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Pacifier, aider ou conquérir ?

Vote sur l’Afghanistan : un piège ?

Que faire de l’Afghanistan ou en Afghanistan ?

mardi 23 septembre 2008, par Picospin

En réalité, du fait de la constitution et de l’état actuel de l’opinion, du gouvernement et de la majorité parlementaire, le fait d’avoir fait engager d’autres troupes aux côtés de l’OTAN d’une part, des Américains de l’autre, a poussé si loin la coopération militaire et politique entre l’ouest et les Etats-Unis, qu’il n’est plus question de reculer ou de laisser ce pays montagneux, au relief impossible, aux mains de guerriers de haut niveau qui connaissent parfaitement leur métier et sont, en toute occasion, capables d’infliger de lourdes pertes à toute force armée. d’intervention, d’aide ou de coopération qui aurait la prétention de s’immiscer dans le règlement de conflits multiples, déconnectés les uns des autres, stratégiquement parlant mais non idéologiquement.

Faiblesse numérique

La faiblesse numérique du contingent a obligé mains commandants de forces alliées à recourir à une autre stratégie consistant à remplacer les opérations de guérilla, quitte à laisser sur le terrain des centaines de cadavres et de blessés par des bombardements qui n’assurent pas d’autre résultat que celui de faire d’alliés éventuels, candidats potentiels à la collaboration, des ennemis, faute d’avoir pu gagner des coeurs. Ceux qui sont assez vieux actuellement pour avoir connu les combats de la libération en 1940 sa souviennent des effets désastreux qu’ont eu sur les populations française et européenne les bombardements massifs des Alliés sur les cités. Ils ont instantanément transformé des alliés potentiels ou candidats à cette opinion ou cette fonction en collaborateurs de l’Allemagne nazie. Avec l’aide de personnages comme Henriot, la propagande nazie n’a eu aucun mal à expliquer que les « Anglo-Américains » en voulaient aux Français dont ils étaient les ennemis naturels ce qui expliquait parfaitement les massacres de populations civiles par des bombardements massifs dont on n’avait guère de peine à voir aux « actualités » cinématographiques les effets dévastateurs sur les grandes villes ainsi bombardées. La situation est pire lorsque s’installe une armée dite de libération qui devient aussi rapidement une armée d’occupation même si elle apporte parfois des bombons aux enfants et du lait aux bébés.

Armée nationale

Rien de mieux en ces circonstances que de recourir à la place de ces forces d’occupation à une véritable armée nationale dont le risque à court terme est qu’elle ne se transforme en force militaire de « collaboration » parce qu’elle trahit son peuple. Les commentateurs ont sans doute raison de rappeler l’histoire de l’Irak qui est à l’opposé de celle l’Afghanistan, par sa modernité, le haut niveau d’éducation de sa population, une administration bien formée, expérimentée, une autoalimentation suffisante, la présence d’une industrie, d’un riche réseau routier par comparaison à la pauvreté extrême de l’Afghanistan, qui n’a jamais été colonisé, est peuplé par une population pauvre, sous alimentée, pour une large part analphabète et indomptable. Au terme d’un tel portrait, que peut-on espérer logiquement d’une « réussite » de l’occupation d’un tel pays par des forces rassemblées par une organisation militaire internationale ? Est-il concevable de réussir à « pacifier » ce pays et si oui, par quels moyens et au prix de quels sacrifices ?

Forces du bien et du mal

Est-ce que des esprits rationnels peuvent concevoir que « les forces du bien » seront capables de contenir, de modifier l’état d’esprit, de convertir les « forces du mal » telles qu’a essayé de les définir le Président Bush qui a vite fait de couper le monde en deux : les bons et les mauvais, partage qui sert aux esprits simples et purs mais ne traduit que pauvrement la réalité des faits, des situations complexes des traditions, de l’évolution des esprits. Devant tant de pessimisme, on est autorisé à se poser la question d’éventuelles solutions et si elles sont positives pendant combien de temps ? On a plutôt l’impression pour les « forces du bien » d’être tombées dans une trappe dont il sera d’autant plus difficile de sortir que plus le temps passe, plus il faudra de forces, d’énergie et de sacrifices pour se libérer d’une situation moralement soumise au risque du chantage, éthiquement à celle du sacrifice de trop d’individus et collectivement à une perspective négative en ce qui concerne les chances de convertir les « forces du mal » en « forces du bien, et l’obscurantisme en lumière.

Sources :

Claude P. La méthode du Général Petraeus. Le Monde mardi 23 septembre 2008. P 4.