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Histoire et retombées d’une algarade

Une visite aux boeufs et aux vaches

Quels comportements et quelle culture ?

dimanche 24 février 2008, par Picospin

Une algarade y a opposé le chef de l’Etat et un visiteur du Salon, fort peu poli à son égard. Dans une vidéo enregistrée en direct, et très largement visionnée depuis sa mise en ligne samedi soir, on voit le président, en plein bain de foule, pressé et souriant, malgré quelques huées, serrer les mains. Alors qu’il s’apprête à saisir celle d’un des visiteurs qui l’entourent, celui-ci a un geste de recul et lui lance « ah non, touche-moi pas ».

Conversation à bâtons (pas encore rompus)

« Tu me salis »....enchaîne le badaud à lunettes, pas du tout intimidé. « Casse-toi alors, pauvre con », lui enjoint le président avant de reprendre son chemin escorté de Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture. Rasséréné au bout de quelques pas, Nicolas Sarkozy adresse, comme si rien ne s’était passé, à nouveau « mercis » et poignées de main à la foule. Interrogé samedi soir sur l’incident, l’Elysée s’est refusé à tout commentaire. Mais cet échange d’invectives n’est pas le premier à être capturé par les journalistes.

Pauvres pêcheurs

Le 6 novembre, la vidéo d’une autre algarade avait suscité de nombreuses réactions chez les internautes : elle avait opposé le président à un marin-pêcheur du Guilvinec. Perché sur une terrasse de la criée de ce port breton, Julien Guillamet, 21 ans, avait invectivé le président. Aussitôt Nicolas Sarkozy lui avait demandé de descendre s’expliquer. « Si je descends, je te mets un coup de boule », avait répliqué le jeune homme, sautant une barrière avant d’être arrêté par les services de sécurité. Ce même jeune homme avait ensuite été invité à faire partie d’une délégation de pêcheurs reçue en janvier à l’Elysée.

Questionnement éthique :

1. Comment ce banal fait divers racontant une confrontation verbale entre le Président de la République et un citoyen illustre-t-il le décalage entre les projets d’enseignement du civisme projeté par le Ministre de l’Education Nationale, Xavier Darcos, et les comportements et agissements des personnalités responsables au sommet de l’Etat ? N’a-t-on pas fustigé les élèves des classes primaires de n’avoir aucune déférence envers les autorités, aucun respect vis-à-vis de leurs aînés ni déférence devant les symboles de la République, à commencer par l’hymne national, « La Marseillaise » ?

2. Comment ces enfants jetés aux gémonies par la volonté du pouvoir peuvent-ils percevoir et interpréter l’attitude des deux protagonistes de cette altercation, citoyens français, majeurs, responsables ?

3. Ils sont légitimement autorisés à se poser des questions sur les caractéristiques et la qualité du vocabulaire, de la grammaire, de la gestuelle utilisée par ces derniers ?

4. Comment apprécier les termes de « Touche-moi pas » dont la construction grammaticale est pour le moins étrange ? Que dire de la réplique : « Casse-toi alors, pauvre con » s’agissant de la parole du Chef de l’Etat à un de ses concitoyens ?

5. Le caractère dramatique et tendu de cette conversation est sans doute faussement amplifié par rapport à la politesse et aux rapports humains qui sévissaient au début du 20è siècle. Il ne semble plus affecté du même coefficient d’intensité si l’on songe que le pêcheur qui avait interpellé M. Sarkozy du haut de son bastingage a été invité sur le champ à l’Elysée par le Président pour faire partie d’une délégation de pêcheurs. Autres temps, autres mœurs. « Le choix par l’homme politique vient d’abord » écrit Hans Jonas dans son livre « Le principe responsabilité » (Champs, Flammarion, Paris, les Editions du Cerf, 1990) et ensuite pour le bien de la responsabilité choisie « elle se procure seulement le pouvoir qui est nécessaire à son appropriation et à son exercice ». Et de poursuivre que « le cas paradigmatique est celui de l’homme politique qui convoite le pouvoir afin d’avoir des responsabilités et qui convoite le pouvoir suprême afin d’exercer la suprême responsabilité ». …Le pouvoir comporte ses propres attraits et ses récompenses – l’estime, le prestige, la plaisir de commander, d’avoir de l’influence, de prendre de l’initiative, de graver sa propre trace dans le monde et même la jouissance d’en avoir simplement conscience (sans mentionner les avantages bassement matériels). « L’homme d’état authentique estimera que sa gloire consistera à permettre aux autres de dire de lui qu’il a agi au mieux des intérêts de ceux sur lesquels il exerçait le pouvoir, pour lesquels il le détenait. Que le « sur » devienne « pour » forme l’essence de la responsabilité.

Messages

  • Evidement, vous qui êtes un grand moraliste, vous trouvez anormal la réponse de Nicolas Sarkosy.
    Mais vous trouvez tout a fait normal qu’un individu se comporte comme un connard devant le Président élu de tous les français.
    Je trouve qu’il est rassurant que notre Président soit un homme comme les autres et qu’on ne puisse pas le conchier impunément.

    Mort aux cons !!!

  • Il n’y a pas de moraliste dans l’équipe. L’éthique est une discussion sur la morale non l’application de la morale elle-même. Elle permet d’entreprendre un libre débat sur les sujets de son choix sans nécessairement imposer un guidage ni de la pensée ni des conduites, ni sutout des opinions. C’est un des ses avantages et aussi un de ses inconvénients car elle n’autorise le passage à l’acte qu’après évaluation des conséquences des décisions prises après consultation auprès de la rationnalité de la pensée et du bien fondé de sa démarche. Par ailleurs :

    1. Dans sa fonction présidentielle, le Président de la République, par définition n’est pas un homme comme les autres puisqu’il représente le peuple de France ce qui lui confère une responsabilité exceptionnelle et exige abnégation, courage, maîtrise de soi. En dehors des ses fonctions et de sa représentativité, dans sa vie privée, il est libre d’utiliser les termes qu’il veut. Dans le cas qui nous préoccupe, les enfants de France, écoliers et étudiants retiendront plus le "casse-toi, pauvre con" que les propos du quidam qui a allumé le feu par des propos inadéquats. C’est dommage pour M. Darcos qui essaie de réorganiser l’enseignement du Français à l’école.

    2. Faut-il donner à cet incident mineur qui heureusement est resté strictement d’expression verbale une importance disproportionnée ? Il y a malheureusement pire dans le pauvre monde dans lequel nous vivons et où malheureusement les conflits se règlent trop souvent par des sévices corporels. Les mots sont parfois faits pour éteindre des incendies qui démarrent et non pour attiser des flammes en jetant de l’huile sur le feu.