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Chômage : une maladie ou un symptôme ?

Une puissance mystérieuse, surnaturelle, providentielle pour sauver le pays du chômage et du naufragee

lundi 29 avril 2013, par Picospin

Lors de la Grande Dépression des années 1930, le chômage devient par son ampleur un des problèmes sociaux et économiques les plus centraux des pays développés. La détermination du niveau de l’emploi devient avec cette crise économique une des questions fondamentales de la réflexion économique : des économistes comme Keynes affirment que l’équilibre de plein emploi n’est pas spontanément garanti mais que l’État a les moyens de rétablir le plein emploi.
Le progrès économique et social résulte d’un « mouvement de destruction créatrice » ce qui accrédite la question de la nécessité et d’un savoir-faire en matière de réallocation des ressources en particulier celle du travail et de l’emploi.
Depuis la fin des Trente Glorieuses, les pays d’Europe occidentale ont vu réapparaitre des niveaux de sous-emploi très élevés, associés à des phénomènes de nouvelle pauvreté, de précarité et d’exclusion. En tant que transformateur de la structure sociale de la société, bouleversant la vie des plus touchés, tout en suscitant l’inquiétude de nombreux actifs le chômage est revenu au premier plan du débat politique.
Dans les pays proches du plein emploi l’insuffisance quantitative ou qualitative de la main-d’œuvre constitue l’élément majeur du débat économique et politique.

Préoccupations

Si la question de l’emploi et du chômage est revenue au centre des préoccupations de nos contemporains, force est de constater qu’elle demeure un sujet de controverse entre les écoles de pensée économique, et entre les modèles économiques et sociaux des différentes nations. En l’absence de réel consensus sur le diagnostic ou les politiques aptes à lutter contre lui, le thème du chômage est devenu un sujet de confrontation politique dans la plupart des démocraties.
Le terme est issu du Latin populaire « caumare » dérivé du grec ancien signifiant « se reposer par la chaleur ». Jusqu’au XIXe siècle il signifie une cessation d’activité en général, pour quelque cause que ce soit. Est-ce pour cette raison que les pays du sud sont considérés ou accusés de vouloir travailler moins que ceux des pays froids où le travail réchauffe et pousse moins à la sieste à l’ombre des arbres ? L’histoire du chômage se confond pendant plusieurs siècles avec celle de la pauvreté, le chômeur étant indistinctement classé parmi les pauvres. Dans les sociétés indigènes vivant en autosuffisance, la notion de chômage n’existe pas. Le chiffre probable de chômeurs est de 6 % à 8 % dans la première moitié du XIXe siècle, ce qui permet à Karl Marx de décrire une « armée industrielle de réserve ». Une hausse spectaculaire suit la crise économique de 1929, sauf en URSS. Le chômage atteint des pics de 25 % aux États-Unis et de 33 % en Allemagne qui réussit à résoudre réellement le problème dans le contexte politique particulier, du nazisme qui s’installe à la faveur du désastre économique de l’après guerre et à la résurgence du nationalisme.

Qui chôme ?

Certaines populations sont plus susceptibles de subir le chômage, soit parce qu’elles n’ont pas de « bonne » qualification, de formation adaptée à la situation et aux besoins économiques soit parce qu’elles ont une faible volonté de travailler, ou encore parce qu’elles subissent un phénomène de discrimination, ces causes de chômage pouvant se combiner en proportions variables. La volonté de travail se manifeste par la capacité de l’individu à accepter des postes peu convoités, à de faibles salaires, et à se résoudre à compenser les obstacles économiques à l’emploi en acceptant des contraintes dont l’exemple le plus significatif est offert par l’imposition plus que l’acceptation de la mobilité.

Inadéquation des formations

Le chômage concerne les personnes non qualifiées, ou celles dont les qualifications ne correspondent pas aux besoins économiques contemporains. Le taux de chômage est ainsi plus élevé parmi les non diplômés et, pour les diplômés de l’enseignement supérieur, il varie en fonction du domaine de formation, et de la réputation du site de formation. Le chômage de longue durée et la coexistence simultanée d’offres d’emploi non pourvues sont liés à des problèmes d’inadéquation entre l’offre et la demande de travail. Le nombre de diplômés formés dans certains domaines comme l’histoire de l’art, ne correspond pas aux besoins réels de l’économie alors que certains secteurs économiques connaissent, dans les pays développés, un déficit de main-d’œuvre comme c’est le cas dans l’artisanat ou le personnel des maisons de retraite. Le chômage est vécu comme une perte d’identité et de dignité qui s’aggrave à l’occasion de chaque échec consécutif à une tentative avortée de recouvrer un emploi. L’ennui est bien plus profond dans les milieux où les opportunités de s’adonner à des activités alternatives, culturelles, associatives, sportives, sont plus rares que dans les milieux aisés. Pour les cadres, il s’agit de rejeter le statut de chômeur en profitant du temps libre dans une optique de "résurrection" professionnelle. Ils consacrent un temps important pour retrouver un emploi d’un certain niveau et profitent de leur inactivité temporaire pour suivre des formations ou se consacrer à la lecture d’ouvrages professionnels consacrés à leur domaine de compétence. Toutefois le chômage remet en cause leur plan de carrière, un des points les plus fondamentaux de leur identité sociale.

