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Une opinion sur la France exprimée par une Française anglophone de culture américaine

samedi 20 octobre 2007, par Picospin

La ministre des Finances de la France, Christine Lagarde, est prête à renoncer à sa langue maternelle comme elle le dit : elle préfère le faire en anglais. Elle déclare sans sourciller : « nous essayons de changer les mentalités des Français en ce qui concerne leur relation au travail ». C’est peut-être une tâche impossible pensent certains. Dans la profondeur de l’âme des Français réside la notion que le travail, c’est de l’exploitation, une ruse concoctée par on ne sait quel bandit américain qui aurait été conditionné par des heures d’oisiveté.

"Le contre capitalisme"

L’effondrement de l’URSS a laissé la France seule à conduire et dominer l’école du contre capitalisme. Lagarde, à l’âge de 51 ans, grande et battante, n’est pas réputée seulement pour son style américain. Qu’il suffise de l’imaginer comme le visage d’une France nouvelle qui a envie de plaquer l’héritage de la guerre froide. Lagarde a déclaré dans un entretien qu’un séjour de plus de 20 ans aux Etats-Unis lui a appris que plus vous travaillez, plus d’heures ont été portées à votre crédit et plus grand sera le profit que vous pourrez générer pour votre entreprise. Cette impression traduite dans la bureaucratie française pourrait être l’équivalent de « moins d’heures vous travaillez, plus vous avez droit à des vacances, de plus de temps vous disposez pour grogner à propos de l’état de l’univers et plus vous vous sentez intelligent, surtout si vous vous comparez aux andouilles drogués par le travail de l’autre côté de l’Atlantique où il y a peu de place laissée aux boules.

Plus ou moins d’heures de travail ?

Dans ces conditions, Lagarde qui a été nommée il y a 4 mois par le Président Sarkozy, se rend bien compte qu’elle devra faire face à un important défi. Ce qui m’a le plus frappé quand je suis revenue de Chicago, en 2005, c’est que la loi sur les 35 heures, dit-elle, non seulement est passée facilement mais qu’elle a été intériorisée par les gens, ce qui a produit des conséquences désastreuses. Quels sont ces effets ? Au lieu de parler de leur travail, les gens racontent leurs longs week-ends. Son but, dit-elle, est de réduire le chômage très élevé – maintenant à 8% - à 5% en 2012 et d’augmenter le pourcentage de population au travail de 65 à 70%.

Réhabiliter le travail !

La réhabilitation du travail constitue pour elle sa mission essentielle. Les mesures qu’elle voudrait voir matérialisées sont les réductions d’impôts, la fin des avantages découlant d’un refus d’offres d’emploi, une retraite plus tardive, des incitations pour ceux qui veulent travailler plus de 35 heures réduire l’emprise de la bureaucratie même dans des activités comme la recherche d’emploi, amélioration de la formation professionnelle. Même une inversion de la tendance des 35 heures doit être possible, pense-t-elle. Pas sans combat. On s’attend à ce que les Français descendent dans la rue pour accomplir ce qui pourrait bien se transformer en grèves contre les réformes proposées par le couple Lagarde Sarkozy. Les gouvernements précédents se sont tous inclinés devant le spectre des manifestations à la Bastille.

Les réformes ?

Pas cette fois-ci, insiste Mme Lagarde car une forte majorité a voté pour le programme des réformes qui a été largement diffusé à coups de trompette et de publicité. La France est en train de changer sou le portrait d’un Président qui n’est pas contraint d’exécuter à la lettre les règles et les principes ou de suivre le protocole. Le pays est resté longtemps sur la bulle de la rive gauche quand il voulait inverser les tendances de la mondialisation. Maintenant, il voudrait profiter de la mondialisation plutôt que de rester sur la défensive. Ce a quoi je réponds alléluia. L’Europe ne saurait retrouver sa vitalité sans une France qui aurait retrouvé son dynamisme. De son côté une Europe prise dans les ornières de la Gaule est mauvaise pour tout le monde. Si une Amérique dominatrice a soulevé des problèmes, son complément a été certainement une Europe qui n’a pas été à la hauteur. Les performances européennes seraient meilleures si le taux des changes était différent. Il y a certes un inconvénient en matière de compétition à se trouver en présence d’un € fort face à un Yen faible et un $ bas, a-t-elle déclaré à l’occasion d’une réunion du G7.

Difficultés internes

Un des autres problèmes auxquels elle est confrontée est l’affaire EADS, cette société qui est liée à Airbus et dont les actions ont plongé à la suite de l’annonce de retards de livraison de l’A-380. Elle a insisté à plusieurs reprises sur le fait que cette erreur n’avait rien à voir avec une faute du gouvernement. La révolution, selon elle, devrait commencer dans la tête des Français. Lagarde est devenue anti cartésienne en déclarant que les Français doivent travailler plus et penser moins. Ce qui a échappé à ses critiques est le fait qu’avant d’agir il faut penser. Alors que nous avons passé beaucoup de temps à couper les cheveux en quatre au sujet du sexe des anges. Nous connaissons parfaitement les solutions à tous nos démons. Alors, la seule chose qui nous reste à faire est de retrousser nos manches et comme nous, les Anglo-Saxons disons : Vive la France !

Questionnement éthique :

1. Comment sommes-nous autorisé à envisager le destin de la nature planétaire conditionné par l’homme, destin qui nous dévisage depuis l’avenir et qui suscite en nous un sentiment de peur et de culpabilité ?

2. Est-ce que la peur est liée seulement à une prévision qui montre de terribles réalités ?

3. Nous sentons-nous coupables ? Si oui, de quoi ? Est-ce parce que nous sommes conscients de notre propre rôle à l’origine de l’enchaînement de ces réalités ?

4. Sommes-nous assaillis par la crainte désintéressée pour ce qu’il adviendra longtemps après notre disparition, par le remords anticipateur et par la honte envers nous-mêmes, pur réflexe de l’honnêteté même en l’absence de toute sanction métaphysique ?

5. Est-ce que nous nous orientons vers une éthique incantatoire, relevant plus du symbolique que de l’ontologique ?

6. Est-ce qu’une entreprise, une institution ou un gouvernement ont besoin d’une légitimité culturelle, sociale et morale comme l’exprimerait toujours chaque entreprise ?

7. Est-ce que l’économie du nouveau millénaire ne fait appel qu’au profit ou a-t-elle besoin de morale, de confiance, de loyauté et de sens du devoir ?

8. Est-il vrai que les comportements humains ont besoin de valeurs morales qui ne nuisent pas à leur efficacité économique mais au contraire contribuent à l’augmenter ?


Sources : The New York Times : 19.10. 2007
Jonas H. Pour une éthique du futur. Rivages poche. Paris 1998
Boyer A. L’impossible éthique de entreprises. Editions d’Organisation. Paris, 2002

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