’augmenter pour les mêmes raisons.

Décryptage des mécanismes de la mémoire

C’est dans ce contexte pathologique que les investigations sur le décryptage des mécanismes de la mémoire, de son lieu et de ses mécanismes de stockage, de son encodage, de sa récupération, se développent à la faveur des découvertes sur la nouvelle imagerie. Ce sont aussi les liens entre les neurones par l’intermédiaire de ce que l’on appelle les synapses qui se dévoilent au regard des chercheurs. Ce sont des nœuds de communication entre les unités neuronales grâce à des plaques où s’échangent des produits chimiques à l’échelon infinitésimal. Voici que l’attention est attirée sur les nouveaux procédés de stockage et de transmission de l’information par les moyens numériques dans le but de conserver ce qui est labile, appelé à disparaître. L’angoisse grandit de voir la mémoire de l’humanité disparaître, être enfouie dans le néant du fait de la destruction de tous les supports, des vecteurs de faits, évènements qui constituent la mémoire. On s’était habitué autrefois à ce que les traces qui permettent de suivre l’évolution de l’espèce humaine soient érodés et que peu de choses subsistent des témoignages du temps.

Le cycle de la vie et de la mort des témoignages

Ce n’est plus le cas maintenant où les photographies jaunissent mais ne s’effacent pas, où les films cinématographiques se raient mais ne brûlent plus, où les enregistrements des grandes voix humaines, des orchestres les plus célèbres se maintiennent dans le temps grâce au disque, 78 tours d’abord, microsillon ensuite, CD rom après et systèmes aux noms barbares mais réels comme le MP3 enfin. Les supports sur lesquels est inscrite l’information numérique sont constamment rongés par le temps. Il est sans doute paradoxal que l’information elle-même doive être copiée et recopiée sans cesse pour la faire s’évader des ravages du temps. Pour calmer l’angoisse de ceux qui craignent la disparition des traces laissées par l’homme derrière lui, on a voulu entasser les données, densifier la quantité d’informations et numériser à toute allure les données disponibles dans les bibliothèques pour les sauver de la destruction.

Une Arche de Noé

N’est-ce pas cette peur qui a incité Google de à vouloir mettre à la disposition du plus grand nombre des pans entiers de la littérature universelle pour la sauver des eaux comme on aurait voulu ou du le faire des animaux sur l’Arche de Noé. On appelle cela la « rétro numérisation » qui concerne aussi bien les données bancaires dont il est juste temps de parler, des informations médicales que l’on sort des dossiers poussiéreux des caves dans les hôpitaux pour les ressusciter par les techniques de numérisation. On accuse les forces du marché d’être insuffisamment armées et intéressées pour conserver à long terme des documents voués à une plus rapide disparition que le papier, le papyrus, si ce n’est évidemment la pierre, le marbre qui se sont chargés de témoigner, et avec quelle Qfidélité, des civilisations égyptienne, mésopotamienne, grecque ou romaine. A-t-on envie de considérer ce problème comme mineur ? Regardons les ossements laissés dans les camps de concentration après le passage des Barbares et de leurs crématoires qui ont anéanti les traces de la civilisation juive, fossoyé dans les cimetières et brûlé les séquelles de sa vie.

Questionnement éthique :

1. Est-il important pour toute société et pour l’humanité d’investir pour conserver les traces, le souvenir et la mémoire du passé ?

2. Pour quelles raisons : par humanisme, par écriture de l’histoire, par nécessité scientifique ?

3. Est-il indispensable de garder la mémoire du passé pour le comprendre, le lier au présent et à l’avenir ?

4. Que penser de cette phrase extraite de la préface du livre de Hélène Berr : Journal, par Patrick Modiano, Tallandier, Paris : 2008. « En ce moment, nous vivons l’histoire, ceux qui la réduiront en paroles pourront bien faire les fiers. Sauront-ils ce qu’une ligne de leur exposé recouvre de souffrances individuelles ? ».
Une Arche de Noé

N’est-ce pas cette peur qui a incité Google de à vouloir mettre à la disposition du plus grand nombre des pans entiers de la littérature universelle pour la sauver des eaux comme on aurait voulu ou du le faire des animaux sur l’Arche de Noé. On appelle cela la « rétro numérisation » qui concerne aussi bien les données bancaires dont il est juste temps de parler, des informations médicales que l’on sort des dossiers poussiéreux des caves dans les hôpitaux pour les ressusciter par les techniques de numérisation. On accuse les forces du marché d’être insuffisamment armées et intéressées pour conserver à long terme des documents voués à une plus rapide disparition que le papier, le papyrus, si ce n’est évidemment la pierre, le marbre qui se sont chargés de témoigner, et avec quelle Qfidélité, des civilisations égyptienne, mésopotamienne, grecque ou romaine. A-t-on envie de considérer ce problème comme mineur ? Regardons les ossements laissés dans les camps de concentration après le passage des Barbares et de leurs crématoires qui ont anéanti les traces de la civilisation juive, fossoyé dans les cimetières et brûlé les séquelles de sa vie.

Questionnement éthique :

1. Est-il important pour toute société et pour l’humanité d’investir pour conserver les traces, le souvenir et la mémoire du passé ?

2. Pour quelles raisons : par humanisme, par écriture de l’histoire, par nécessité scientifique ?

3. Est-il indispensable de garder la mémoire du passé pour le comprendre, le lier au présent et à l’avenir ?

4. Que penser de cette phrase extraite de la préface du livre de Hélène Berr : Journal, par Patrick Modiano, Tallandier, Paris : 2008. « En ce moment, nous vivons l’histoire, ceux qui la réduiront en paroles pourront bien faire les fiers. Sauront-ils ce qu’une ligne de leur exposé recouvre de souffrances individuelles ? ».


Sources : Laloë F. Attention l’humanité perd la mémoire. le Monde 28 1 08