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Quelle issue au conflit entre la Russie de Medvedev-Poutine et la Géorgie ?

Une vision de Picospin dans le Caucase

Des prévisions pessimistes ou optimistes

vendredi 15 août 2008, par Picospin

Le maître d’œuvre de cette architecture, son fidèle chien de berger qui s’illustre dès qu’il le peut dans l’action humanitaire mais pas encore dans celle de l’animal – encore qu’actuellement il en est qui mordent et attaquent comme les patous des Pyrénées - les maitres du Kremlin prompts à apposer leur signature au bas de tout texte les autorisant à déployer leurs chars à travers leur ancien empire.

Les pompiers

Le Président de la République a tenté de jouer les pompiers de service dans le Caucase. Il ne faut voir dans cette expression nulle volonté de dénigrement de cette très délicate mission car, quand quelque part un peuple voit le feu embraser son territoire, il est toujours heureux d’accueillir un pompier, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne, pour l’aider à éteindre l’incendie. Le compromis qu’il a obtenu, bien que fragile, qui peut-il satisfaire ? Le maître d’œuvre de cette architecture, son fidèle chien de berger qui s’illustre dès qu’il le peut dans l’action humanitaire mais pas encore dans celle de l’animal – encore qu’actuellement il en est qui mordent et attaquent comme les patous des Pyrénées - les maitres du Kremlin prompts à apposer leur signature au bas de tout texte les autorisant à déployer leurs chars à travers leur ancien empire. Cette histoire est un mélange d’idées moins que de réalités tragiques pour les populations impliquées dans cette histoire politique, démographique, culturelle et on dit maintenant plus volontiers géopolitique. Ensuite, cette épopée devient un thriller entre un gros ours et une petite chèvre.

Un correspondant futé

C’est pour essayer d’en démêler les fils que nous avons décidé d’envoyer sur place un fin limier, un connaisseur de la philosophie, un homme d’expérience à force d’avoir parcouru des pays réels ou imaginaires tels que Picospin. De ses sites d’enquête, il ne cesse d’envoyer des reportages bourrés de détails pour nous faire participer physiquement, émotionnellement et intellectuellement à l’évènement et aux évènements, l’évènement principal dont le sort se jouait à Moscou, à Bruxelles, à Gori ou à Tbilissi, à Paris et un peu moins à Washington où l’on craignait que ne puisse se développer une guerre froide par ces temps de réchauffement climatique..En fait, ce n’est là que le prolongement des scories jamais éteintes et toujours bien vivaces de l’histoire récente de cette région, déchirée par l’arrivée de l’impérialisme soviétique et du communisme triomphant dans la première moitié du XXe siècle. Examinons rapidement, pour essayer de mieux comprendre la situation, l’histoire récente des acteurs du drame actuel au premier chef celle de la Géorgie. Rattachée volontairement à l’Empire russe au tout début du XIXe siècle par un pacte d’union, la guerre civile russe de 1918 pousse les Géorgiens à déclarer leur indépendance. Mais, dès 1921, le régime communiste russe envoie son armée occuper cette contrée insoumise, en même temps que l’Arménie et l’Azerbaïdjan, renverse le gouvernement en place et impose la création d’une “République socialiste soviétique fédérale de Transcaucasie”, inféodée à Moscou.

