Ethique Info

Accueil > Médecine > Vaccination symbolique

Les méandres d’une organisation

Vaccination symbolique

Anonymat ou empathie

jeudi 12 novembre 2009, par Picospin

Pour quelle raison, cet enthousiasme : simplement parce que cette opération mise en musique par le gouvernement, une musique qui exprime moins l’harmonie que la cacophonie, peine aussi à se faire entendre par la majorité de la nation, cet ensemble fustigé par les plus radicaux des ministres parce qu’elle refuse de suivre à la lettre les consignes élaborées à grand peine par une nuée de fonctionnaires tentant en vain de donner du sens à ce qui n’en a guère.

Science, logistique et éthique

Il s’agit essentiellement des conditions scientifiques et éthiques concernant la réalisation de l’opération de vaccination qui n’a de collective que le nom et dont on ne connait ni les tenants, ni les aboutissants, ni les moyens employés, ni surtout le rapport bénéfices risques. Ce dernier a la réputation d’être fondamental dans l’évaluation d’une opération de santé, même quand cette dernière n’a qu’un seul objectif prioritaire celui de la prévention. Dans cette affaire l’attitude des professionnels de santé et celle des profanes, la population en général qui comporte celle à risque et celle qui l’est moins ne cesse d’intriguer, tant on l’a soupçonnée de mettre sa tête dans les plumes de l’autruche pour éviter d’être confrontée à distance avec les désastres de la grippe espagnole et les effets secondaires encore mal élucidés des adjuvants au vaccin anti grippe A.

Les vaccinables :

La liste des personnes invitées à se faire vacciner par ordre de priorité sont les :
- Personnels de santé de réanimation néonatale et pédiatrique,
- les Personnels médical, paramédical et aide-soignant des établissements de santé ainsi que médecins et infirmiers du secteur ambulatoire exposés à des patients grippés ou en contact avec des patients porteurs de facteurs de risque,
- les Personnels de santé de réanimation néonatale et pédiatrique,
- les Personnels médical, paramédical et aide-soignant des établissements de santé ainsi que médecins et infirmiers du secteur ambulatoire exposés à des patients grippés ou en contact avec des patients porteurs de facteurs de risque,
- les Femmes enceintes (à partir du second trimestre),
- l’Entourage des nourrissons de moins de 6 mois (famille et personnes assurant la garde de ces nourrissons),
- les Professionnels chargés de l’accueil de la petite enfance (jusqu’à 3 ans), les Nourrissons âgés de 6-23 mois révolus avec des facteurs de risque (atteints de pathologies chroniques sévères),
- les Sujets âgés de 2 à 64 ans avec facteurs de risque les Autres professionnels de santé, professionnels de secours et transporteurs sanitaires,
- les Nourrissons de 6-23 mois révolus sans facteur de risque,
- les Personnels d’accueil des pharmacies,
- les Personnels des établissements médico-sociaux les personnes âgées de plus de 65 ans avec facteurs de risque, les personnes âgées de 2-18 ans sans facteur de risque, les Plus de 18 ans sans facteur de risque.

Priorités

La désignation et la publication des « prioritaires » avait été suivie d’une annonce, plusieurs semaines auparavant pour avertir les Français des risques qu’ils couraient, eux et leur entourage, s’ils étaient réticents à se faire vacciner. Cet appel n’a été que modérément entendu et suivi puisque même des professionnels de santé et non des moindres comme les médecins impliqués dans la recherche et la prévention ne sont guère persuadés de l’utilité d’une vaccination dont on connaît peu de choses sur le plan biologique et encore moins sur celui de l’immunologie et de la prévention. Sauf Madame Bachelot qui a affirmé haut et fort que cette vaccination était un devoir, surtout pour elle qui en représentait le symbole et qui en avait été la maitresse d’œuvre. C’est à ce titre qu’elle est apparue aujourd’hui devant les caméras de télévision, le bras droit prêt à recevoir l’injection fatale comme si pour quelques une cette opération était celle de tous les dangers, de toutes les imperfections, de tous les aléas et susceptible de plonger la France – sans doute plus que les autres nations – dans le trou noir, comme celui d’un collisionneur prêt à fabriquer des trous noir assez profonds pour y engouffrer plus de la moitié de l’humanité – et pourquoi pas la Française en particulier – qui pourrait bien passer du statut de « fille ainée de l’Eglise » à celui de fille du démon.

