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Leçons de Carlo Ginzburg

Visions à distance : du grand angle à la macroscopie

Paroles et visions d’historien

dimanche 15 novembre 2009, par Picospin

Cette assertion a été formulée à partir de la pensée de l’historien italien Carlo Ginzburg dans son livre « A distance » Bibliothèque des histoires, Neuf essais sur le point de vue en histoire, Paris, nrf, Editions Gallimard, 2001.

Innovation et représentation

Son concept s’accorde bien avec les nouvelles méthodes de diffusion qui prennent les sites internet comme centres. « La dilatation de l’espace et du temps ouvre le champ d’enquête au problème de la circulation, de la transmission, de la simultanéité des phénomènes culturels qui pose la question de l’analogie. » Ginzburg repart comme il l’écrit, d’une part de la tension entre une représentation tenant lieu de la réalité qu’elle représente et d’autre part comme substitut d’une absence. Il étire la question sur la longue durée et pose des questions qui permettent de sortir d’une approche anhistorique du problème. En se situant dans une perspective d’histoire comparée, il relativise la portée de l’invention janséniste de la représentation à l’âge classique et déplace la question de l’innovation. La distance met l’accent sur ce processus complexe et parfois contradictoire de conceptualisation : la filiation, la substitution, l’imitation, le contact, la figure du double sont autant d’explications à l’établissement de cette tradition mais aussi à ces bifurcations. L’innovation chrétienne tient à une théorie de la représentation qui, par le dogme de la trans-substantiation, transforme le « contact » entre réalité et divin en « présence ».

Absence présence

Il n’y a plus double absence/présence » comme dans le Kolossos grec qui avait pour fonction d’établir un contact entre l’au delà et l’ici-bas, mais unification. Est-ce que cet avant propos à l’œuvre de Carlo Ginsburg permet de mieux comprendre le sens de sa pensée, le développement de ses affirmations et la direction de sa recherche ? La distance, quelle que soit la signification qu’on veuille lui donner, peut être représentée par une imagerie dans laquelle entre en gros plan la focalisation d’une optique. Certains auteurs manipulent les distances focales à la manière des artistes, des photographes, des peintres, sinon des écrivains, tous créateurs et visionnaires qui sont capables de regarder le monde non seulement sous divers angles mais aussi avec plusieurs grossissements. Ces derniers sont mis à la disposition des récepteurs qui prennent le temps de l’observation, de la discrimination et de la séparation des points significatifs, ces pixels de l’ère moderne qui ont envahi les publicités des appareils optiques et électroniques pour vanter leurs qualités, leur pouvoir séparateur et leurs performances. Ces caractéristiques des objets, des individus les possèdent comme les « hauts de gamme » de ces divers appareillages que seuls les prix distinguent.

Un individu complexe

Lorsqu’en France, on dissèque le thème complexe de l’individu français, on ne sait encore à quelle distance positionner l’opérateur pour le décrire, le dessiner et en extraire les plans les plus saillants. Il semble que notre Président de la République manifeste des dons particuliers pour réaliser ce travail de fragmentation, de dissection, de déconstruction à partir du sens inné qu’il a de se placer dans la bonne position, le bon angle et de réaliser l’instantané capable de figer sous l’objectif, l’objet de portrait avec une définition excellente. De la sorte, il réalise une figure qui joint le gros plan du particularisme et du détail macroscopique à celui de la vision la plus large possible, sans cependant qu’il ne soit souillé par la moindre erreur de parallaxe.

De près et de loin

Venu de loin, il sait vite voir de près et mobiliser les optiques nécessaires à la représentation la plus juste du moment, quitte à éviter le « flou cinétique » qui balaie large mais dessine des portraits souvent faussés par leur position anachronique dans l’histoire et le temps. C’est bien au phénomène auquel nous avons été confrontés récemment à l’occasion du thème que certains ont déjà appelé « psychanalyse de Marianne » moins ciblée vers l’hebdomadaire reconnu que vers l’idée que les citoyens français se font d’eux-mêmes. Leur réaction envers le plan de vaccination contre la grippe A, si bien concocté mais si misérablement exécuté en dit plus long à ce sujet que les discours les plus freudiens ou lacaniens.