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Où passe l’argent, Monsieur ?

Une si belle collection !

Dans les paradis (fiscaux), Monsieur.

mardi 24 février 2009, par Picospin

Ce dernier avec une dignité qui mérite le respect sinon l’admiration a décidé de se débarrasser de la collection de tableaux qu’il avait réalisée avec le concours du couturier qui savait choisir avec bonheur et l’extrême bon goût hérité de ses activités professionnelles et l’expérience de ses nombreuses années passées à travailler sur les formes et les couleurs.

Des tableaux de maitre

Ainsi est née l’accumulation d’œuvres esthétiques actuellement présentées au regard, à la convoitise et à l’admiration des nombreux visiteurs qui se pressent au Grand Palais, ivres de jalousie et de bonheur devant les palettes présentées, les traits esquissés, les œuvres réalisées par des artistes non seulement doués d’un talent exceptionnel mais d’une vision futuriste qui leur permet de deviner, d’anticiper les goûts du public qui trouve dans ces collections la délectation unique jusqu’à l’ivresse de pouvoir s’approcher de ces merveilles à portée d’œil sinon de main puisque le contact de ce membre avec la toile est interdit comme au football l’est celle de la main avec le ballon, équivalent de ce que l’on nomme le penalty, punition suprême qui réduit le joueur coupable à la condition d’un proscrit, d’un responsable, d’un fossoyeur de la joie des supporteurs du camp touché par ce crime. Et qu’a-t-on dit des acheteurs venus en nombre soupeser la valeur des pièces de la collection ? Qu’il y en avait beaucoup ce qui étonnait par ces temps de disette dénoncée, de misère annoncée, de pauvreté diffusée , de charité réclamée. La vente aurait atteint des sommets inattendus grimpés avec autant de vitesse et d’aisance que le faisait naguère Lance Armstrong sur les plus hauts cols du Tour de France dont décidément il ne peut plus se passer et qui agit sur lui comme une drogue – c’est le cas de la dire – puisqu’il a décidé de revenir cette années une fois de plus sure la terre de ses exploits. Peut-être est-il un des personnages célèbres capables d’acquérir une ou plusieurs de ces pièces remarquables pour les accrocher aux cimaises de ses maisons et les contempler lorsque, grand-père, il n’aura plus ni l’envie ni la possibilité de mobiliser ses muscles d’acier pour pédaler aux rythmes effrénés qui avaient été les siens lorsqu’il était en activité, au sommet de sa gloire ?

Descendre de vélo après être monté

Comme il est temps de descendre du vélo de Lance pour rejoindre les visiteurs du Grand Palais, nous aurons l’occasion d’écouter ce qui se dit tout en bas des Alpes, dans la plaine parisienne qui a reçu avec autant de plaisir les aides de la PAC, cette organisation destinée à subvenir aux besoins de agriculteurs et dont la France profite à tort ou à raison. Là, on n’a plus fait les comptes de ce que coutait une vache, fut-elle de concours. On a évoqué « le marché qui est complètement ouvert sur l’international. Il s’agit des dix Américains, des vingt Russes, des quinze Indiens,... des deux cents grandes fortunes de la planète qui sont toujours présentes lors de ce type de vente. Ce ne sont pas des acheteurs occasionnels, qui se permettent un coup de folie. Ces gens-là ont une fortune qui dépasse ce qu’on peut imaginer, et leur budget est totalement illimité. » « Ils ont tous fait le déplacement au moins une fois pour voir les œuvres. Lors de la vente, la moitié au moins est sur place, ou représentée par des courtiers, l’autre est au téléphone. On cherche à se faire le plus discret possible : ceux qui achètent par téléphone sont souvent cachés dans la salle pour ne pas être filmés ou photographiés. Tous préfèrent rester anonymes : ce genre d’acquisition fait beaucoup de jaloux, entraîne des contrôles fiscaux, pose des problèmes de sécurité. »

Admiration contenue

Après un brin d’admiration teinté d’un peu d’envie, on passe plus rapidement aux critiques parfois inspirées par le respect, plus souvent prononcées d’un style acariâtre : « Une certaine sensibilité artistique est nécessaire, mais la plupart des acheteurs possèdent déjà tellement d’œuvres qu’il leur est impossible de les apprécier toutes à leur juste valeur... Certains achètent des collections entières qu’ils exposent dans des appartements ou des bateaux sur lesquels ils passent trois jours par an. Une telle fortune mène parfois à une boulimie acheteuse, qui ne correspond plus vraiment à la démarche d’un vrai amateur. On ne peut pas vraiment parler de spéculation dans la mesure où le but n’est pas de revendre le mois prochain des œuvres achetées aujourd’hui. Tout le monde connaît la valeur d’achat de l’objet, donc le revendre plus cher n’aurait pas de sens, sur le court terme. En revanche, il est certain que si l’œuvre est revendue un jour, compte tenu de sa qualité, ce sera un événement ! Les personnes qui les achètent le font de façon instinctive. Ce sont des acheteurs judicieux : ils investissent dans des œuvres si précieuses qu’elles ne peuvent pas perdre leur valeur.

Négociations

Suit un commentaire judicieux et bien à propos sur les opportunités largement offertes de négociation dans les deux sens, vente et acquisition. Pendant ce temps, les marchands d’art regrettent déjà toutes les bonnes affaires qu’ils n’ont pas faites et tous les coups manqués parce que le destin ne l’a pas voulu. Lui joue aux dés comme ne le pensait pas le génial Einstein dont on commence à murmurer que son rival du moment Poincaré avait inventé bien avant lui des formules et des processus qui n’ont jamais atteint la réputation de ceux publiés par le premier. Pourquoi ? Encore le destin ? A cette heure les Ministres et les hommes de bien se demandent comment ils vont s’y prendre pour distribuer la soupe populaire, alimenter – oh – les restaurants du coeur, financer l’éducation nationale pour éduquer les jeunes qui ont eu la malchance de naitre à une période aussi difficile et parfois dans des milieux dits défavorisés, comme l’a bien montré l’Oscar de Hollywood qui s’est penché sur les détritus servant de tapis d’orient aux enfants des favela de l’Inde !

Questionnement éthique :

1. N’est-il pas étrange que la chronologie nous offre simultanément le luxe effréné des milieux dits de l’art où se côtoient les marchands les plus riches en train de se battre pour arracher un morceau de Picasso ou de Chirico à leurs concurrents pendant que sur les écrans de cinéma se battent les enfants des égouts et des ordures en Inde ?

2. Où en est la répartition des richesses chez les collègues de Bergé et d’Yves Saint-Laurent ?

3. Est-ce que ces derniers ne cachent pas leur reliquat de la honte des riches dans l’anonymat qui a frappé les témoins des ventes aux Grand Palais ?

4. N’est-il pas étrange que les acquéreurs des ouvres d’art les plus couteuses se recroquevillent derrière les paravents des paradis fiscaux ou artificiels et que leurs richesses fassent de même ?