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De l’incomplétude de Gödel...

Vérité d’un énoncé pour sa structure

...aux règles de déduction

dimanche 21 avril 2013, par Picospin

Quine introduit des schémas d’énoncés qui jouent en sémantique un rôle analogue à celui que d’autres auteurs font jouer aux « formules » de la syntaxe. En résultent par substitution des énoncés, qui sont des instances particulières de ces schémas, la même expression étant substituée à toutes les occurrences d’une même lettre. Ainsi il peut arriver qu’un énoncé soit vrai en raison de sa structure logique seulement, comme dans l’exemple : « S’ils drainent l’étang mais ni ne rouvrent la route ni ne draguent le port ni n’assurent aux montagnards un marché, et par contre s’assurent à eux-mêmes un commerce actif, alors on aura eu raison de dire que s’ils drainent l’étang et rouvrent la route ou s’ils draguent le port ils assureront aux montagnards un marché et à eux-mêmes un commerce actif. »

Une lapalissade

Malgré les apparences, c’est en effet une lapalissade, comme l’on s’en assurera sans peine, son schéma est du type : Si P et non-Q et non-R et non-S et T, alors [(P et Q) ou R] seulement si (S et T). Quine qualifie de tels schémas de « valides » ; il nomme « implication » un conditionnel valide, ce qui fait que pour lui « implication » et « conditionnel » ne sont pas synonymes ; mais on retrouve bien le même concept de validité, appliqué différemment de celui de la théorie classique. Cette primauté de la sémantique provient de la philosophie nominaliste de Quine : les schémas sont des mannequins – des « dummies » - qui n’appartiennent pas à un langage-objet ; les valeurs de vérité ne sont pas des objets abstraits mais des manières de parler des propositions vraies et des propositions fausses ; ces dernières sont plutôt des énoncés déclaratifs que des entités invisibles cachées derrière eux. Les applications utiles que l’on peut tirer des théories scientifiques en sont une vérification partielle et indirecte. Une théorie n’est pas « vraie » uniquement parce qu’elle est matériellement utile mais plutôt qu’on ne pourrait en tirer aucune application utile si elle ne contenait pas une part de vérité. Les sciences empiriques se caractérisent par le fait qu’elles utilisent des méthodes inductives, partant de propositions singulières pour aboutir à des propositions universelles. Prise au pied de la lettre, une telle extrapolation induit des risques d’erreur : peu importe le nombre de cygnes blancs que l’on a observés, rien ne pourra nous permettre d’affirmer que tout cygne est nécessairement blanc ; Reichenbach adoucit cette prétention en avançant que les énoncés scientifiques ne peuvent atteindre que des degrés continus de probabilité dont les limites supérieure et inférieure, hors d’atteinte, sont la vérité et la fausseté. À défaut de pouvoir prouver une théorie, on peut s’attacher à la réfuter.

Vérité, part de vérité et utilité

Une théorie n’est corroborée que si elle réussit les tests de réfutation. À la « logique inductive » et ses degrés de probabilité, Popper oppose ce qu’il appelle une méthode déductive de contrôle car il croyait à la vérité absolue comprise comme une catégorie logique mais pas au fait que notre science puisse l’atteindre, ni même qu’elle puisse accéder à une probabilité du vrai. En fait, il alla jusqu’à douter qu’elle constitue une connaissance : « la science n’est pas un système d’énoncés certains ou bien établis, non plus qu’un système progressant régulièrement vers un état final. Notre science n’est pas une connaissance (épistémè) car elle ne peut ni prétendre avoir atteint la vérité ni même l’un de ses substituts, comme la probabilité. » Par là, il s’oppose directement aux « pragmatistes » qui définissent la vérité scientifique en termes de « succès » d’une théorie. Il ne doutait pas que cette vérité existât quelque part. Il s’appuie pour cela sur les travaux de Tarski concernant la validité et les modèles, en particulier le concept de « fonction propositionnelle universellement valide » qui aboutit à l’existence d’énoncés vrais dans tous les mondes possibles.. Il en donne une traduction en prenant un exemple emprunté au domaine des sciences de la nature : « On peut dire qu’un énoncé est naturellement ou physiquement nécessaire si et seulement si on peut le déduire d’une fonction propositionnelle qui soit satisfaite dans tous les mondes qui ne diffèrent du nôtre, s’ils en diffèrent, que par ses conditions initiales. » "L’activité scientifique normale, dit Kuhn, est fondée sur la présomption que la communauté scientifique sait comment est constitué le monde. Aussi, a-t-elle tendance à occulter toute nouveauté propre à ébranler ses convictions de base."

Révolution scientifique

Quand les spécialistes ne peuvent ignorer plus longtemps de telles anomalies, alors commencent les investigations exceptionnelles qui les conduisent à un nouvel ensemble de convictions : c’est ce que Kuhn appelle une « révolution scientifique ». Ainsi le développement historique de la science est-il fait d’alternances entre des « périodes de science normale » où le savoir est cumulatif à l’intérieur d’un système conceptuel donné ou paradigme, et de « périodes révolutionnaires » pendant lesquelles s’opèrent des changements de paradigme. Les paradigmes sont extrêmement résistants. On pourrait s’attendre à ce qu’il suffise d’une seule preuve pour rendre fausse une théorie ; l’observation du comportement de la communauté scientifique montre que face à une anomalie, les savants préféreront toujours élaborer de nouvelles versions et des remaniements ad hoc de leur théorie. On ne dit jamais qu’un paradigme est faux avant de l’avoir remplacé par un autre. L’acte de jugement qui conduit les scientifiques à rejeter une théorie antérieurement acceptée est toujours fondé sur quelque chose de plus qu’une comparaison de cette théorie avec le monde. La recherche de la vérité historique pose des questions relatives à la méthodologie historique sur la recherche et la critique des matériaux, la prise en compte interdisciplinaire (étendue du champ d’investigation), la recherche et critique des matériaux et sources, (fiabilité, mise en correspondance), la méthode d’interprétation de ces matériaux pour l’écriture de l’histoire.

La vérité en histoire

L’historien Marc Bloch avait une conception de l’histoire qui reposait sur deux idées centrales, le refus constant de confondre le métier d’historien et celui de « procureur », l’« éthique professionnelle », ce qui l’amène à souligner que l’historien doit « rendre des comptes » à ses lecteurs. Il a fourni des pistes de réflexion sur la correspondance entre la réalité et sa représentation et le jugement « humain » : comment comprendre des hommes ayant vécu dans un passé lointain, à partir des seules traces inertes qu’ils nous ont laissées de leur passage sur la terre ? Il rejetait le positivisme de l’école méthodique et joua un rôle de précurseur en diversifiant les sources de l’historien, les étendant aux faits économiques et s’intéressant à d’autres matériaux que les seuls documents écrits comme l’archéologie, l’art, la numismatique. Dans l’affirmation de la vérité, faut-il tenir compte de la qualité et des quantités de connaissances impliquées, dont la présence reste le fondement de l’affirmation, et moins de la vérité ? Ce qui conduit certains penseurs à défendre la thèse selon laquelle on ne doit affirmer que ce que l’on connaît.