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Des tours pour entasser des milliers de gens afin de mieux les tuer ?

Une tour : pour quoi faire ?

Pour se jeter de son 157è étage ?

dimanche 1er juin 2008, par Picospin

Pour contrecarrer leur projet qu’il jugeait plein d’orgueil, Dieu multiplia les langues afin que les hommes ne se comprennent plus. Comme, de ce fait, la construction ne put avancer, elle s’arrêta ce qui força les hommes à se disperser sur la terre. Cette histoire est parfois considérée comme une tentative de réponse des hommes au mystère de l’existence de plusieurs langues, mais elle est aussi la métaphore d’un enseignement moral qui illustre les dangers de vouloir placer à égalité avec Dieu, de le défier par notre recherche de la connaissance.

Se comprendre

Elle figure la nécessité pour l’humanité de se parler, de se comprendre pour réaliser de grands projets, et le risque de voir échouer ces projets quand chaque groupe de spécialistes se met à parler le seul jargon de sa discipline. Les récits de constructions que les hommes tentaient d’élever jusqu’au ciel ont depuis longtemps marqué les esprits, source d’inspiration pour bon nombre d’écrivains et d’artistes. L’histoire de la tour de Babel a peut-être pour origine un édifice qui a réellement existé. Il pourrait s’agir d’une ziggourat dédiée au dieu Mardouk à Babylone. Édifiée par la première dynastie babylonienne vers 1600 av. JC, de forme non circulaire, elle devait mesurer près de 90 mètres de hauteur. Les fouilles archéologiques du site de Babylone ont prouvé que cette ziggourat avait une base rectangulaire commune à la majorité de ces ziggourats. Pourquoi est-elle représentée comme une tour ? La réponse la plus plausible reste celle de la confusion des peintres de l’époque : en effet, à 200 km au nord du site et à près de 100 km au nord de Baghdad se trouve le minaret de la mosquée de Samarra, la tour Malwiya, que l’on peut admirer dans la majorité des représentations de la tour de Babylone , avec sa forme unique en spirale qui a influencé de nombreux peintres et explorateurs. Cependant cette mosquée date du IXe siècle, et n’a donc aucun lien avec la cité antique de Babylone dont s’enorgueillirent jadis ses habitants qui décidèrent de construire une tour, de la terre jusqu’au ciel, d’entrer dans le palais des Anounnaks, de partager boisson et nourriture avec eux et de devenir les égaux des dieux.

Egaux des dieux

La tour grandit, s’élèva vers les cieux et les gens se réjouirent ce qui ne fut pas du goût des dieux. Ils vinrent voir Mardouk et dirent : "Ô Mardouk, tu es le plus grand d’entre nous, regarde, combien les gens s’enorgueillissent ! Nous ne voulons pas les voir dans le ciel. Puisque leur place est sur terre, qu’ils y restent ! Aide-nous, Mardouk !" Mardouk réfléchit et jeta un puissant sort sur le grand lac près de Babylone où on puisait de l’eau à boire et où on lavait les corps. Tous ceux qui y burent, ne serait-ce qu’une gorgée, oublièrent leur langue, parlèrent avec des mots incompréhensibles, ne furent plus compris, si bien qu’il devenait impossible de poser la moindre pierre, d’apporter de la terre et d’édifier les murs ! Le chantier s’arrêta. Voyant cela, le magicien Shouroukkah tombant à genoux, pria : "Mardouk, ô Mardouk, pourquoi châties-tu les gens qui te sont fidèles ? Comment un époux comprendra-t-il son épouse, comment un fils répondra-t-il à son père, comment les sujets pourraient-il chanter la gloire de leur souverain ? Rends-nous la parole, aie pitié !" La bonne déesse Ishtar compatit et pria Mardouk de les pardonner. Et Mardouk fit en sorte qu’un poisson magique apparaisse dans le lac : celui qui le mange recommence à parler comme avant et retrouve la parole.

