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Une certaine police : pour quoi faire ?

Vie, liberté et mort du suicidant

Quels débats éthiques ?

mardi 23 février 2010, par Picospin

C’est par cette phrase que débute un article publié par « Le Figaro » de ce jour pour rappeler au lecteurs une interdiction que vient s’ajouter à la longue liste de celles qui sont déjà révélées au grand jour.

Prévention, avertissement ou punition ?

On se doute que ces interdictions sont davantage des avertissements que des sanctions et que leur but est noble puisqu’il s’agit essentiellement d’empêcher que les personnes les plus fragiles et les plus vulnérables ne franchissent jamais le pas qui va du projet ou de la conception au passage à l’acte. C’est ainsi que pour avoir fourni à une adolescente un mode d’emploi au suicide, un jeune internaute a été condamné lundi à quatre ans de prison, dont un ferme. Sa condamnation pour « non-assistance à personne en danger » par le tribunal correctionnel de Guingamp (Côtes-d’Armor) soulève à nouveau la question de la surveillance du mal-être adolescent sur la Toile. Néanmoins relaxé pour « provocation au suicide », le jeune homme avait rencontré l’adolescente en 2005 sur un forum de discussion avant d’échanger des courriels et des SMS. Il lui avait indiqué comment falsifier une ordonnance pour obtenir de la morphine. Elle lui avait communiqué la date de son passage à l’acte. Empêcher ce genre de dérive, c’est une des missions des spécialistes de la « cyberveille ». Gendarmes ou policiers peuvent en effet être amenés à intervenir dans le monde réel à la suite du signalement d’un pacte suicidaire ou de l’annonce d’un projet ou d’une intention de suicide dans le monde virtuel. L’incitation au suicide ou la non-assistance en personne en danger ne sont pas des infractions spécifiques à Internet. Ce phénomène de « suicide en ligne » n’a pas la même ampleur en France qu’au Japon.

Protection ?

L’association de protection des mineurs contre les dangers du Net, « Action Innocence », espère que la condamnation à la prison du jeune internaute va inciter à une meilleure surveillance des forums de discussion même si Internet ne rend pas suicidaire, comme le suggère la directrice de l’association de protection contre le suicide. Cela dit, les adolescents en souffrance ne trouvent pas forcément les bonnes réponses à leurs problèmes sur la Toile car ils risquent de tomber sur des individus qui les confortent dans leur mal-être. Le problème évoqué par cet article ressortit à une véritable question d’ordre éthique. Cette assertion est d’autant plus vraie que le débat éthique se situe moins entre la définition du bien et du mal que dans le choix entre deux biens. Ici, on est confronté à la contradiction entre un bien – très relatif il est vrai – entre la vision de la vie de l’éventuel suicidant – et sa conséquence logique qui est d’y mettre fin puisqu’elle lui paraît insupportable au moment où il envisage de passer à l’acte. Ce qui n’est pas pris en compte dans ce débat c’est le fait que la décision d’en finir avec la vie, jugée à ce moment critique comme invivable ou indigne d’être vécue, ne traverse l’étape décisionnelle que pour un court instant que certains appellent parfois « raptus ».

Contradiction ?

Dès que le suicidant sent ses premières réactions à une chute dans le vide qu’il a souhaitée, désirée et voulue, il en ressent l’absurdité, la folie et en tire la conclusion que cet acte est « contre nature ». La menace d’une mort imminente le reconduit immédiatement à la frontière entre vie et mort qu’il voudrait à tout prix franchir à nouveau dans l’autre sens. Ce « jeu de la vie et de la mort » est malheureusement trop fréquent pour qu’on ne s’autorise pas à intervenir en pompier de la vie pour y mettre un terme. Au nom de qui et de quoi ? Là se situe le débat complexe entre liberté individuelle, intérêt de la collectivité, protection des faibles, incitation à une éducation rationnelle, intelligente équitablement partagée par les parents, la famille, les enseignants et tous ceux qui pensent que leur mission est de promouvoir davantage le sens de la vie que celui de la mort.

De l’interdiction du suicide à sa prévention

Les pouvoirs publics se préoccupent essentiellement des cas de suicide les plus visibles même s’ils se déroulent dans l’atmosphère secrète, cachée et obscure des prisons où l’on vient de recenser une forte inflexion statistique inquiétante. Les attentas suicides, loin de figurer un élément dépressif, traduisent surtout un engagement à mourir pour une juste cause, celle de sa communauté. C’est cette forme que l’on a vu fleurir lors de la guerre du Japon contre l’Amérique et qui a pris la forme particulière du lancement d’avions de combat sur des navires de guerre de la flotte américaine. La forme la plus répandue actuellement est celle du suicide des adolescents à la suite d’un épisode dépressif qui est très répandu dans la population. 11 % des personnes interrogées ont connu un épisode dépressif dans les 15 jours d’une enquête récemment menée. Cette dernière ne cherchait pas à identifier les épisodes dépressifs "majeurs", telles les personnes divorcées ou séparées qui connaissent plus d’épisodes dépressifs. Il est préférable pour sa santé mentale d’être marié… ou veuf ! Enfin, comme on peut s’y attendre, le chômage favorise la survenue des troubles dépressifs. Ainsi, il vaut mieux être un homme marié actif (6 % seulement ont connu un épisode dépressif récent) qu’une femme séparée au chômage qui a une chance sur 3 d’avoir connu un coup de blues dans les 15 derniers jours. qu’ils sont définis dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux américain (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders ou DSM IV). L’étude prenait en compte les baisses de moral au sens large. Ainsi, étaient considérés comme épisodes dépressifs des troubles n’ayant pas forcément un retentissement personnel ou professionnel important.Le suicide est un acte complexe, qu’on ne peut pas prétendre approcher avec une seule discipline. C’est pourquoi, lorsqu’on parle de suicide, il est logique de faire appel à la médecine, la psychopathologie, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie, la théologie, l’histoire...

Ethique :

1. Est-il du devoir d’un citoyen ou simplement de celui d’un être humain de venir au secours d’un suicidant ?

2. Que devrait-on faire pour réduire le nombre des suicides en détention ?

3. Est-ce qu’une pression forte ou trop forte de la société peut être responsable d’un nombre élevé de suicides ou de tentatives de suicide ?

4. Pourquoi les jeunes et particulièrement les adolescents sont-ils des candidats privilégiés au suicide ?

5. Sur quels signes et symptômes doit-on entreprendre une prévention active et instantanée des menaces de suicide ?