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Une quête profitable au nom de la charité, de la justice et de la solidarité

dimanche 2 mai 2010, par Picospin

Pour l’instant, au nom des citoyens grecs, il est obligé de se vêtir de la tenue d’Hermès, son éminent collègue du Ministère du Commerce sinon des Finances pour essayer de redresser la situation économique d’un pays dont les dépenses somptuaires l’ont précipité dans la misère, la faillite et la cessation de paiement.

Consciences troublées ?

Cette situation a moins troublé les consciences que les portefeuilles des partenaires. Moins par charité et par solidarité que par menace de subir le même sort que sa grande sœur déjà bien âgée, tous les cousins, oncles et tantes ont cru devoir se précipiter à son secours pour la sauver des eaux qui ne manquent assurément pas dans cette région privilégiée des dieux même si la sécheresse ronge les peaux des habitants et des touristes en été. En raison de cette situation climatique souvent difficile et parfois dangereuse, Prométhée qui avait la vocation de voir loin fut délégué par les dieux, eux-mêmes épouvantés par le désordre des rues et des Palais, pour qu’il exerce par sa sagesse légendaire une influence salutaire sur des citoyens désordonnés, préférant s’amuser le soir en dansant le Sirtaki et à midi, batifoler dans les eaux claires agitées par un Mel tem déchainé dont la seule intention était de faire danser sur l‘écume des vagues.

Prométhée et ses frères

Son frère Epiméthée, toujours trop lent à réfléchir et à prendre des décisions, se préoccupa plus des animaux que des hommes en les dotant de toutes les vertus et de tous les plus jolis attributs de leur poil, de leur fourrure, de leur force et de leur aptitude à la course. A force de travailler dans ce sens, plus rien de bon, de chatoyant ou de superbe ne restait pour les hommes devenus incapables de se défendre contre les animaux dont la férocité de certains déclencha une grande peur chez les frères humains. Regardant un jour la stature d’un singe qui s’était trop approché de lui, il s’avisa que ce lointain ou proche cousin des hominidés parvient à se tenir debout et à déambuler de la sorte. C’est à ce moment crucial pour l’humanité que Prométhée fit une nouvelle apparition pour sauver définitivement l’espèce humaine du froid en dérobant au char du soleil à l’aide d’une torche le feu qu’il s’empressa d’apporter sur la terre. C’était pour les hommes la meilleure des protections, bien plus efficace que toutes celles fournies par poils, plumes, ailes, force ou rapidité. En bas, sur terre, ce fut la panique.

Hermès et son sac

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, beaucoup d’entre ces derniers se précipitèrent qui à la voile, qui à l’aide du pétrole foré par les compagnies grecques, qui même à dos de mulet, pour venir voir Hermès. Celui-ci avait du pouvoir du prestige et de la préséance car il ne cessait de se prévaloir de son affiliation à son père Zeus, muni de pouvoir exorbitants comme on le sait. Pour calmer les esprits et surtout les oreilles par temps d’orage, Zeus obtint le pardon d’Apollon en lui offrant la lyre qu’il venait d’inventer, faite de trois cordes fixées à une écaille de tortue. Si l’on peut dire, Hermès avait une autre corde à son arc car il était aussi le dieu du commerce et protecteur des négociants. Muni de ces impressionnants appuis, politiques et divins, la situation ne tarda pas à s’éclaircir même si des nuages s’amoncelèrent encore à l’horizon. Des voix s’élevèrent pour enrayer le mécanisme de la dette. Des propos soulignent que la zone euro est déjà lourdement affectée par la crise grecque « l’Eurogroupe est au pied du mur. La gestion de la question grecque prend valeur de test de crédibilité du projet européen. Et l’essai est pour l’instant peu concluant : la désunion est jugée flagrante. L’angoisse est aussi forte face aux dettes qui se creusent. La spirale semble inexorable, et le remède empoisonné : emprunter chez des pays déjà endettés pour rembourser l’emprunt précédent », entendit-on dans la rue et les Ministères.

Solidarité ?

"Sans solidarité, l’Europe va exploser. Sans la Grèce, l’Europe est morte. Il s’agit en premier lieu d’une obligation morale fidèle à "l’esprit européen". Pour les plus europhiles d’entre vous, aider la Grèce concrétise l’Union : "Nous, les Européens, nous devons d’une part rester unis, sans cela nous serons écrasés comme des mouches". Cet engagement conditionne aussi notre survie en tant que puissance et notre souveraineté face aux marchés. "Si la Grèce sort de l’euro, c’est l’ensemble de l’économie européenne qui va s’écrouler". Cette souveraineté ne doit pas laisser toute latitude au FMI : "Il serait souhaitable que l’Europe se débrouille toute seule... Les pays qui ont eu recours au FMI sont-ils libres de leurs choix de politique ?" La réponse ne fait de doute pour personne : "Il y a deux manières de conquérir et asservir une nation : l’une est par l’épée, et l’autre par la dette. Notre niveau de vie "dépend avant tout des autres pays de l’Union européenne" et de leur capacité à "résister à la spéculation des prédateurs cupides sans foi ni loi". "Plus l’euro baisse, plus notre pouvoir d’achat sera en diminution".

Dépenser beaucoup pour avoir plus

Et s’il semble "mieux de dépenser une somme énorme pour sauver un pays, et d’éviter de voir toute l’Europe en crise". Le geste reste contraint et plein d’amertume. "Nous sommes obligés d’emprunter aux banques. C’est mal, mais c’est ’moins pire’ que de laisser un pays membre faire banqueroute". Cette amertume justement... Elle engendre l’intransigeance de la majorité : "La Grèce a triché !" "Pourquoi faire semblant de faire confiance à un pays qui nous a floués en falsifiant ses comptes pour entrer dans la zone euro ?" "La Grèce devrait être exclue de l’UE... C’est un pays qui n’aurait jamais dû y rentrer". Quant à la Grèce, il faut appliquer le principe de la médecine de catastrophe : on ne dilapide pas les moyens au profit de ceux qui sont voués à la mort. La rumeur qui ne cessait de s’enfler devenait pire sinon insupportable pour la France « le sort de la Grèce est un mauvais présage pour la France. » On murmure sous couvert de discrétion que l’on peut emprunter à des taux très favorables et revendre avec une intéressante plus-value quand on a la confiance. Est-ce vrai ? C’est sous ces auspices que les délégués à la quête s’en vinrent quémander à Bruxelles et assiéger le FMI… à Washington…