Un poisson magique qui rend la parole

Les gens louèrent Mardouk, firent de la tour inachevée un temple à sa gloire et abandonnèrent les pensées coupables. Ceux qui refusèrent de manger les poissons babyloniens donnèrent naissance aux autres peuples et se mirent à parler des langues étranges et incompréhensibles. Tout le monde se servait d’une même langue et des mêmes mots. Comme les hommes se déplaçaient à l’Orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et s’y établirent. Ils se dirent l’un à l’autre : « Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! » La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Ils dirent : « Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre ! » Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. Et Yahvé dit : « Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera plus irréalisable pour eux. Confondant leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres. Yahvé les dispersa sur toute la face de la terre si bien qu’ils cessèrent de bâtir la ville. Aussi, la nomma-t-on Babel, car c’est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c’est là qu’il les dispersa sur toute la face de la terre. Le mythe judéo-chrétien lui impute la confusion des langues. Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Chmunter et y habitèrent.

Diversité des langues

Le passage de la tour de Babel - récit étiologique justifiant la diversité des langues et des peuples - marque la clôture du récit des origines. Ce récit est jalonné par le péché, par « ses éruptions » : la chute, le récit de Caïn et Abel, le chant de Lemec, le déluge. Contrairement à la chute, au récit de Caïn et Abel et au chant de Lémec, qui stigmatisent des péchés ou des comportements individuels, les unions des anges qui susciteront le déluge et l’aventure de la construction de la tour de Babel sont des péchés ou des comportements collectifs. Dans ces deux cas, il s’agit d’évènements où l’humanité est comprise comme la communauté des fils d’Adam. Au terme de l’histoire des origines, il s’agit donc de marquer le péché collectif d’une communauté humaine et d’en montrer la condamnation par Dieu. Une condamnation sans appel, sans intervention de la grâce. À partir de cette parole : « le Seigneur les dispersa sur la face de toute la terre », le récit de la tour de Babel et celui des origines s’ouvre à l’avenir au sens où la question de la relation entre les hommes et Dieu est posée. Souvenez-vous. Il y a 8 ans déjà. Ce que l’on pensait impossible est arrivé. Où dans la plus grande ville du monde, celle que l’on croyait protégée par un formidable système de défense contre d’invisibles ennemis ou des terroristes non encore identifiés.

Drame à New York

Et c’est là, en plein centre de New York que le drame a éclaté. Lisez l’information répercutée dans les medias du monde entier et qui a jeté dans l’effroi, la surprise, l’étonnement, la terreur la monde entier. Ce qui était arrivé, c’était l’incroyable, l’inattendu, une destruction impressionnante aux conséquences dramatiques. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle avait eu lieu dans un quartier central réunissant bureaux, centre d’affaires, agglomération d’individus réunis dans un espace restreint et une densité de population considérable. D’où le désastre, le nombre impressionnant de victimes se jetant du sommet des tours vers le sol, sans aucun espoir de survie, piégés qu’ils étaient par des flammes qui les chassaient de bureaux où ils étaient entassés. Deux avions se sont écrasés mardi sur le sommet de l’une des deux tours jumelles du World Trade Center, sur l’île de Manhattan à New York, à 18 minutes d’intervalle. Les derniers étages sont actuellement en feu, alors que les images diffusées en direct par les télévisions montrent d’immenses trous d’où s’échappe une épaisse fumée noire. Deux explosions ont eu lieu depuis l’impact, dans ces immeubles qui abritent de nombreuses banques . Les deux crashs ont eu lieu à l’heure de l’ouverture des bureaux, aux alentours de 9 heures du matin. A 15h43, heure de Paris, la police new-yorkaise avertissait qu’un troisième appareil était en approche du World Trade Center.

