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Navigation sur Rhin et Tamise

Vingt hommes dans un bateau

Y a-t-il de l’or dans le Rhin ? 

samedi 4 avril 2009, par Picospin

La réunion autour de la Reine (celle du Royaume Uni bien entendu) s’est déroulée sans heurt majeur – mis à part le toucher de l’épaule par Michelle et les quelques échauffourées devant des banques londoniennes de la part de protestataires qui étaient revêtus de tous leurs ornements d’êtres humains à la peau glabre, s’exhibant tout nus aux bords du Rhin et dont l’esthétique ne semblait guère irréprochable, en tout cas, l’était moins que celle d’un grand nombre de nos collègues les animaux, pourvus d’une belle fourrure à l’élégance raffinée et gracieuse.

Le palais de la Reine

Comme on ne les laissait entrer ni à Buckingham Palace ni au 10 Downing Street, ils étaient obligés d’errer dans les rues de la capitale anglaise, se nourrissant d’un peu de porridge et buvant l’eau de la Tamise à moins qu’ils aient pu laper un peu de bière « bitter » tirée du tonneau pour s’enivrer et oublier les malheurs de notre planète, - comme il est dit – et non d’un monde désarçonné par sa propre organisation, celle qu’il s’est donné en alternance avec un marxisme pur et dur, prenant tantôt le nom du petit père des peuples, tantôt celui du philosophe barbu des années 1830.Là n’est pas la question, tant la situation actuelle est critique si l’on en croit les intelligences encore capables de réfléchir, alors qu’ils sont déjà et encore « au fond du trou » si l’on en croit l’expression fort distinguée et élégante de quelques commentateurs ; dont l’optimisme n’est pas la vertu principale. D’après ce qui nous est raconté, à l’instar des récits bibliques, au commencement étaient les « sherpas » ces serviteurs zélés, solides et résistants au froid, à la faim et à la sécheresse chargés de préparer pour les seigneurs de la politique les lourds dossiers qu’il faut faire parvenir au sommet, cette fois moins sur celui de l’Everest qu’à celui du G20 qui, contrairement à ce que l’on peut penser, ne représente pas une compagnie de taxi agrandie à l’échelle mondiale mais la réunion des riches, des actifs, des inventeurs, des producteurs répartis inégalement sur notre chaude planète au point de faire fondre les glaces, d’inonder la mer et ce qui est autour.

Sobriété

Le programme des participants à cette sobre manifestation comportait une série de réflexions et décisions à prendre pour remettre le bateau à flot, lui permettre de naviguer encore, même s’il avait été alourdi constamment par des charges trop lourdes à porter pour sa frêle esquif et s’il avait subi, malgré la présence de quelques pilotes de qualité de monstrueuses erreurs de navigation qui l’avaient fait souvent dériver au point de prendre le sud pour le nord et inversement. Cette navigation pleine de risques et de véritables dangers, d’escales dans certains ports accueillants et généreux, appelés maintenant « paradis fiscaux » ont irrité les peaux déjà fragilisées et brûlées par les ultraviolets du soleil et le sel de la mer, des navigateurs qui en ressentaient de l’aigreur, de la colère et même de l’animosité envers leurs collègues de travail embarqués – si l’on peut dire – sur le même bateau. Pour donner l’illusion de la répartition des richesses, des salaires, d’une juste rétribution, on se mit à accuser, non sans quelque raison ni justification les boucs émissaires qu’on n’eut aucun mal à trouver dans toutes les couches de la population, depuis des membres de l’équipage jusqu’aux passager des ponts supérieurs qui profitèrent largement d’une situation chaotique créée par la hauteur et la longueur des vagues pour accentuer l’impression d’insécurité et intensifier celle de chaos. C’est à ce point du voyage que se branche l’idée de crise, au moment où se déchaîne un mimétisme égalitariste murmurant aux oreilles les plus obstruées que tout le monde réclame sa part du gâteau, énorme pâtisserie que beaucoup viennent chercher dans les magasins du coin après la messe du dimanche. Au lieu de renforcer la cohésion du groupe, l’unité sociale et empathique vacille, se fissure et s’effondrerait si les membres du groupe ne s’entendaient subitement pour se priver ensemble de leur désir commun et se livrer à une catharsis collective grâce au sacrifice d’un bouc émissaire, victime expiatoire désignée pour sauver.

Régulation des violences

Les sociétés humaines appliquent une loi qui les conduit à conquérir leur pérennité au prix de la régulation des violences réciproques. Nous sommes immergés dans cette logique qui cède le pas devant la violence fondatrice, le rite sacrificiel comme on en découvre dans les religions et la mort nécessaire d’un seul pour la survie de tous. C’est maintenant qu’il faut s’attacher à réenchanter le monde, donner des ressources au FMI (Fond monétaire international) pour la Turquie, la Hongrie, aider à la mondialisation, montrer des intentions, établir des régulations, relancer, aider à la créativité, éponger les déficits, encourager la prudence économique, éviter les gesticulations qui irritent pour imposer un capitalisme sérieux, règlementé, favoriser les échanges pour encourager puis développer la recherche et l’appliquer , assainir le système bancaire en chassant les avoirs toxiques et faire appel aux « stabilisateurs économiques ». C’est plus une automobile qu’il faut conduire qu’une crise qu’il faut dénouer avec des instruments aussi adaptés et aussi sophistiqués que des « amortisseurs » sociaux et des « stabilisateurs » économiques. De beaux modèles rutilants à exposer au salon de Genève, Suisse, pays sur liste grise, mais pas encore noire.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que cette crise peut avoir au moins un côté salutaire pour l’assainissement des pratiques dans le secteur des finances et des entreprises ?

2. Est-ce que la prise de conscience des dérives dans les mœurs et la moralité des entreprises est susceptible de changer à la faveur de la mise en lumière de pratiques frauduleuses dans ces secteurs d’activité ?

3. Ou s’agit-il d’un problème plus vaste concernant la société toute entière qui dérive en raison des pratiques égoïstes qui président aux relations individuelles et collectives dans les secteurs de la politique, de la vie courante, de la solidarité, de l’attention au prochain avec son côté empathique ?

4. Est-ce qu’on peut dire que des initiatives comme celle du retour de la France au sein de l’OTAN favorise le rapprochement des peuples ?

5. Peut-on supposer que cette décision est susceptible de constituer une sorte de trahison par rapport à la politique et aux alliances voulues par le Général de Gaulle puisqu’elle infléchit ses options de politique étrangère ?

6. Ce changement de direction s’inscrit-il dans l’ensemble de la politique générale actuelle ?

7. Comment peut-on juger les comportements des décideurs selon qu’ils restent statiques dans leurs actions et leurs choix ou qu’ils affichent des ruptures fréquentes avec le passé, l’histoire ou la tradition ?

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