Dégradation des liens

Comme les chômeurs plus modestes, ils subissent progressivement une dégradation de leurs liens sociaux, mais avec une courbe de décroissance bien moins rapide que ne l’indique celle de leurs collègues d’infortune situés à un niveau plus bas de l’échelle sociale. On trouve toutefois dans l’histoire des périodes de haut chômage qui ont favorisé l’accession au pouvoir des régimes extrêmes comme le nazisme en Allemagne en 1933. D’après Karl Marx, le chômage est inhérent au fonctionnement instable du système capitaliste. Quand il se massifie, il devient une constante des périodes régulières de crise du capitalisme. Le prolétariat est alors divisé entre les salariés qui sont en situation de sur-travail et les chômeurs, empêtrés dans la logique "sous-travai"l. Ces derniers constituent une « armée industrielle de réserve » qui permet aux capitalistes de faire pression à la baisse sur les salaires. Pour les capitalistes individuel, le chômage est favorable car il permet de disposer toujours d’une main d’œuvre à disposition, tout en maintenant les salaires à un niveau faible. Au niveau du capitalisme global, le chômage est à un manque à gagner, puisque aucun profit n’est réalisé sur le dos des chômeurs. Le chômage n’est rentable pour le capitalisme global que s’il permet de baisser les salaires d’un pourcentage plus important que ne l’est celui du taux de chômage. Les individus finissent par adapter leurs réactions aux manœuvres du gouvernement. Si celui-ci décide de baisser les taux d’intérêt pour relancer l’activité, il provoque de nouvelles embauches sur le court terme et une accélération de l’inflation. Au début, les travailleurs sont dupes de l’illusion monétaire, mais à moyen terme ils constatent que leur pouvoir d’achat a baissé et exigent des hausses de salaires, provoquant le retour du chômage à son niveau initial pendant que l’inflation passe à un niveau plus élevé. Les pays se spécialiseraient dans les activités qui requièrent la production des biens dont ils sont le plus largement dotés.

Main d’oeuvre et capital

Celle de main-d’œuvre pour les pays pauvres, celle de capitaux et de savoir-faire dans les pays riches. L’idée que la hausse du chômage serait liée à une concurrence déloyale des pays à bas salaires relèverait d’une « théorie populaire du commerce international ». Elle explique que l’intérêt des politiques à prêter leur voix à de telles théories n’est qu’électoral et précise que la plupart des ouvrages traitant de ce sujet ou de la « guerre économique » sont plus souvent l’œuvre d’essayistes que d’économistes et sont « vendus » grâce à la simplicité et la facilité des thèses qui alimentent l’imaginaire populaire. C’est la théorie « pop » qui néglige toutes les autres causes possibles du chômage. Parmi ces dernières, ne peut-on citer l’état psychique individuel et collectif de certaines communautés chez lesquelles on relève une forte incidence de dépressions, d’anomies, caractérisées par une situation sociale d’où émergent la perte, l’effacement des valeurs morales, civiques, religieuses et un sentiment d’aliénation et d’irrésolution. Leur recul conduit à la destruction et à la diminution de l’ordre social : les lois et les règles ne peuvent plus garantir la régulation sociale. Cet état amène l’individu à la peur, l’angoisse et l’insatisfaction, tous éléments et "humeurs" qui peuvent conduire au suicide. L’anomie provient du manque de régulation de la société sur l’individu qui ne sait comment borner ses désirs et souffre du mal de "l’infini". Durkheim la considérait comme une cause potentielle de suicide, favorisé par le taux élevé de divorces.

Anomie

L’anomie est courante quand la société environnante a subi des changements importants dans l’économie, que ce soit en mieux ou en pire, et plus généralement quand il existe un écart net entre les théories idéologiques, les valeurs communément enseignées et la pratique dans la vie quotidienne. L’anomie se comprendrait mieux si on la situe entre autonomie et hétéronomie à travers les concepts des valeurs d’usage et d’échange et les idées d’introversion et d’extraversion avec la distinction entre "aimer" et "être aimable". Le terme d’anomie est utilisé pour désigner des sociétés ou des groupes à l’intérieur d’une société qui souffrent du chaos dû à l’absence de règles de bonne conduite communément admises, implicitement ou explicitement, et au règne de règles promouvant l’isolement ou la prédation plutôt que la coopération. L’inadéquation entre formation et occupation de l’emploi joue dans ce contexte un rôle majeur dont on ne peut rétablir la conformité d’un coup de baguette magique comme le souhaiteraient, notamment en France, un grand nombre des croyants en une destinée particulière de cette nation, sous l’égide d’une personnalité providentielle, dotée d’une puissance surnaturelle, capable en quelques mois de dynamiser, d’éduquer, de rationaliser et de renverser les montagnes si nombreuses et si élevées dans ce beau pays alors que l’éducation d’une - et si nécessaire - plusieurs générations d’étudiants avec leurs enseignants exige au moins une dizaine d’années. Les miracles ne sont pas pour demain mais pour de lointains après-demains. Travailler et s’armer de patience seront plus utiles que d’attendre, assis ou couchés, l’arrivée d’un magicien susceptible de revêtir les habits de plusieurs Jules Ferry.