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Cinéma

Une quête du passé justifiée ou déviée ? La faute à Luther ?

Saga dans une école

lundi 9 novembre 2009, par Picospin

La tendance actuelle n’est-elle pas d’accuser l’enseignement religieux protestant et la folie d’Hitler et de ses acolytes ?

Trop vite, trop fort ?

C’est aller un peu vite en besogne si l’on songe que si ces derniers se sont par moments appuyé sur l’Eglise catholique, spécialement en Bavière où cette institution domine les cœurs et les esprits, il n’est pas certain que Luther ou Calvin aient joué un rôle assez néfaste pour transformer e, monstres du mal les enfants qu’ils avaient eu la charge et la responsabilité d’éduquer, d’enseigner, pour les transformer en adultes responsables, conscients, capables de réfléchir et de décider. C‘est à ce carrefour qu’un observateur étranger objectif est en droit de s’interroger sur le gouffre creusé entre des individus vivant dans une communauté qui compte d’innombrables intelligences tournées vers la philosophie ou les sciences physiques ou humaines et des éléments épars venus s’agréger à des mouvements où l’action irréfléchie l’emporte sur les consciences et la violence sur la douceur des arts. Dans cet ordre d’idées n’était-il pas étrange qu’un individu comme le Feldmarschall Goering ait cru devoir piller l’Europe de ses avoirs juifs pour équilibrer un comportement meurtrier qui a envoyé des millions d’individus dans les chambres de la mort.

Le MAL

Comment peut-on traiter réellement et aussi objectivement que possible le problème du mal qui est le thème central du ruban blanc, symbole simple, facile à comprendre, capable de le différencier du bien si mal réparti dans l’éducation et la société qui en constitue le corollaire au moins diachronique. Pour simplifier, on pourrait résumer la thèse de Haneke en deux ou trois mots : 1. la religion, sinon sa forme la plus épurée est la méthode d’éducation la plus courante en Allemagne – mais certainement pas en Autriche – 2. Cette éducation a abouti au pire régime qui ait jamais été imposé à l’enfance, à la jeunesse et à un moindre degré à l’homme ; 3. La preuve en est que cette forme d’asservissement, de comportement, de conduite a abouti aux dérèglements des mœurs tout au moins en Allemagne. Il est plus que probable que cette hypothèse exige des correctifs à moins de démontrer que toutes les formes de protestantisme aboutissent aux mêmes résultats et que les « installateurs » du nazisme sous sa forme dictatoriale ont eu des relations privilégiées et étroites avec cette religion dans sa forme la plus exacerbée.

Des hypothèses

Cette dernière hypothèse tient difficilement la route quand on considère l’attachement du nazisme à un paganisme inspiré par les légendes et mythes nordiques, teintés d’ésotérisme et « nettoyés » par le monothéisme d’inspiration judéo-chrétienne. Il n’est pas impossible que cette dernière attache ne soit incriminée par les tenants du polythéisme dans la responsabilité de la religion « mère », le judaïsme, par l’application d’une Loi remise par un certain Moïse aux Hébreux venus d’Egypte et que les « géniaux hitlériens » accusent de tous les maux infligés à une Allemagne naissante ou renaissante aux lendemains d’une guerre perdue par la faute et les actions souterraines du « peuple élu ». Si cette thèse avait trouvé des arguments sensibles dans la théorie nazie, elle n’est guère traitée dans le film sur une enfance et une jeunesse représentée comme résultat d’une éducation du mal, tant elle est figurée sous les auspices d’un chœur antique, préfiguration des marches au pas de l’oie si choyées par l’Autrichien exilé vers un pays voisin.

Un autre Bergman ?

Malgré son éloignement du pays de naissance d’Ingmar Bergman, les thématiques des deux metteurs en scène se rejoignent dans les préoccupations des formes de société que le protestantisme rigoureux fabrique, dans la mise en scène et les conceptions esthétiques et filmiques, l’interprétation des excellents acteurs sélectionnés parmi les meilleurs et un certain gout pour le noir et blanc et la peinture de la femme. Le cadet germanique peut-il être ou devenir le successeur de son génial ainé ? Aux producteurs intelligents de lui en fournir les moyens.

Questionnement éthique :

1. Pensez-vous que le protestantisme a été accusé d’avoir généré chez les enfants dont ils avaient la charge de conduites plus tournées vers le mal que vers le bien en raison de la rigidité de ses lois, potentialisée par celle des pasteurs ?

2. Est-ce qu’à l’inverse le laxisme éducatif actuel ne favorise pas les mauvaises conduites en raison de la difficulté de plus en plus grande de les distinguer de celles du bien ?

3. Pensez-vous que l’exemple de cette religion parfois appelée secte a des aspects libéraux bien plus développés et marquants que ceux qui sont décrits en Allemagne par le film de Haneke ?

4. Comment peut-on départager les avantages et inconvénients de l’éducation laïque, de l’enseignement catholique, juif ou musulman par rapport aux résultats obtenus lors du passage des enfants de la jeunesse à l’adolescence puis à l’âge adulte ?