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N’oubliez pas de prendre avec vous une lampe frontale

Venez faire un tour avec moi dans la Caverne de Platon

Faites attention de ne pas être ébloui par le soleil quand vous en sortirez

jeudi 28 juillet 2011, par Picospin

Socrate a un mépris, voire une haine envers les sens. Les sens importunent le penseur et l’Homme moral en l’incitant à la passion, à la colère, au plaisir immédiat. Il faut s’en affranchir autant que possible : c’est la condition première d’une connaissance possible et d’une véritable moralité.

Quelles belles choses !

Nous nommons certaines choses particulières belles et justes. D’où tirons nous ces concepts ? Certainement pas dans notre expérience mais au contraire nous les introduisons, nous les appliquons à l’expérience, à priori pour leur donner sens et cohésion. Nous les avons en nous. Socrate fait surgir la question capitale de l’origine des concepts. Bref il découvre le savoir conceptuel. A nos concepts universels, correspondent des objets "universels" eux-mêmes. Ces objets suprêmes, sont les "les Idées" qui ne sont absolument pas des représentations subjectives, vagues sur quelque chose mais constituent le réel suprême. Il y a donc un monde autre que le monde connu par les sens, c’est le monde intelligible, le monde supra-sensible, le monde des Idées. Ce monde est à la fois multiple car les Idées sont distinctes, chacune est elle-même et autre que les autres et un car la multiplicité des Idées est unifiée par l’Idée des Idées, c’est à dire l’Idée que tout suppose mais qui n’a besoin d’aucun présupposé si bien que « anhypothétique », elle est nommée Bien, car elle est l’Idée suprême et souveraine, source de toutes les autres Idées. De même que le soleil est source de lumière sensible, de même le Bien est source de lumière intellectuelle. Il nous donne à la fois la lumière et la vie. "Le Bien est l’invisible qui fait voir" à travers la vertu dont les faces pourraient présenter la pitié, l’amitié, la sagesse, le courage sans qu’aucun de ces aspects ne fournisse la conclusion que l’homme en général et l’homme vertueux en particulier attendent de cette confrontation.

Sois sage mais ne te tais pas

Tout au plus, certains reconnaissent-ils dans la sagesse la seule vertu dominante susceptible d’être enseignée. Est-il aporétique de supposer que celui qui connaît le bien ne peut que se résoudre à la suivre ce qui a pour corollaire que personne n’agit mal volontairement ou en pleine conscience. Cette hypothèse rejette dans la démence, sinon l’ignorance les mauvais actes volontairement exécutés ce qui rend irresponsables leurs auteurs et renvoie à la notion de responsabilité toute action réfléchie issue d’une décision libre, consentie, délibérée et en conséquence inspirée par la sagesse. L’homme considéré comme double, appartiendrait au monde sensible par le corps et au monde intelligible par l’âme immortelle qui doit survivre à la mort si l’on admet qu’elle a contemplé les idées et que de ce fait elle en possède le savoir. Mais aussi les idées si l’on admet l’hypothèse que sa mémoire infaillible lui permet par la contemplation des idées de connaître le monde. Que faire du temps, de la vie et de la mort des cellules si l’on tient compte de ces idées ou Idées avec un I majuscule. Sont-elles pour autant des opinions, ce quelque chose qui serait intermédiaire entre l’être et le néant, le monde sensible dans lequel on opine sans penser et qui aboutit à la formulation de l’opinion qui, irréfléchie et incertaine se fie aux apparences et y adhère sans esprit critique.

