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A quoi servent les téléphones portables ?

Une rentrée électronique

A perturber les enseignants ?

lundi 31 août 2009, par Picospin

A mesure que l’électronique s’empare de tous les cerveaux, l’usage des échanges par l’arsenal communicationnel envahit le champ des mots, des phrases, des raccourcis, des borborygmes qui tiennent lieu de messages capables d’informer, de susciter réponses et réflexions même s’il est loin d’être certain que ces éléments symboliques puissent tenir lieu d’échanges, d’informations, de décharges émotionnelles sinon affectives, voire réflexives.

Encore le bien et le mal

Dès lors, se pose le problème du bien et du mal, une fois de plus devant le remplacement et la submersion de la simple parole par des amas de mots et d’expressions dont le sens ne saurait être compris que par les initiés ce qui en soi, est déjà une victoire pour les adolescents qui ont inventé à leur usage exclusif les symboles capables d’évoquer dans leur imaginaire plus qu’une simple parole ou un signe écrit, voire une succession de ces derniers. Et chacun de s’interroger sur la signification de la nouvelle littérature ainsi créée à la barbe des plus âgés ce qui représente une victoire certaine sur des lecteurs de Flaubert, voire à un stade plus évolué de Philip Roth. Ceci, bien entendu, à la condition expresse que les messages contenus dans les envois puissent être reçus dans leur intégralité et qu’à force de dérives, déformations, altérations et bricolages, le sens des formules, des sentences, du discours continue à être capté.

Allégories et paraboles

Dans cette séquence d’allégories, devises, figures, paraboles, comment faire pour que la transmission soit intégrale et qu’elle continue d’être porteuse d’une représentation alors que de partout l’invasion d’une logorrhée électronique s’empare des esprits avant de se trouver coincée au détour d’un chemin qui n’est malheureusement plus celui de la connaissance mais d’une voie à grande circulation pour itinéraires déjà empruntés moult fois par les verbes et expressions les plus usitées. Dans ces conditions il est étrange qu’on continue à procéder à des confiscations en série pour rendre efficace une prévention qui n’a pour objectif que de limiter le nombre et la fréquence des contacts hertziens ou câblés et de parasiter les raisonnements des enseignants qui pourraient éventuellement annexer les instruments divers des déclarations, formulations ou professions de foi, exposés philosophiques à leur propre usage et finalement à celui des enseignés. Devant l’afflux des objets avec ou sans fil, instruments du 21è siècle, certains sont désarmés sans doute davantage par la quantité des parasites que par les méfaits que ces insectes maudits et nocifs ont la réputation d’exercer sur leurs propriétaires.

Cerbères et concierges

Personne ne proteste quand des cerbères font passer sous un tunnel dit de protection ces objets compromettants et que des gardiens de la vertu, concierges en mal de fonction, portiers qui ne sont pas tous de nuit somment leurs maitres de les remettre séance tenante à un représentant de l’ordre public ou privé. La confiscation dans ces conditions est considérée comme réglementaire attribut qui fait taire les rechignements, les vitupérations, les démonstrations des opposants au respect de la loi et en l’absence de celle-ci, des diverses réglementations annexées à ses décrets d’application. Une enseignante compare les transmissions par SMS à la lecture des magazines. Cette hypothèse est intéressante dans la mesure où elle ouvre un débat sur le caractère personnel, la production autonome des plus jeunes à destination de leurs pairs. Face à ce « péril », les enseignants et personnels de l’Éducation Nationale sont-ils bien placés pour agir avec intelligence, souplesse mais détermination contre le déferlement des supports électroniques, l’irruption de la vie privée dans le domaine public, la conquête d’un espace public à partager entre tous les citoyens appartenant à une même culture dont le bilan devra être établi après une longue période d’observation, de comparaison, de confrontations avec les usages du passé.

Thèmes éculés

Ces thèmes étaient à peine éculés qu’en surgissent de nouveaux sur la métaphore du cordon ombilical, lien indissociable entre la mère et l’enfant et que d’aucuns proposent de couper comme la ligne téléphonique pour permettre à l’oisillon de prendre son envol et voler de ses propres ailes. Cet argument serait sans doute intéressant si, à maintes reprises, l’objet mythique n’avait déjà sauvé des vies compromises et menacées par ses fonctions d’alerte, d’avertissement, d’alarme, seules capables de prévenir avant de guérir et d’agir avant de réfléchir. Combien de stress, d’angoisses, d’inquiétudes n’ont-ils pas été épargnés par la réception d’une réassurance, la confiance après une inquiétude, l’apaisement au décours d’un affolement, le calme après la frayeur.