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Qu’en penserait Montesquieu ?

Vers quelles cimes ou gouffres s’envole notre civilisation ?

Sortir des ornières ?

jeudi 23 décembre 2010, par Picospin

N’est-il pas rassurant d’ lire que « le peuple est admirable pour choisir ceux à qui il doit confier quelque partie de son autorité. Il n’a à se déterminer que par des choses qu’il ne peut ignorer et des faits qui tombent sous les sens. »

A quel niveau se place notre civilisation ?

A quel niveau, notre civilisation est-elle tombée lorsqu’on se rend compte, d’après les dernières informations sur des statistiques parvenues depuis 24 heures, que « le métier d’enseignant ne suscite plus de vocations », comme le suggèrent les chiffres communiqués par le Ministère de l’Éducation. Ils montrent que le métier d’enseignant attire de moins en moins de volontaires pour l’exercer si l’on en croit la chute spectaculaire en un an des candidats au concours d’enseignement des lycées et collèges d’une part et à celui de l’enseignement primaire de l’autre. Dans cette chute, l’état a pris les devants et inspiré les tendances et vocations des jeunes aspirants, en particulier dans des domaines scientifiques comme la physique et la chimie où le nombre des candidats a pratiquement diminué de moitié en un an et en mathématiques, domaine de l’abstraction pure où la diminution des candidats est plus assimilables à une dégringolade qu’à une diminution conjoncturelle mue par l’arrivée soudaine et simultanée des décisions heureuses ou malheureuses prises par l’état pour filtrer l’entrée dans la carrière de nouveaux enseignants.

Trop cher ?

Ceux-ci coutent cher, à un moment où l’état est pressé de tous côtés de comprimer ses dépenses publiques en vue de rétablir au plus vite l’équilibre budgétaire. Le novice qui arrive sur le marché de l’emploi en tant que formateur des jeunes esprits et d’agent de transmission de l’héritage culturel se trouve devant un mur dont la hauteur est élevée par l’empilement des briques montées par la dissuasion d’une activité professionnelle qui additionne salaire médiocre, découragement devant des réformes trop vantées et qui ne sont impératives qu’à partir de la volonté de certains politiques qui ont fait de cette action une propagande électorale pour leur propre élection ou réélection. Comme, pendant ce temps la publicité pour l’argent facile et hasardeux, tiré au sort pour les chanceux devient de plus en plus plébiscitée par la publicité, les médias, les exemples du bonheur cités et illustrés, on conçoit que le lever précoce et régulier, l’effort continu, les chocs culturels entre générations, n’attirent guère les esprits affaiblis par le cocooning des fauteuils confortables devant la télévision.

Biens matériels ?

Pendant ce temps, se développe le spectacle attractif, démesuré, naïf et mensonger des biens matériels à acquérir sur le marché de la drogue, du sexe et de l’argent facile, à gagner sans rien faire puisque en cette occasion, ce sont la bourse, les banques, les lois du marché qui se chargent de façon autonome de réaliser ce que les inventeurs les plus doués, les esprits les mieux construits ne parviennent pas toujours à réaliser. Dans cette concurrence entre faire et ne pas faire, c’est souvent la deuxième hypothèse qui l’emporte pour peu que le milieu familial fût fragile, prêt à s’effondrer sous le poids des tentations offertes par les exemples venus d’en haut, la fraude, la malhonnêteté, les failles dans l’intégrité, les couples, l’éducation des enfants, la volonté de maintenir un bastion solide à l’intérieur comme à l’extérieur de la famille. Par quoi peut-elle se laisser dilacérer : une sexualité, juge et thermomètre de la santé d’une société. « Pour juger au mieux de la santé d’une société ; pour jauger si elle est saine et jeune, ou, au contraire, à ce point décrépite qu’elle effleure son crépuscule, deux interprétations d’un même symptôme furent offertes aux chercheurs et interrogateurs de leur temps : ce symptôme que nous évoquerons ici, c’est la sexualité. »

Responsabilité et culpabilité

Poser la question de sa responsabilité ou culpabilité dans la possible décadence de l’époque contemporaine, c’est déjà y répondre positivement. Pour écarter cette confusion, mieux vaut passer à la conclusion de l’article qui ose poser la question de l’intrusion du débordement des mœurs dans la problématique de l’abandon et des abandons d’une société dont les comportements incitent plus à la peur et à l’angoisse de la dégénérescence qu’aux chances d’un rétablissement prévu sinon espéré. Comment en est-on arrivé à cette situation dont les acteurs sont plus les organisateurs de la formation et de l’enseignement que les candidats malheureux et désespérés de concours faussés dès le départ par des conditions incompatible avec la perspective de l’exercice efficace d’un métier dont la noblesse le dispute à la joie et de le pratiquer pour la survivance de la nation.

Angoisses

A l’évocation d’un tel désastre, l’homme de réflexion ne peut être pris que d’une angoisse viscérale, tant sont effondrées les valeurs sur lesquelles était bâtie la République d’abord et celles de ses habitants dont certains comptent sur les promesses du hasard et des jeux pour prendre en charge leur famille. De quel avenir ce comportement est-il la garantie ? "Dans un état populaire, écrit Montesquieu, il faut un ressort de plus que la force des lois et le bras du prince toujours levé pour tout régler et contenir, il faut la vertu. Dans un gouvernement populaire, quand les lois ont cessé d’être exécutées, comme cela ne peut venir que de la corruption de la république, l’État est déjà perdu".

Une indispensable vertu

Les politiques grecs qui vivaient dans le gouvernement populaire ne reconnaissaient d’autre force qui pût les soutenir que celle de la vertu. Ceux d’aujourd’hui, et par extension ses plus proches voisins par les mœurs, les idées, ne parlent que manufactures, de commerce, de finances, de richesses et de luxe. Quand cesse cette vertu, c’est l’ambition qui entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir et l’avarice entre dans tous. Je vous laisse deviner le sort réservé à une culture et une civilisation qui s’imprègne de l’absence de la première et glorifie la seconde.

Questionnement éthique :

1. Comment assurer l’avenir d’une nation en l’absence d’un programme éducatif adapté aux nouvelles contraintes du monde, un budget décent pour les "transmetteurs" du savoir et des vertus et la restauration des valeurs qui fondent la république ?

2. Quelles sont les raisons de l’actuel effondrement des moeurs ?

3. L’état a-t-il raison d’encourager les jeux de hasard au risque de les remplacer dans l’esprit des naïfs et des faibles par le véritable effort nécessaire au travail, à l’honnêteté et au plaisir d’acquisition des connaissances ?

4. Doit-on encourager les enseignant à reconnaitre leurs erreurs et à s’engager à les réparer plus qu’à les cacher ?