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Vivrons-nous sans religion ?

lundi 11 juin 2007, par Picospin

La religion devait disparaitre de la surface de la terre, de l’esprit et de la conscience de ses habitants. On devait aller vers moins de religieux et non vers plus de religieux. Cette hypothèse était dépassée depuis l’arrivée des lumières, celles de ce siècle si particulier au cours duquel la science triomphait, les inventions se multiplièrent, les techniques aidaient à mieux vivre dans le confort et les bénéfices du progrès acquis pour le bien-être. En même temps, les Eglises devaient se retirer pour laisser la place à la raison. Cette dernière n’avait que faire des croyances, des affabulations, des histoires recueillies par la tradition et racontées à la descendance avec fidélité mais non sans imagination ce qui n’en excluait ni l’enchantement ni le charme du mystère.

Un sens à la vie

On cherchait à travers ces mythes, ces sagas, ces légendes, un sens à la vie. On avait le plus grand mal à en trouver un, tant les évènements vécus contredisaient une relation de bonté, d’amour, de loyauté entre l’homme et Dieu. Passe encore pour la reconnaissance d’un être suprême, d’un horloger, d’un grand Architecte de l’Univers. De là à lui attribuer des qualités dont la plus importante pour l’homme serait la Providence, il n’y avait qu’un pas que beaucoup de sages hésitaient à franchir. Au cours de ces réflexions auxquelles participèrent entre autres des philosophes, on finit par se retirer sur la colline du monothéisme, là où eurent lieu les premières manifestations de la divinité monothéiste, successeur d’un unique dieu égyptien. Depuis lors, les dieux uniques se remplacèrent en déclinant leur identité sous plusieurs formes selon l’âge de leur création, de leur apparition, de leur tentative d’alliance avec les hommes. Leur représentation se diversifia jusqu’à disparaitre au profit de l’absence de toute forme définie.

Des formes

Celle-ci devint géométrique pour ne pas permettre à la créature de blasphémer contre le créateur au cas où la seconde eut présenté au premier une toque inappropriée ou méconnaissable. C’est dans ce cadre flou et cette atmosphère opaque que notre nouveau Pape, frais émoulu d’une longue formation universitaire qui lui permit de se frotter à la signification philosophique de l’étant et de l’existant, se permit de rassembler une foule immense au nom de l’institution dont il a pris récemment la charge. Il lui a rappelé qu’elle était composée de membres d’une institution dont les pouvoirs viennent d’en haut. Ils sont marqués du sceau de l’infaillibilité depuis leur sommet jusqu’à leur base en passant par la hiérarchie des évêques, des prêtres et des laïques.

Infaillibilité

Et pour mettre ce discours en application, un frère capucin de Gênes annonça à grands renforts de publicité qu’il cherchait à offrir aux Musulmans une parcelle du terrain appartenant à l’Eglise pour qu’ils y édifient une Mosquée. Pendant ce temps, des Musulmans pensent qu’ils sont enfermés dans des discussions sans fin avec des évêques andalous à propos d’une controverse dans laquelle les Catholiques voient une tentative de réappropriation de la province de l’Andalousie de la part de l’Islam. Ce que les Catholiques conservateurs voient d’un très mauvais œil. Ils s’imaginent non seulement que les Barbares sont à leurs portes mais que déjà ils s’apprêtent à submerger le temple. Ces considérations ne sont pas sans fondements. La communauté islamique est celle qui se multiplie à la plus grande vitesse en Europe. Cette constatation ne l’empêche pas de partager avec les Chrétiens l’idée que toutes deux sont embarquées sur le même bateau. Dans le cadre de ces tentatives de rapprochement, le Vatican veut enseigner aux étudiants musulmans le christianisme moins pour les convertir que pour les familiariser avec les bases de cette religion. La triste réaction de ces Musulmans ardents, fervents et savants, obligés de vivre en Europe mérite plus de pitié, de compassion et d’efforts déclaicissements. Quand je m’adresse à des groupes de ce type, dit un Turc originaire d’Istanbul, j’ai l’impression qu’ils traitent la religion comme une partie de football. Alors que pour moi, la religion est le lieu où je trouve des réponses aux questions sur le sens à donner à la vie. Le paradoxe de la situation en Turquie réside dans le fait qu’ici, chez moi, dans un pays laïc, apprendre en Arabe pose des problèmes qui sont résolus dès lors qu’on accepte de s’initier au Grégorien. Ici, j’ai passé 3 ans à apprendre la langue du Coran à côté de prêtres et de nonnes qui souhaitaient comprendre ma religion.

Enseigner, expliquer, éclairer

C’est cette idée que le Pape avait en tête quand il a parlé de l’Eglise comme moyen de mélanger la raison et la foi. Pour lui, le Catholicisme a toujours consisté à s’occuper en même temps de l’étude, de la foi, de l’intelligence et de la raison. Ne pas agir en accord avec la raison est opposé à la nature de Dieu. Ce qui n’est pas le cas de certains Musulmans chez lesquels l’enseignement sur Dieu est essentiellement transcendantal et n’a rien à voir avec la raison. Cette opinion n’a pas fait l’unanimité auprès des étudiants musulmans. Ils se sont empressés de déclarer que l’opinion du Pape était erronée et qu’il y avait bien dans l’enseignement du Coran une part de rationalité.

De l’ordre ?

Si l’Eglise échoue à remettre en ordre l’Europe pour lui faire réintégrer le bercail, la première cause en pourrait être ce qui s’est passé chez un homme de 40 ans à Dublin. Il n’a cessé de subir des violences sexuelles et des viols de la part de prêtres locaux à l’âge de 14 ans quand il était enfant de chœur. Malgré les nombreux procès intentés par la victime, le Vatican a toujours refusé de reconnaître la moindre responsabilité dans ces actes. Il s’agit selon certains d’un problème structurel de l’église dans lequel la hiérarchie se préoccupe uniquement de sa propre carrière laissant entre elle et la masse des Catholiques qui vivent bien autrement un énorme fossé. Il est possible que Benoît ait raison quand il fait allusion à la chance unique pour l’Eglise de pouvoir transformer l’Europe. Dans son effort d’harmoniser les contradictions et les oppositions, le Pape ne se sert-il pas de sa longue expérience pour protéger l’Eglise d’une manière telle qu’elle dissuade les Européens de remettre en cause le croisement des racines de l’Europe.


Problèmes éthiques :
- 1. Est-ce que le problème essentiel du monothéisme n’est pas de croire que chacune de ses religions détient la vérité ?

- 2. Est-ce que le catholicisme s’approche différemment de la religion du fait d’une introduction plus marquée de la raison dans son application ?

- 3. Est-ce que cette transformation est liée à la réflexion de l’Eglise sur elle-même ou à une influence plus marquée de la philosophie, ne serait-ce que celle, représentée Descartes, Nietzsche ou Spinoza, écarté de la religion juive pour s’être tenu en dehors d’elle ?

- 4. Quelles seraient les conditions d’un vivre ensemble harmonieux entre des religions monothéistes qui se côtoient sans cesse mais vivent différemment ?

- 5. Est-ce que les Européens sont suffisamment conscients des transformations qu’ils subissent du fait de la coexistence, nouvelle pour eux de religions, de rituels, de croyances différents. Ces derniers n’avaient-ils pas été plus facilement absorbés lors de l’afflux des immigrations précédentes qui étaient composées surtout de masses travailleuses d’origine chrétienne ?