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Comment fournir des repas équivalents à tous les enfants ?

Visibilité de la misère et de l’inégalité aux Etats-Unis

Le problème de la justice et de l’égalité pour le déjeuner à la cantine

dimanche 2 mars 2008, par Picospin

Nombreux sont les écoliers américains qui bénéficient de l’aide de l’état pour qu’un repas gratuit leur soit servi. Ils sont aussi nombreux à refuser cet acte de bienfaisance devant leurs camarades car ils ne veulent pas être humiliés. Refusant de prendre la nourriture qui leur est offerte, ils préfèrent prétexter qu’ils n’ont pas faim. Le fait d’être aperçu en possession de plats gratuitement offerts par l’état fédéral diminue votre statut. Pour ces raisons, les officiels sont à la recherche des meilleurs moyens d’encourager les étudiants pauvres à accepter le don de plats gratuits.

Des retaurants sans caisse

Parmi ces derniers, ont été envisagés divers subterfuges comme le fait de mettre en place des cafeterias dépourvues de caisses dans lesquelles tous les étudiants auraient accès a même choix de plats, pourraient se servir de cartes de crédit ou même utiliser des codes d’accès qui ne permettent pas de discriminer les étudiants les plus pauvres de ceux qui ont les parents les plus fortunés. Ces avantages ne sont offerts qu’à une minorité puisque 37% seulement des étudiants tirent avantage de cette nourriture subventionnée. La distinction entre ceux qui acceptent de manger gratuitement et ceux qui doivent payer pour acquérir les repas n’est pas réservée à la région de San Francisco mais s’étend à presque tout le pays ce qui ne laisse pas de poser de multiples questions pour résoudre ce problème d’humiliation et d’inégalité.

Des invités de marque

La situation est comparable à New York où les responsables de la direction des écoles ont invité des célébrités venues du sport pour partager les repas avec les écoliers. L’attention des pouvoirs publics s’est déplacée progressivement du problème de la qualité de la nutrition vers ceux de la justice entre ceux qui doivent payer pour manger et ceux qui peuvent se nourrir gratuitement. Une façon de commencer à résoudre partiellement le problème a consisté à séparer la rangée des aliments sans valeur nutritive de ceux qui sont offerts gratuitement et qui contiennent une haute valeur nutritionnelle. Cette manipulation ne supprime pas la visibilité permettant de distinguer les pauvres de plus riches ce qui a incité la plupart des services de recourir aux cartes de crédit. Ces mesures sont d’autant plus importantes que les pauvres sont extrêmement sensibles au fait d’être repérés par leurs camarades et classés comme disposant de petits moyens. C’est pour cette raisons qu’une autre solution a été proposée qui consiste à exiger des enfants qui ont recours aux plats gratuits commencent par les manger avant d’en acheter d’autres au prix normal.

La grande dépression

Les programmes de l’alimentation à l’école a commencé tôt dans l’histoire des Etats-Unis lors de la grande dépression. Actuellement il s’étend aux 31 millions d’enfants dont les parents vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Dès que l’on commence à vendre des plats à la carte, cette distinction signifie que les enfants qui font la queue dans cette file peuvent être facilement identifiés. La plupart des élèves du cours élémentaire qui préfèrent se procurer des repas « libres »tant qu’ils restent à ce niveau. A partir de leur entrée au cours moyen, les pauvres payent en espèces ou restent sur leur faim s’ils ne peuvent apporter des aliments préparés à la maison. Comme cette situation de ségrégation ne pouvait durer plus longtemps, des initiatives furent prises qui dénoncèrent ces pratiques d’inégalité et d’identification qui sont en violence ouverte contre la loi fédérale.

Un surprenant refus

Pendant ce temps des responsables de l’intendance dans les écoles expriment leur étonnement devant le nombre élevé des enfants d’origine hispanique ou afro-américaine qui malgré leurs possibilités de bénéficier des programmes d’aide alimentaire, les refusent ou les évitent. D’aucuns pensent que la seule façon équitable de résoudre ce problème serait d’offrir une alimentation libre à tout le monde quel que soit le statut économique mais ajoutent que cette solution pourrait s’avérer trop onéreuse. Une expérience de cette nature à New York où l’on offre des repas gratuits à tout le monde s’est soldée par un déficit de 35 millions de $. Et de conclure que des enfants qui portent de belles chaussures et sont bien habillés supportent mal d’être confondus avec une nourriture qu’ils ne seraient pas capables de s’offrir.

Questionnement éthique :

1. Comment définir les biens sociaux premiers tels que les conçoit John Rawls ?

2. De quelle nature sont-ils ? Pour Rawls les biens sociaux premiers dont la répartition est inégale sont les droits et les prérogatives de l’autorité, les revenus et la richesse. Le bien d’une personne est-il déterminé par ce qui est pour elle le projet de vie à long terme le plus rationnel, à condition de se placer dans des circonstances favorables ?

3. Est-ce que la satisfaction des besoins élémentaires comme celui de la faim fait partie de ce projet ou bien se situe-t-il à un autre niveau qui serait celui de la simple satisfaction des besoins physiologiques élémentaires ?

4. Le concept de liberté de participation s’applique en général à des pratiques politiques. Peut-il s’appliquer aussi à celle d’un partage, d’une distribution égale de biens premiers à propos le principe de justice joue un rôle fondamental. Il s’agit d’une répartition égale en quantité mais aussi en qualité pour éviter tout jugement moral incongru qui se porterait sur celui ou celle qui ne peut bénéficier à égalité de biens comme ceux de la nourriture. C’est cette interrogation que pose ce texte à travers les injustices ressenties par les élèves qui absorbent leur propre nourriture ou celle offerte par leurs parents ou par eux-mêmes et celle attribuée gratuitement à travers les œuvres charitables mises en place par le gouvernement.