Géorgie indépendante

En1991, alors que l’URSS était sur le point de s’effondrer, la Géorgie proclame de nouveau son indépendance. Les dernières élections libres ont porté au pouvoir un gouvernement qui cherche maintenant à se rapprocher de l’Otan pour mieux consolider son indépendance face à son puissant voisin russe qui a quelque mal à admettre cette éventualité à sa propre frontière. Située à cheval sur la chaîne du Caucase entre la Russie et la Géorgie, l’Ossétie fut annexée par l’empire russe en même temps que la Géorgie au début du XIXe siècle. Staline décide, en 1922, de couper ce territoire en deux régions autonomes : celle du Nord, plus riche en ressources, est rattachée à l’URSS ; celle plus pauvre du Sud, à son nouvel allié géorgien. En 1994, les Ossètes du Sud souhaitent se réunir de nouveau avec ceux du Nord en un même territoire dont ils proclament l’indépendance. Malgré un nouveau référendum organisé par les Ossètes en 2006 et qui lui est cependant favorable, cette volonté d’indépendance n’est pas reconnue par l’ONU ni par la communauté internationale qui considère ce référendum “illégal”. Seul l’actuel régime de Moscou la reconnaît. La Géorgie maintient donc ses droits sur l’Ossétie du Sud, même si la population, à majorité russe, reste très acquise à une réunification avec les populations du Nord dans un état autonome. La situation de l’Abakhazie n’est pas comparable à celle de l’Ossétie. Située à la frontière russe et en bordure de la mer Noire, ce territoire s’est proclamé “République indépendante” en 1992 sans que personne, pas mêmes les Russes, n’aient reconnu cette indépendance.

Un conflit complexe

Le territoire est resté annexé à la Géorgie mais sa situation géographique et son climat font de ce pays un “eldorado” pour les élites russes, ce qui renforce l’influence économique et sociale de la Russie sur ce territoire. Voilà donc l’écheveau de ce qui fait l’exceptionnelle complexité du conflit actuel entre Russie et Géorgie. Pour échapper aux velléités russes de profiter de cette situation pour récupérer quelques lambeaux de cette République qui leur a tourné si résolument le dos, la Géorgie, soutenue en cela par le camp occidental avec les Etats-Unis en tête n’avait pas d’autres solutions que de compter sur ses alliés européens et ceux de l’Otan, à défaut des Etats-Unis trop éloignés et militairement trop empêtrés dans d’autres conflits comme ceux de l’Irak ou de l’Afghanistan. Pour montrer sa bonne volonté, la Géorgie envoie des troupes auprès de celles engagées par les Etats-Unis en Afghanistan. En avril dernier l’Europe prend une étrange position consistant à refuser de collaborer à un plan d’action pour l’adhésion de la Géorgie à l’Otan. Ce refus a fragilisé la position du gouvernement géorgien et donné à l’ex-président Poutine devenu par la grâce des anges et des icônes qui veillent sur la sainte Russie un “Premier ministre” puissant, le feu vert nécessaire à entreprendre une guerre de reconquête sur cette Géorgie infidèle et insoumise, sinon à l’affaiblir durablement et à couper court à de possibles velléités de l’Ukraine éventuellement tentée de prendre le même chemin d’une indépendance retrouvée.

Provisoire

Qu’aujourd’hui M. Sarkozy, actuel “Président” très provisoire de l’Union Européenne, soit conduit à jouer dans ce Caucase les “pompiers de service”, n’est qu’un juste retour des choses. L’Europe, impuissante et incapable de décider de l’admission d’une République authentiquement démocratique et située à ses frontières, au sein d’un ensemble qui lui aurait assuré sa sécurité via le bouclier de l’Otan, est bien responsable de la situation actuelle par sa volonté de laisser le champ libre aux idées de revanche des Russes. Même si la Géorgie entend garder son intégrité territoriale telle que la communauté internationale la reconnaît aujourd’hui, la situation fragile nouvellement créée remet cette intégrité en cause. Est-ce que ce sont l’indépendance, la démocratie et l’intégrité d’une partie de l’Europe qui sont en cause aujourd’hui en Géorgie ? Doit-on espérer ou craindre que ces événements graves et préoccupants, puissent troubler les Européens livrés à la dévotion de leurs sacro-saintes vacances et aux évolutions de masse, sportives, artistiques à forte résonnance politique sinon religieuse. Quand nous l’avons reçu de Pékin, cette courte correspondance de notre ami Picospin se terminait par un bref commentaire qui déplorait l’enfermement dans des préoccupations politiques de jeux qui devaient contribuer à l’épanouissement de l’homme, à sa communion dans l’effort de l’esprit et du corps avec tous ses camarades sportifs au titre d’un respect envers la création tout entière et celui indispensable à la dignité de l’homme, notion qu’il empruntait à son jeune mentor de 25 ans, Pic de la Mirandole.