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Une nouvelle vision du sommeil

mardi 30 octobre 2007, par Picospin

Régulation du sommeil

Pour ceux qui manquent de sommeil, et ils sont plus nombreux qu’on ne pense, on commence à se pencher de plus en plus sur cet aspect des régulations physiologiques entre repos et activité, éveil et sommeil, faim et anorexie, soif et jeûne. Qui sait s’il est bon de dormir beaucoup ou peu, profondément ou superficiellement, dans le calme ou dans l’agitation, en continu ou par courtes séquences ? Encore faudrait-il définir le terme de « bon » et lui attribuer des circonstances. Bon pour qui, pour quoi, pour la santé, l’attention, la vigilance, l’attention, la réflexion, le raisonnement, les émotions ou l’affectivité ? Il y a au moins une chose sur laquelle les scientifiques sont d’accord quand on évoque le rôle du sommeil : c’est le rôle prédominant qu’il joue dans les stockage des faits dans la mémoire et l’apprentissage.

Les animaux ne se différencient guère des hommes dans cette relation à un moment où certains affirment que des souvenirs se révèlent au grand jour, pendant le sommeil, alors qu’ils sont invisibles, à l’état de veille. La controverse est loin d’être éteinte quand on évoque les capacités du cerveau à accomplir des tâches d’ordre mémoriel pendant le sommeil et qu’il ne peut accomplir à l’état de veille, pendant les instants de profonde contemplation. Une révolution est en train de s’accomplir dans la compréhension des propriétés du cerveau si on compare la conception qu’on avait de ses activités autrefois et maintenant. C’était auparavant un écran vierge, comme une métaphore pour la mort. Elle est devenue une machine active, pleine d’intentions et d’objectifs, une intelligence faite pour travailler ou jouer la nuit sans oublier les périodes de rêves, d’abîmes connus sous l’appellation de sommeil profond.

Virginité ou machine de guerre ?

Pour faire de la science, il faut avoir une idée, et pendant des années, personne n’en a eu. On a considéré le sommeil comme une annihilation de la conscience. Les bébés sucent pendant leur sommeil et leur paupières clignent comme si les yeux qui se trouvent derrière elles menaient leur propre vies autonome. La véritable révolution arriva quand on découvrit l’existence et la signification des mouvements des yeux rapides. C’est ainsi que des chercheurs que cette observation avait un caractère universel et survenait de façon périodique pendant le sommeil durant toute la nuit en alternance avec d’autres états prédéterminés qu’on appela stade 3 et 4 ou sommeil profond. Pendant cette période, les ondes électriques recueillies par l’électroencéphalographe montrent des vagues roulant sur l’océan comme le ferait de l’eau en furie. Le stade 2 serait alors intermédiaire entre celui des mouvements rapides et le stade celui du sommeil léger.

De l’excitation à l’obscurantisme

L’excitation générale engendrée par la découverte des mouvements rapides des globes oculaires fut suivie par une longue période de néant et d’obscurantisme. Heureusement que l’intérêt était rehaussé à nouveau par la recrudescence d’une passion pour les méthodes d’apprentissage et le fonctionnement de la mémoire. Quand une personne qui fait la sieste s’enfonce dans une sommeil profond au cours duquel sont générées des ondes lentes et que le recours à des souvenirs sur des faits précis est en jeu, la mémorisation est améliorée par rapport aux personnes qui n’ont pas fait la sieste. Les personnes en bonne santé qui dorment peuvent s’endormir dans un sommeil profond en moins de 20 minutes. Ils peuvent passer une heure ou davantage dans un sommeil profond tôt dans la nuit et nettement moins longtemps ultérieurement. Si l’on veut se souvenir de certains faits mieux vaut aller se coucher tôt quitte à se lever plus tôt plutôt que de veiller pour rien pendant des heures en attendant l’arrivée du sommeil. Le sommeil caractérisé par les mouvements rapides des globes oculaires est favorable à des activités comme apprendre de la grammaire, observer le vol des oiseaux ou jouer aux échecs. Les siestes ont des effets identiques à ceux d’un sommeil prolongé sur les résultats des apprentissages.

La musique la nuit ou à l’aube ?

Les musiciens connaissent cette évolution depuis longtemps. Un morceau qui leur pose des problèmes techniques de doigté un soir disparaît dès le lendemain au réveil après lequel il peut devenir courant. Comme il est acquis que le stade 2 du sommeil est celui qui a le plus d’importance, il vaut mieux se coucher tard si l’on veut réaliser une bonne performance le lendemain que de se lever réellement plus tôt le matin. Un des investigateurs des caractéristiques du sommeil n’a-t-il pas affirmé que lors du sommeil, le cerveau est inondé d’un bain chimique qui facilite le stockage de la mémoire à long terme. Pendant la nuit, des milliers de choses se passent en même temps sans que nous ayons la possibilité de traiter toutes ces informations. C’est aussi pendant le sommeil que nous avons la possibilité de nous débarrasser de ces données encombrantes. Si le rêve reste mystérieux et continue de défier
l’analyse scientifique, il continue aussi de garder toute sa place dans la théorie de l’apprentissage pendant le sommeil.

Un jongleur ?

D’autres prétendent que c’est pendant que nous dormons que le cerveau s’arrange pour mélanger les données, les comparer, les traiter, jongler avec leur signification, chercher des connections cachées qui parfois sont susceptibles de conduire à l’explication du monde. C’es aussi le sommeil qui ouvre la voie à l’inspiration comme le montre le cas de Mendeleev qui aurait découvert sa fameuse table périodique des éléments pendant qu’il dormait. Quel moment plus favorable à l’invention, aux questions et aux solutions que celui des rêves qui n’ont aucune conséquence sur la vie réelle. La vraie difficulté ne consiste pas à constater ces faits mais à les étudier et à les analyser pour en tirer des conclusions. Ce temps viendra sans doute un jour mais exigera des efforts tenaces et prolongés - nuit et jour – pour devenir créatif.

Questionnement éthique :

1. ce sujet est-il propice à une réflexion éthique ?

2. En quoi l’éthique peut-elle être impliquée dans l’étude du sommeil, de son mécanisme, de ses phases ?

3. Est-ce que la quantité et la qualité du sommeil ont une incidence réelle sur la conduite de la vie pratique ?

4. Vaut-il mieux absorber des somnifères pour s’endormir plus facilement et dormir plus longtemps ?

5. Quelle peut être la signification de la question souvent posée aux amis et relations à leur réveil consistant à leur demander s’ils ont bien dormi ?

6. Les gens prennent souvent un grand soin à ne pas réveiller le dormeur, spécialement si c’est un enfant ? Quelle peut être la raison éventuellement éthique de ce respect pour cette phase quotidienne de la vie ?

Sources : The New York Times : 27 octobre 2007