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Violences et sacralisations

mardi 2 octobre 2012, par Picospin

A l’heure actuelle et sous l’influence de René Girard, la mort qui les transforme en objets de soins de la part des hommes et des femmes saisies par la compassion de la souffrance et l’intensité du drame qui se joue devant eux et elles, la violence servirait de ferment à la tragédie à laquelle ils et elles assistent et à laquelle leur devoir d’être humain les pousse, voire les force à trouver un passage adouci, apaisé vers cette interrogation finale.

Extirpation de le violence

Peut-on et doit-on englober les rites mortuaires dans une catégorie apaisante pour extirper la violence qui s’établit au moment où est proclamée puis constatée la finitude de l’être humain, jusque là prédestiné à une vie dans laquelle la culture et la civilisation font appel à tous les expédients pour l’oublier, la remplacer par des dérivatifs et la mise en œuvre des succédanés qui aident à en effacer les souvenirs ? A un moment où dans nos sociétés éclatent et se manifestent des bouffées des violence qui terrifient les autorités, interrogent les sociologues et suscitent des interrogations existentielles, ne convient-il pas de s’appesantir sur les derniers instants de la vie et plus encore, la manière de les rendre plus consolants, plus lénifiants, plus adoucis pour les dérober aux regards des témoins saturés d’images, d’instantanés de larmes et de sang, de plaies ouvertes dont on sent qu’elles ne seront jamais refermées.

Quelle culture ?

Ce mode de civilisation ne s’est introduit ni par hasard, ni par nécessité sur le chemin d’une évolution irrépressible sous l’influence du mimétisme d’un faire irréfléchi, d’une agitation insensée, d’exemples répétés dans l’espace et le temps qui n’incitent ni à la sagesse, ni au discernement, encore moins à la modération. Comment comprendre autrement le constat de la multiplication des boucs émissaires, des victimes expiatoires, des sacrifices des innocents choisis parmi les plus fragiles, les plus faibles et les plus vulnérables. Ici ce sont des gamins à peine sortis de l’entourage protecteur des parents, là ce sont des groupes ethniques qui n’ont d’autre tort que celui du nomadisme, à être fustigés, poursuivis, jetés dehors, hors d’un environnement qu’on les accuse d’avoir annexé et en quelque sorte colonisé.

Hasard et violence

Dans cette violence, ce n’est pas le hasard qui décide du choix de la victime expiatoire mais bien un ou des boucs émissaires qui concentrent sur leur comportement l’ire de la société majoritaire des bien-pensants, des vertueux, des gens bien en place, moins désignés par le hasard que par leur appartenance à la norme. On décrit la partie de dés qui a lieu au cours de la veillée funèbre chez les Indiens Canelos au cours de laquelle des dés sont jetés par-dessus le cadavre qui, en tant que personne du mort est censé décider des coups à l’issue desquels les gagnants reçoivent en partage un des animaux domestiques du défunt, instantanément abattu puis cuit et dégusté pour un repas commun, sorte d’Agapé, de repas fraternel capable de renforcer des liens, dans un but et un besoin d’amour de la vérité et de l’humanité.

Dés au-dessus des cadavres

Ces jeux ne se pratiquent pas en dehors des cérémonies funéraires mais sont au contraire projetés sur les rites d’où ils viennent. A ce sujet, René Girard insiste sur le sens de la veillée funèbre que nous croyons issue d’un jeu sacralisé mais qui est au contraire l’expression d’un rite désacralisé. La mort est violence puisque le passage dans l’au-delà d’un membre de la communauté risque de provoquer des querelles entre survivants qui doivent se partager la possession du défunt. La solution des ces conflits est déléguée au hasard, le plus souvent capable de forcer la chance, autrement dit celle du sacré.

Tirer au sort

Exactement comme le ferait le tirage au sort, si répandu et populaire dans les coutumes populaires, les contes de fée ou celui qui doit remplir une mission pénible, s’exposer au péril ou se sacrifier à l’intérêt général. Les morts des guerres mondiales du siècle dernier comme ceux des plus récents conflits des diverses révolutions et libérations en savent quelque chose.