World Trade Center et Pentagone

Il semble que cette expérience, relativement récente n’ait découragé aucun responsable de la gestion des cités de tenter une nouvelle expérience de ce genre. C’est tout simplement entasser le maximum de personnes dans l’endroit le plus petit possible pour y atteindre la densité maximum puisque aussi bien la verticalité permettait d’accomplir l’irréparable et de recenser le maximum de pertes humaines. Et où croyez vous que cette manœuvre doit avoir lieu ? A Paris, ville lumière qui avait déjà, par bonheur et par chance échappé à la destruction, aux bombardements par ce que symboliquement mise temporairement sous la protection du grand protecteur du moment : le commandant allemand du Gross Paris qui aurait pris sur lui l’initiative de ne pas défendre la capitale, d’y éviter la guerre, les échanges de coups de feu. Aujourd’hui, nulle force,nulle obligation, nulle loi, nul règlement, aucune nécessité objective n’obligent à agir dans la même logique que celle qui a prévalu pour l’édification de tours en plein centre ville pour y abriter les sièges sociaux des grandes compagnie, des grandes banques, des sociétés et compagnies d’assurances, du commerce international ayant pris une dimension planétaire comme on désigne actuellement notre vieux monde un peu décrépit, notre globe qui continue de tourner, sur lui-même et autour du soleil pour le plaisir des habitants de notre terre auxquels on offre encore le plaisir renouvelé chaque matin de recevoir dans les yeux les rayons de lumière du soleil levant et de pouvoir contempler chaque soir ceux, plus atténués, du crépuscule.

Un lauréat

À peine lauréat, Jean Nouvel, architecte choisi pour construire la Tour de la Défense, déclenche déjà la polémique. Grand gagnant de la consultation organisée par l’Établissement public d’aménagement de la Défense pour construire la tour Signal, le projet de l’architecte suscite la désapprobation de la Mairie de Puteaux, commune où sera bâti l’édifice. « Tel quel, ce n’est pas un beau projet », a-t-elle déclaré. L’élue, qui ne cache pas sa préférence pour le projet de l’Américain Daniel Libeskind, l’un des cinq finalistes du concours, a demandé à Jean Nouvel de revoir sa copie. Jean Nouvel a accepté de rencontrer Joëlle Ceccaldi-Raynaud le 9 juin prochain. « Je suis sûre que nous trouverons un terrain d’entente », dit-elle, avant de plaider pour une « architecture plus ouverte et novatrice ». Elle proposera à l’architecte de revoir le choix de l’acier, au-dessus de la structure de verre. Elle lui suggérera de repenser son pied de tour et d’agrandir les entrées. Elle s’assurera enfin auprès de l’architecte de l’emplacement et du nombre de parkings et d’espaces verts, de même que de la liaison avec le centre commercial. « Je ne modifierai pas mon plan d’occupation des sols (POS) à n’importe quel prix », prévient l’élue. Or, sans révision du POS, décidée par le conseil municipal de Puteaux, la tour ne peut voir le jour. La polémique ne s’arrête pas là. Candidat malheureux à la tour Signal, une promoteur russe a annoncé qu’il concrétiserait son projet à Courbevoie, malgré son échec. Ces bâtiments qui font la part belle aux logements, proposeront une liaison avec la dalle de la Défense, un aménagement des bords de Seine et la création d’un pôle culturel avec une galerie d’art et une salle de spectacle. Au milieu des difficultés économiques et sociales que connait la France en particulier et l’Europe, sinon le monde en général, est-il prudent, raisonnable, pertinent de lancer la société dans une aventure qui risque à tout moment de tourner au tragique à la suite de n’importe quelle étincelle, de n’importe quel acte de folie, de n’importe quelle intention de sabotage.

Questionnement éthique :

1. Peut-on dire que le sacré principe de précaution, souvent appliqué à tort, a été impiqué dans une projet "pharaonique" de ce type ?

2. Dans un projet comme celui-ci a-t-on établi le juste bilan entre avantages et inconvénients, coût et qualité de vie, bénéfices et risques comme tout gestionnaire et tout responsable de bonne gouvernance devrait procéder avant de lancer des milliers d’individus et de capitaux publics et privés dans une aventure dont un précédent vient de montrer les dabgers ?

3. Est-il éthique que de fortes sommes d’argent risquent d’être soustraites au bien commun au profit d’entreprise commerciales qui ne sont liées ni à l’éducation, ni à la santé, ni à l’amélioration de l’environnement, ni sans doute à la diminution de la pollution ?

4. Est-ce que ce dernier bilan a été calculé avant de prendre une décision aussi lourde de conséquences ?