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Quel est l’endroit où l’on se porte le mieux

Vivre dans la prairie ou dans une tour ?

Une évidence tirée d’une étude écossaise

samedi 13 décembre 2008, par Picospin

Est-ce qu’il repose sur un constat objectif, scientifiquement établi avec une étude statistique permettant de tirer des conséquences logiques d’une situation donnée à parti de comparaisons entre deux lots de population dont l’une habiterait en plein centre d’une ville, en zone urbaine homogène et l’autre serait entourée de parcs, de jardins et d’une zone où fleurs, gazon et arbres combineraient leurs effets pour apporter joie de vivre, exercice et bonheur à la population ayant la chance ou ayant choisi de vivre dans ces conditions au prix plus que probable d’un sacrifice financier consenti au profit de sa propre santé et de celle de ses descendants.

Une étude intéressante

Le journal médical qui rapporte les détails et les conclusions de cette étude, « The Lancet » pour ne pas le nommer fournit d’autres détails sur cette étude. Il paraît que les espaces verts sont non seulement « bons pour la santé » mais que de plus « ils réduiraient les inégalités entre riches et pauvres en matière de maladies. ». Et qui évoque ces bienfaits de la nature ? Vous l’aurez déviné, ceux qui ne cessent de vivre au milieu de la verdure, des gazons, des prés et des trèfles, le Ecossais qui ont la chance de passer beaucoup de temps au grand air des collines et des lacs quitte à y rencontrer des monstres qui leur font peur comme celui du Loch Ness dont la rencontre inattendue pourrait bien provoquer des décharges d’adrénaline comme on disait avant et de catécholamines comme on dit maintenant selon une terminologie plus scientifique. Il paraît que point n’est besoin de posséder d’immenses châteaux comme celui de Balmoral, près d’Aberdeen en Ecosse, résidence privée de la reine, un lieu autrefois très aimé par la reine Victoria et le prince Albert, propriété de la Reine d’Angleterre, car quelques m² suffisent à faire le bonheur de beaucoup. Courir sur l’herbe a depuis longtemps été le rêve de beaucoup de jeunes, d’enfants et même de moins jeunes qui préfèrent souvent mobiliser leurs muscles et leurs articulations au bénéfice d’une bonne et longue santé, promise par les médecins et les savants, sans ajouts de médications potentiellement plus dangereuses que bienfaisantes. Comment imaginer les constructions de demain, compte tenu des contraintes nouvelles apparues sur terre pour permettre à la population de réduire le nombre et les distances de ses déplacements, de se chauffer suffisamment pour ne pas souffrir du froid dans les régions le plus glacées de l’Europe, de l’Amérique et d’Asie et d’économiser les énergies renouvelables en raison de l’épuisement progressif des ressources fossiles.

Des tours ?

Après une période de doute quant à leur nécessité, la construction de bâtiments de grande hauteur est à nouveau d’actualité. De la Défense (Paris) à Moscou en passant par Dubaï et la Chine, les projets se multiplient. En France, compte tenu des expériences passées, ce retour en vogue ne fait pas l’unanimité. Pourtant, à l’étranger, des projets présentés par des architectes assistés d’équipes pluridisciplinaires auxquelles s’intègrent des énergéticiens donnent l’occasion de réfléchir à des bâtiments très économes, voire autonomes, en énergie — au sens où, en moyenne annuelle, ils produisent autant d’énergie qu’ils en consomment. Ils en vendent et en prennent au réseau. Loin de tout dogmatisme, de telles tours de bureaux ou d’habitation, implantées dans un contexte urbain dense qui donne réellement la priorité aux transports en commun, peuvent présenter de réels avantages. Le quartier de la Défense, à l’ouest de Paris, compte une centaine d’immeubles de bureaux, dont vingt-huit de plus de vingt étages, symboles de la réussite des entreprises. De nouvelles tours doivent prochainement être érigées. L’une sera un « modèle de tour écologique », une autre « portera une attention particulière au développement durable, notamment en matière d’économie d’énergie », sans oublier celle qui se veut une « machine vivante écologique ». les constructions de grande hauteur suivent les cycles économiques. En cas de conjoncture favorable, on érige. Lorsque le vent tourne, les bureaux se vident. Et ce d’autant plus vite que l’entretien de ces surfaces est coûteux.