Le hasard fait bien les choses

D’où la conclusion, peut-être provisoire en attendant les évolutions possibles des opinions, qui si elles sont vraies, le sont par pur hasard et obtenues sans intervention de la raison. On se met à rêver subitement à un monde où les idées circuleraient par des échanges incessants pour aboutir à un consensus général satisfaisant pour la plupart sinon pour tout le monde. Elles pourraient être relayées par des stations capables de traiter les informations, les concepts et les inventions tout en les soumettant à la critique et en les renvoyant dans des réseaux, sortes de circuits ouverts pour permettre par leur porosité et leur perméabilité de s’enrichir des renseignements de tous, organisés en réservoirs aptes à arroser de leurs ingrédients l’ensemble de la nature pour la fructifier, la réorganiser sans ce,sse en fonction des entropies enregistrées. Le relais, voilà l’apport fondamental qui se glisserait dans cette organisation pour mettre en place les structures politiques nécessaires à la création d’une cité du bonheur où devrait régner la justice, la division du travail, la mise en valeur des aptitudes pour les mettre au service des besoins primordiaux que sont la protection du territoire, la sécurisation de ses accès, avant de lancer les grands défis que sont l’éducation, l’entrée en lice des responsabilités confiées aux sages, aux gardiens.

Responsabilité

Ce sont eux qui auront la responsabilité de diffuser la pratique des vertus, ces éléments du caractère si indispensables au bon fonctionnement des rouages, faute de quoi la cité s’écroulera sur ses fondations même quand elles apparaitront comme particulièrement solides. Ne pas oublier alors la pratique de la sagesse, du courage, de la tempérance et de la justice. Fallait-il que près de 400 ans plus tard, d’autres messages aient été délivrés qui parlaient étrangement d’une autre vertu dont on n’avait guère entendu parler jusque là : l’amour et la charité dont on dit qu’elles ont imprimé une nouvelle dimension à un monde en pleine évolution qui réclamait une autre conception pour vivre, survivre et évoluer vers la bien et le bonheur. On est toujours en train de se demander si ces objectifs sont sur le point d’être atteints, s’ils l’on été, s’ils sont en devenir ? Raison de plus pour se livrer à une enquête d’opinion, devenue par son évolution et son vieillissement opinion publique. Voilà une idée qui ferait plaisir aux trop nombreux candidats à l’Elysée qui se précipitent pour devenir chefs de la Nation et qui aimeraient bien savoir de quel bois ils devront se chauffer avant de voir venir le printemps sous un soleil revenu pour l’occasion. N’est-ce pas le moment de revenir à Platon lorsqu’il dit que « de même que le soleil rend visibles les choses sensibles, donne vie et subsistance aux choses mais ne s’identifie pas avec elles, de même le bien rend connaissables les êtres intelligibles auxquels il donne en outre l’existence et l’être sans s’épuiser en eux ».

Venez visiter ma Caverne

Si vous désirez en savoir davantage, je vous invite à faire un petit tour dans « La caverne de ce même Platon » où des captifs sont enchaînés dans une demeure souterraine, et dans l’impossibilité de voir autre chose qu’une seule paroi éclairée par les reflets d’un feu qui brûle au dehors. Derrière ce mur défilent des gens portant sur leurs épaules des objets hétéroclites, statuettes d’hommes, d’animaux, dont les captifs ne voient que l’ombre projetée par le feu sur le fond de la caverne. Habitués depuis leur naissance à contempler ces vaines images, à écouter ces sons confus dont ils ignorent l’origine, ils vivent dans un monde de fantômes qu’ils prennent pour des réalités. L’un d’entre eux est délivré de ses chaînes et entraîné vers la lumière qui l’éblouit, lui fait mal, si bien il ne distingue rien de ce qui l’entoure. D’instinct, il cherche à reposer ses yeux dans l’ombre qui ne le blessait pas.

Aveuglement

Peu à peu, ses yeux s’accoutument à la lumière, et il commence à voir le reflet des objets réfléchis dans les eaux après quoi il se sent prêt à en affronter la vue directe pour enfin, devenir capable de soutenir l’éclat du soleil. C’est alors qu’il réalise que sa vie antérieure n’était qu’un rêve et il se met à plaindre ses anciens compagnons de captivité. S’il redescend près d’eux pour les instruire, pour leur montrer le leurre dans lequel ils vivent et leur décrire le monde de la lumière, qui l’écoutera sans rire, qui donnera surtout créance à sa révélation ? Les plus sages eux-mêmes le traiteront de fou et iront jusqu’à le menacer de mort s’il s’obstine.