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Une visite éclatante

mardi 11 décembre 2007, par Picospin

Et Nicolas Sarkozy d’annoncer qu’il était « très heureux » de le recevoir à Paris et de lui murmurer à l’oreille qu’il encouragerait son retour à la respectabilité internationale. " Si nous n’accueillons pas des pays qui prennent le chemin de la respectabilité, que devons-nous dire à ceux qui prennent le chemin inverse ? », a-t-il ajouté.

Réception d’un étrange guide

Geôlier pendant neuf ans des infirmières bulgares torturées en prison, Kadhafi est récompensé aujourd’hui par une visite officielle prolongée en France. Sarkozy explique que Kadhafi a changé, qu’il vaut mieux accompagner la mutation de la Libye et que d’autres pays ont renoué avec Tripoli, supposé en pleine rédemption. Pendant ce temps la Grande-Bretagne, l’Italie ou les Etats-Unis ont pris des longues cuillères pour pactiser avec Kadhafi. Ils ont évité le ridicule de le recevoir avec toute la pompe de la République. Rien n’a obligé la France à marquer pareil empressement à monter les tentes de la sympathie et de l’hospitalité, de célébrer la réussite des chameaux qui broutent l’herbe des jardins de Le Nôtre. En son temps, Reagan avait bombardé son palais ce qui n’a nullement empêché le Guide, qui avait professé la révolution pendant une trentaine d’années, de se rapprocher de Washington au moment opportun. Les chameaux ne courent pas toujours très vite mais savent toujours trouver les oasis pour s’abreuver des eaux pures. A présent, à la tête de ses coursiers, il veut revenir en grande pompe en France, pays qu’il avait naguère combattu en usant du terrorisme le plus aveugle. Fort des richesses pétrolières de son pays, le colonel s’efforce de financer les guérillas du monde entier dès lors qu’elles professent un vague anti-impérialisme. En 1973, le « Guide » avait été reçu chaleureusement par Georges Pompidou, préambule à une importante coopération militaire avec Tripoli faite de ventes de Mirage F1, d’hélicoptères et de Gazelles.

Rêves et cauchemars

Il se rêve alors en Nasser, tentant d’illusoires fusions avec l’Egypte, la Tunisie, la Syrie, le Maroc, le Soudan. Aux bombardements français contre des unités libyennes répondent les graves attentats (huit morts, de nombreux blessés) sur le sol français, à l’aéroport d’Orly, le 15 janvier 1983, par les Arméniens de l’Asala sur instruction de Tripoli. On lui imputera les attentats contre la Panam à Lockerbie (1988) et contre le DC10 d’UTA au Niger (1989). Le jeune officier charismatique, devenu ennemi n°1, a vu son pays coupé du reste du monde par l’embargo de l’ONU. Washington a inclus la Libye sur la liste des Etats-voyous cherchant à se doter d’une arme nucléaire. Maintenant, le colonel Ghedafi se préfère campé dans le rôle du faiseur de paix. C’est un nouveau départ, amorcé en 2001 lorsqu’il avait été l’un des premiers chefs d’Etat arabes à condamner les attentats du 11 septembre. La Libye ouvrit alors toutes grandes ses frontières à la CIA, révélant même ses filières d’approvisionnement, dénonçant ses amis d’hier. Depuis, cet ennemi est devenu très fréquentable, d’autant plus qu’il a opéré la même volte-face à l’égard d’Israël dont il voulait naguère jeter les habitants à la mer.

Volte-face

Comment traiter un personnage aussi fantasque en apparence, aussi versatile et protéiforme ? En parlant de politique, de spiritualité ou d’économie ? Sous l’influence grandissante de l’école néoclassique américaine qui a totalement envahi l’enseignement économique depuis les chocs pétroliers, toutes les richesses de la vision keynésienne et marxiste de la réalité économique et sociale ont été indûment dispersées au vent. Le défaut de culture d’une très grande majorité des étudiants dans ce domaine est manifeste et des plus inquiétants - pour eux. Il les laisse démunis face à des menées dont certaines sont purement idéologiques. Médiatisées, elles offrent très peu d’espace à l’esprit critique et surtout à l’indépendance d’esprit qui doit être la première attitude de tout scientifique. L’étudiant ou le professionnel est supposé capable de trouver, seul, dans l’immense foisonnement de la littérature économique, les outils dont il a besoin. Un regard porté sur la recherche économique au cours des deux derniers siècles nous a pourtant amené à distinguer quatre grandes convergences, les paradigmes, dans la façon de parvenir à représenter la réalité économique et sociale : l’orthodoxie libérale, le déterminisme révolutionnaire, l’hétérodoxie réformiste et le positivisme institutionnel. L’enseignement des grandes lignes des paradigmes, qui constituent autant de piliers de la science économique, a pour objectif essentiel d’empêcher que les étudiants ne soient entraînés à entrer dans des chapelles où on les tiendrait soigneusement enfermés et à l’air desquelles ils finiraient par s’habituer au point de ne pouvoir respirer à l’extérieur.

Sauver le peuple ou les finances ?

Proposer quatre visions du même monde était et demeure la seule voie possible pour une connaissance sociale qu’aucun paradigme, même pas les quatre ensemble, n’épuisera jamais. Parce que les classiques ont échoué, selon Machiavel, parce qu’ils visaient trop haut et parce qu’ils ont fondé leurs doctrines politiques sur la prise en compte des plus hautes aspirations de l’homme, la vie de la vertu et la société consacrée à la promotion de la vertu, ils ont perdu toute efficacité. D’après Bacon, ils ont fait des lois imaginaires pour des communautés politiques imaginaires. C’est pourquoi le réalisme de Machiavel, avant-coureur de la « Realpolitik » a proposé d’abaisser les critères de la vie politique en prenant comme buts non pas la perfection de l’homme mais les objectifs les moins élevés poursuivis par les hommes et la société. Si les motivations sont moins élevées mais plus puissantes, les projets ont plus de chances de se réaliser que les utopies souvent proposées et toujours mises en échec car impossibles à atteindre. Ces principes, ce sont des penseurs comme Hobbes, Socrate, Thomas d’Aquin qui les ont proposées car ils relèvent de l’état de nature, un état qui est déduit des passions de l’homme à partir desquelles pourront être tirés les raisons, les buts et les fins en vue desquels les hommes forment des sociétés politiques. A l’issue du dîner de ce soir à l’Elysée, il faudra que le Président de la République choisisse entre l’hommage aux lauriers du vainqueur apportant comme mage sur tapis rouge les offrandes nécessaires à la reconnaissance de sa respectabilité et l’annonce du redressement économique miraculeux de la France grâce aux présents, dons sinon aumônes en provenance de la rive sud de la Méditerranée. Il faudra décider entre Rafales et droits de l’homme. Ces options ne sont pas nécessairement les plus faciles à prendre.


Sources : Libération : 10.12.2007

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