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Les dentelles des mots

Une presse fragile

Des informations elliptiques ?

lundi 1er septembre 2008, par Picospin

Devant ces sauts et ces sursauts, le témoin, le lecteur, le voyageur reste interrogateur sinon anxieux car rien, n’est-ce pas, n’est plus anxiogène que la méconnaissance, l’incompréhension, le vertige qui vous saisit devant le vide de l’ignorance ou de l’irrationalité.

Absurdité ou irrationalité ?

Cette répétition de l’absurde devient si lassante qu’on se demande si on a coupé le fil de l’intelligence, de la prise en compte, si les échappements au contrôle du raisonnement ne sont pas tels qu’on perd toute confiance en sa propre estime, en son moi, en ses facultés de récupération de la mémoire, base de son raisonnement et qu’on s’interroge sur sa capacité à articuler, à suivre un fil, à s’y accrocher, voire à le dévider pour parvenir, au terme d’une opération logique, à laquelle tout individu normalement constitué ou disposé aspire en pleine conscience. Est-ce par de tels artifices, de telles méthodes que l’on brouille les pistes, qu’on perturbe le savoir ou que l’on tente d’enfouir dans l’obscurantisme ce qui devait revenir à la clarté, à la lumière, sinon aux Lumières ? Les sujets ne manquent pas qui nous interpellent, et devant lesquels on reste coi, on pose et on se pose des questions dont certaines sont douloureuses car en l’absence de réponse, c’est aux autres qu’elles font si mal.

Les envahisseurs

On a dès lors envie de les protéger tout simplement parce que, du fait de l’éducation, des connaissances accumulées, des enseignements reçus, on se sent un peu plus apte, un peu mieux armé pour combattre et tourner la naïveté en cuirasse, l’ignorance en suppositions et les hypothèses en constructions logiques s’élevant comme des blockhaus sur la route des prédateurs, des envahisseurs et de tous les adversaires des idéologies. Prenez l’exemple de l’embuscade en Afghanistan. Est-ce que ce pays ressemble à l’Irak ? Est-il destiné comme ce dernier à subir le martyre des opérations terroristes, à contempler passivement l’arrivée de bombes sur son territoire, où elles détruisent aveuglément le vivant, l’inerte, les traditions et les souvenirs ? On commence par lire un petit encadré qui informe, par l’intermédiaire d’une décision du conseil des Ministres afghan que le gouvernement souhaite renégocier les termes de la présence de la communauté internationale dans ce pays, d’établir les responsabilités des forces internationales, de mettre un terme aux frappes aériennes visant des cibles civiles et aux détentions illégales de citoyens.

Le moment opportun

Cette réflexion aurait pu être engagée bien plus tôt, ne serait-ce que pour éviter la situation ambiguë de la population civile qui ne peut qu’assister passivement au déluge de l’acier et le subir sans défense. Une telle situation s’était présentée – dans des circonstances bien différentes il est vrai et des enjeux d’une autre nature – à l’occasion des bombardements alliés sur la France et dont les dégâts avaient servi de thème de propagande en faveur de l’occupant nazi. Pour continuer dans la voie de l’interrogation, on s’aperçoit que ce n’est que maintenant, après la boucherie de l’embuscade du 18 août, que les questions fusent, ce qu’elles auraient du faire bien avant l’allumage des fusées qui ont frappé les forces françaises. Pour éviter de nommer les effets, les phénomènes, les actions par leur nom qui pourrait consister en guerre, opération militaire, on a hésité entre actions de guerre, conflit armé, opération de stabilisation, maintien, restauration de la paix. Cette duplication à l’identique à partir des opérations du Vietnam et de l’Algérie rappelle la série croissante des mots parvenus au-dessus de l’horizon quand il s’est agi de rebelles, d’égarés, d’actions des forces de l’ordre ou autres billevesées du même ordre.

La guerre et la paix

On ne sait donc pas encore s’il y a guerre, quelle est sa nature, quels sont les belligérants, quel est l’objectif réel de la coalition et quel serait le terme attendu, espéré, envisagé de ce conflit ? Comme un certain nombre de critiques se sont élevés contre la formation trop rapide et insuffisamment poussée des jeunes recrues envoyées au combat, les réponses ont consisté à rassurer sur la formation suffisante, les risques déclarés aux militaires et l’évidence d’une situation dangereuse. Sur un terrain escarpé, où les combattants étaient proches, des questions ont surgi sur l’éventualité de tirs amis, hypothèse qui a été rapidement levée sans autre certitude que la parole et l’assurance données par le haut commandement. Reste l’imbroglio de la bataille elle-même au cours de laquelle, la supériorité en nombre des assaillants était si évidente qu’elle empêchait toute sortie des éléments français de leurs véhicules blindés et que les soldats tués l’ont été presque simultanément par un feu si nourri que leurs corps on été également criblés de balles de façon synchrone.

Reconnaissance du terrain ou le terrain reconnaissant

Les lourdes pertes pourraient être dues à l’absence de reconnaissance du terrain préalablement à l’engagement de la bataille, faute de moyens logistiques comme l’envoi d’hélicoptères ou d’engins de reconnaissance. La question posée reste celle d’une relative impréparation ou d’une faiblesse des moyens engagés dans une guerre moderne, situation toujours susceptible de provoquer de lourds dommages matériels et surtout humains. A ces propos, un député de la majorité n’a pas craint pas de s’adresser directement au Président de la République pour lui demander d’expliquer le sens de cette guerre, les raisons du brusque attachement à la politique américaine, de l’envoi de renforts au combat et la signification de l’idéologie de la France voulant participer plus intensément qu’auparavant au sauvetage du monde libre ?

Questionnement éthique (et autre ?) :

1. Est-il éthique que la presse dans son ensemble n’informe que de façon superficielle, vague, imprécise et flatte la public plus qu’elle ne cherche à l’éduquer ?

2. Quel compromis peut-on trouver entre une presse qui informe et une presse qui amuse ou distrait ?

3. N’est-ce pas la même question que doit se poser "Ethique-info" lorsque des articles sont rédigés qui peuvent être trop courts et peu informatifs ou trop longs et de ce fait ennuyeux ?

4. Peut-on et doit-on constamment tenter de mettre en avant les capacités du cerveau pour faire appel à l’intelligence, à la conscience de soi et des autres ou est-on autorisé (mais par qui et par quelle institution ?) à laisse libre cours à l’émotion pour communiquer par la presse ?