Des réussites et des échecs

La plupart des gratte-ciel sont des gouffres énergétiques. Ils impliquent des ascenseurs, des pompes pour monter l’eau dans les étages, et surtout l’utilisation de la climatisation pour pallier la surchauffe engendrée par les parois en verre. La Messeturm, à Francfort-sur-le Main, construite en 1992, est montrée du doigt comme l’exemple de ce qu’il ne faut plus faire : elle a été bâtie « à l’américaine », sans se soucier des questions énergétiques. D’un coût exorbitant, son système de climatisation et de chauffage délivre, été comme hiver, 21 °C. Mais ce semblant de température stable est modifié par l’impact de l’ensoleillement sur sa façade de verre entièrement fermée. L’été, le soleil surchauffe les baies vitrées au point que, dans ces immeubles, des employés choisissent de travailler dans les sous-sols. A l’inverse, la Post Tower, construite en 2002 à Bonn, ne consomme que 60 kWh/m2/an, éclairage compris. Ce bâtiment, dont la forme tient même compte des vents dominants, n’est équipé d’aucune climatisation et est refroidi par l’eau du Rhin. Au cours de l’été 2003, alors qu’il faisait 38 °C dehors, le mercure ne dépassait pas 25°C dans les locaux. Ces conditions de vie favorables et économiques ne correspondent nullement à celles que l’on découvre à la Bibliothèque nationale de France (BNF) qui est l’archétype du bâtiment qui, dès sa conception, a tourné le dos à la question énergétique. Les sept premiers étages sont dédiés à des bureaux et les onze étages supérieurs au stockage des livres. Les salles de lecture et d’accueil du public sont semi-enterrées. Le bon sens n’aurait-il pas dicté de faire l’inverse : mettre les livres dans les sous-sols sombres et frais, et les lecteurs en hauteur pour qu’ils profitent de la lumière naturelle ?

Incohérence

Le résultat est accablant : le site engloutit chaque année 54 gigawattheures (GWh) d’électricité et de chaleur. La Grande Bibliothèque a une climatisation qui fonctionne toute l’année ; ses fenêtres ne s’ouvrent pas ; elle compte 82 ascenseurs, et des kilomètres de rayonnages mobiles électriques afin d’acheminer les livres dans les quatre tours ; la position centrale du jardin oblige à entretenir 200 kilomètres de tuyaux et canalisations pour relier entre eux les quatre bâtiments. Même en conservant sa forme actuelle, ce site aurait pu tenter d’innover en couvrant une partie de ses surfaces extérieures de panneaux photovoltaïques, ce qui aurait offert de l’ombre aux livres et produit une partie des besoins électriques des tours, ou en se refroidissant avec l’eau de la Seine qui passe à leur pied. Une récente étude anglaise montre que le fait de disposer dans son environnement d’un espace vert constitue un facteur favorable pour conserver une bonne santé plus longtemps que les personnes qui n’en disposent pas. Cette analyse de la localisation de l’habitat et des son environnement tend à démontrer également que le fait de vivre dans un espace qui offre des occasions de se livrer à une activité physique régulière diminue aussi les inégalités entre les personnes qui disposent de moyens financiers modestes par rapport à ceux qui peuvent vivre avec plus de richesses. Les implications d’une telle recherche sont claires : les grands espaces autour de l’habitat peuvent avoir un rôle majeur dans la réduction des inégalités face à la maladie. Ceci est particulièrement vrai des maladies cardiovasculaires et du stress qui, par ailleurs, peut être considéré comme partiellement responsable du cancer du poumon dont l’origine est le plus souvent liée au tabagisme. Comme ce dernier est fortement dépendant du stress et de l’inactivité, il n’est pas étonnant que de tels résultats aient été recensés.

Questionnement éthique :

1. Est-ce qu’il faut introduire davantage de sciences humaines dans celles de l’urbanisme ?

2. Faut-il trouver une compromis entre les constructions en hauteur qui augmentent la densité des habitants et celles qui projettent de bâtir des maisons individuelles, séparées ou groupées, pour permettre au peuplement nouveau de profiter des avantages pour sa santé à tirer de cette conception "scientifique" de l’habitat ?

3. Dans une période instable, comment peut-on faire des "prophéties" à long terme pour déterminer quel sera le type idéal d’habitat à proposer aux futures générations ?

4. Est-ce que dans un avenir relativement proche, on peut imaginer que le développement explosif des technologies de la communication permettront aux habitants de travailler à la maison ce qui serait susceptible d’éviter le long, fastueux, incertain débat sur le choix des types d’habitats ?


Sources :
The Lancet
8 décembre 2008