La hiérarchie céleste

On risquerait de se perdre en conjectures sur les raisons d’une telle dégradation dans la hiérarchie eschatologique chez un peuple qui avait fait de Jeanne d’Arc, une effigie nationale de la sainteté. Dans cette affaire, la parole du Président de la Confédération de Syndicats Médicaux Français prend d’autant plus de valeur qu’on ne sait pas encore dans les milieux officiels de la Santé comment va être organisée la distribution des vaccins et leur mise en œuvre. Tout ce que l’on sait, c’est la courte séquence aperçue ce matin sur les écrans et qui montre un hère isolé dans une baraque en bois, attendant seul l’arrivée d’un « officier de santé » dument mandaté pour lui injecter le précieux liquide de la protection. Pour ses successeurs, on ne sait pas encore comment les choses vont se dérouler lorsque le regard de Madame Bachelot aura quitté les sites désignés pour soumettre les rares volontaires à cette manœuvre.

En Amérique ?

On n’a pas l’impression que le Président Obama ait effectué de telles contorsions pour expliquer aux Américains qu’ils étaient plutôt en rupture de stock, que les vaccins manquaient encore douloureusement et que l’état d’urgence était décrété en attendant que la population fût protégée contre cette grave pandémie. En dehors des réticences d’ordre logistique exprimées a haute voix par les bénéficiaires potentiels de la vaccination collective, se placent des réserves psychologiques liées au projet d’organisation des injections. Elles consistent en interrogations angoissées sur la date prévue des injections anti A par rapport à celles effectuées contre la grippe saisonnière, en questions craintives sur la rupture des relations entre médecins traitants et administrateurs des vaccinations.

Dissolution des relations entre médecins et malades

Cette situation est due au relâchement entre l’attachement affectif des traitants et des traités et à l’introduction dans le dispositif officiel d’une cohorte d’anonymes considérée comme intruse dans le système. Certains des éléments les plus importants dans la chaine du soin, d’ores et déjà réquisitionnés pour vacciner, ne pourront plus ni soigner ni prévenir parce qu’ils n’auront plus le temps de s’atteler en temps et en heures aux multiples tâches qui les attendent. Dès lors pourquoi avoir retiré aux médecins de proximité leurs attributions les plus significatives, le soin à leurs malades, pour les confier à des anonymes de la seringue chargés d’une mission obscure sinon ésotérique qui venait d’être ôtée aux véritables soignants dans et de l’intimité. De la sorte, les services de vaccinations implantés dans villes et villages ressemblent plus à des bureaux de vote qu’à des hôpitaux ou des dispensaires à ceci près que les premiers sont souvent vides et que les seconds regorgent d’âmes perdues et de corps en souffrance qu’il convient de secourir en urgence.

Questionnement éthique :

1. Est-il facile ou difficile de comprendre l’évolution des diverses formes de grippe actuellement en évolution et les priorités assignées par les services de santé chez des groupes à moindre ou à gros risques selon le virus en cause, les immunisations préalables et l’âge des vulnérabilités ?

2. Dans le désordre actuel et les inconnues persistantes peut-on affirmer que les autorités ont optimisé l’organisation des mesures de prévention ?

3. Est-ce que la pandémie grippale actuelle peut servir de modèle aux débats sur risques, complexité et éthique ?

4. Est-ce que l’initiative de Mme Bachelot de se soumettre à une vaccination anti-grippale pilote a des chances de servir de symbole pour la population en général et les patients grippés en particulier ?