Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > Vision matérialiste de la vie

Que faire de la matière...?

Vision matérialiste de la vie

Comment la quitter ?

dimanche 9 juin 2013, par Picospin

Est-ce que les idées, les principes, une morale, sont un corps, interrogation subtile posée dans un poème de Lucrèce. Démocrite parle de même des « flux de particules qui atteignent les oreilles » ajoutant que « tout est matériel, que « la matière se présente sous divers degrés de complexité ». Si tout est matière, tout serait divisible à l’infini. C’est le cas de l’atome qui désigne l’insécable, préalable à la question de savoir comment on atteint par cette voie le principe de toute chose.

Infini du divisible

Si tout est divisible à l’infini, le principe ultime des choses nous échappe-t-il ? Chez Aristote et Platon, la matière est une sorte de substrat sans forme, une matière dont se dégageront plus tard les formes. Depuis le 17è siècle, les atomistes disent que dans la matière, il faut assumer l’idée de briquettes élémentaires qui seraient constitutives de la matière à laquelle nous nous référons. Si tout est matière, considérons les synapses, qui relient les neurones entre eux pour y faire passer les informations dont le corps a besoin pour réagir aux incitations de l’environnement. Une connexion de cette nature s’opère qui est la photographie d’une idée. Peut-on réduire une idée à son corrélat matériel ? Est-ce la bile noire sécrétée à la suite de la mélancolie qui la produit ou l’inverse ? On parle trop de réductionnisme, qui ne serait que l’interprétation physicochimique des évènements. Si on procède à l’électrolyse de l’eau, elle disparaît. Constatation qui amène la question sur le lieu du refuge de l’âme une fois que le corps a disparu, interrogation qui aboutit à la réponse enfantine « y a plus ». Où est partie ce qu’on appelle l’âme, quand l’organisme s’est désagrégé ?

Le système nerveux : qu’est-ce ?

On expérimente surtout le fonctionnement du système nerveux quand, après la connexion des neurones, des réponses s’opèrent qui donnent lieu à l’émission d’ondes alpha en cas d’action et de béta en cas de relaxe. Les synapses disparaissent comme les idées, quand elles tombent en poussière, comme s’évapore l’idée après la dissipation des synapses. Quand on observe des détails, on peut avoir recours à une métaphore sur les atomes. C’est ce que l’on discerne sur un tableau qui représente une matière informe si on s’en rapproche ou s’en éloigne trop. C’est comme l’impressionnisme, dont se rapproche la peinture du Titien chez lequel, par le recul, on peut déceler l’image réelle. Le rapport du détail à l’élément, c’est la forme apparaissant quand on regarde de plus près, qu’on voit de petites tâches, à l’instar d’un troupeau qui descend de la montagne, représenté par une tâche blanche, comme l’est la voie lactée. Tous deux sont des sortes de pixels, des amas d’étoiles dispersées, dont la vérité serait une métaphysique de la poussière. Tout semble prouver que la nature fait son œuvre à l’aide de petits corps invisibles. La substance de l’être ne se réduit pas aux parcelles que nous voyons sur la photographie d’Angela Merkel.

Parcelles de photo

Son identité n’est pas réductible à des agrégats, susceptibles, par leur représentation, d’inspirer l’horreur de la décomposition, la même que celle que nous observons sur notre image que nous renvoie le miroir qui atteste de notre modification quotidienne. Nous deviendrions fous si nous nous rendions compte du fait que nous sommes comme l’eau qui se décompose par électrolyse. Du point de vue d’un matérialiste, la notion d’identité n’a pas de sens qui ne se réduit pas à la personne regardée sous le microscope, car nous ne sommes pas seulement des agrégats d’atomes, avec de petites particules. La notion d’identité, la singularité de l’être n’est pas une notion suffisamment pertinente. « Le crime n’est qu’une modification des formes que peut prendre la matière, » dit Sade. Un être qui disparaît retourne aux éléments qui le composent. Ce que l’on découvre sur l’écran de télévision en l’absence de programme, partant d’images, n’est pas de la neige, mais le mouvement brownien, décrit par Robert Brown en 1828.

Tribulations des atomes

Quand Lucrèce dit que les atomes errent dans le vide, quand ils se rencontrent comme du pollen en suspension dans l’eau, entre deux chocs, et que la grosse particule se déplace en ligne droite avec une vitesse constante, ils doivent être emportés pour être accélérés. Après leur rencontre, ils repartent dans l’autre sens. Avant lui, Épicure et Démocrite avaient émis les mêmes idées, avant que Engels dise que le mouvement est le sens. D’holbach écrit de même que tout est mouvement, que la matière se meut sans cesse, avec des entrechoquements, représentation semblable à ce qui devrait se passer dans l’invisible. Si les atomes se rencontrent, ils repartent dans l’autre sens avec une vitesse plus grande, car « les atomes ne trouvent pas le repos », ils doivent être emportés, car ils rebondissent en raison de la présence de leur corps très dur. Il n’y a pas de repos dans ces mouvements. Tout est mouvement, comme celui des molécules dans un gaz rare, de même que les atomes des corps composés sont sujets à des chocs, sont dotés d’inertie, toutes caractéristiques qui permettent d’expliquer le mouvement.

Encore de l’éthique

L’éthique repose sur le sentiment que deux individus qui se rencontrent peuvent ensuite se séparer, même si les épicuriens conseillent de ne pas souffrir d’aimer, d’entrer dans l’amour sans débauche mais avec une sorte d’amitié amoureuse, pour éviter que notre bonheur ne dépende que d’une seule personne. Si on perd la vie, il doit être possible d’envisager cette survenue puisque ne la possédant pas avant, on peut partir sans obligation ou garantie de la retrouver. Chamfort préconise d’éviter la divinisation de l’amour, et de jouir sans faire de mal à autrui, et conseille de faire jouir pour échanger deux fantaisies et réaliser le contact de deux épidermes. On peut être matérialiste et fleur bleue.

D’après ARTE, Philosophie : Raphaël Enthoven