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Comment fait-on à l’étranger ?

Vaccination antigrippale en cours de pandémie

Exigence d’une éthique des choix

mardi 24 novembre 2009, par Picospin

Pour élargir notre champ d’investigation, nous avons pensé utile de lui adjoindre des informations concernant les mesures prises dans d’autres pays contre l’extension rapide de la maladie pour que nos lecteurs et internautes puissent les comparer à celles déjà en vigueur en France. En voici quelques extraits.

Organisme-conseil auprès du gouvernement du Québec, la Commission de l’éthique de la science et de la technologie (CEST) qui doit vaguement être l’équivalent de notre CCNE (Comité Consultatif National d’Ethique) a aussi le mandat de promouvoir la réflexion éthique qui permet d’éclairer les enjeux et de préciser les valeurs qui justifient les choix individuels et collectifs. La campagne actuelle de vaccination massive en réponse à la pandémie mondiale de la grippe A(H1N1) soulève bien des doutes et des critiques dans la population. La CEST y voit l’occasion de rappeler certains enjeux sur le plan de l’éthique. Toute campagne de vaccination fait intervenir les objectifs de protection de la santé pour la population et les individus tels qu’ils ne courent pas le risque de mettre en danger la santé des autres mais en préservant leur autonomie et leur liberté sur le choix de se faire vacciner ou non, en insistant sur leur droit à l’information, qui demande que l’on informe la population sur la maladie, les effets du vaccin et les raisons qui ont motivé les décisions prises par les autorités. L’enjeu majeur soulevé par la liste de priorités de certaines catégories de personnes est celui de l’équité. Lorsque les ressources sont limitées, comme c’est le cas actuellement, il faut se résoudre à donner priorité à certains groupes au sein de la population. Cette option éthique fait appel à des valeurs supplémentaires comme l’égalité, qui consiste à ne donner aucun passe-droit, mais qui pourrait aussi signifier que l’on vaccine sur la base du premier arrivé, premier servi et la solidarité, qui demande que chacun respecte les priorités établies. Compte tenu des quantités limitées de vaccins, les autorités publiques ont dû choisir des cibles prioritaires et ont décidé de vacciner d’abord les personnes les plus vulnérables (femmes enceintes, jeunes enfants, malades chroniques, ce qui leur a permis de respecter l’équité (donner à chacun selon ses besoins) plus que l’égalité (premier arrivé, premier servi), en retenant comme critère la vulnérabilité des individus au virus. C’est ce critère qui a permis d’établir la liste de priorités.
Les travailleurs de la santé ont été vaccinés en premier, à cause de leur rôle essentiel dans la campagne en cours et de leur proximité par rapport aux malades éventuels. Fallait-il étendre cette protection aux familles des infirmières, aux membres des CA des fondations hospitalières, aux chanteurs populaires et aux joueurs de hockey, se demandent les Canadiens dont ce sport est national. D’autres questions restent en suspens comme celle de déterminer sur quels critères s’appuie la priorité accordée aux jeunes si les statistiques démontrent que les personnes âgées, moins touchées par la grippe, parce que probablement déjà immunisées par une rencontre préalable avec le virus sont cependant plus à risque de complications graves ? Fallait-il obliger tous les gens à se déplacer dans les centres de vaccination ? En quoi est-il plus efficace de transporter les élèves en autobus que de les vacciner dans leur milieu scolaire ? Un autre enjeu est celui du droit du public à l’information car les autorités de santé n’ont pas été aussi transparentes qu’elles l’auraient pu et leurs réponses, pourtant abondantes, ont semblé souvent contradictoires. Or, l’information a un impact direct sur la perception de la population sur sa vulnérabilité au virus qui compte parfois plus que la réalité. Certains groupes de personnes considèrent faire l’objet d’une discrimination fondée sur l’âge. Alors que d’autres s’interrogent sur le fait de savoir pour quelle raison les jeunes adultes en bonne santé qui seraient les plus touchés par le virus, n’ont pas été vaccinés en premier ? Si le personnel des hôpitaux constitue une catégorie prioritaire, pourquoi ne pas placer les enseignants du secondaire qui sont aussi en contact permanent avec les jeunes dans la même catégorie. En accordant la priorité aux valeurs d’équité, de protection des personnes vulnérables, de santé et de sécurité publique et de solidarité, on a inévitablement repoussé d’autres valeurs au second plan. Choisir oblige à établir un choix douloureux et à accorder une priorité entre les valeurs et les critères en présence. Il est capital et important du point de vue éthique de procéder à ces choix plus après réflexion que par automatisme, favoritisme ou populisme. Les critères indispensables à un choix légitime, rationnel et conscient doivent être définis selon des caractères dûment sélectionnés, utilisés par la communauté internationale, basés sur des valeurs sociales acceptables et dont les choix sont ensuite faciles à expliquer avec le plus de transparence possible. L’éthique, interrogation permanente, démarche de réflexion continue, questionnement acharné n’exige pas autre chose des décideurs comme des citoyens.