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Guerres inutiles, sanglantes et destructrices

Vu du char : une guerre fratricide qui perd son temps

Mieux vaut la paix et la tolérance

dimanche 14 mars 2010, par Picospin

Cette circonstance ne doit pas empêcher d’en parler, de le commenter et d’en tirer éventuellement des considérations politiques, culturelles voir existentielles.

Haine et passion

La tâche est délicate en raison de la tension passionnelle qui anime les deux antagonistes, obligés de se partager une terre minuscule par les dimensions, immense par le symbolisme, l’histoire, la densité des évènements qui s’y sont produits et s’y déroulent encore. Sur le plan formel, le film est d’une originalité qui va jusqu’au bout d’elle-même. Comment peut-on représenter avec plus de véracité un au-delà cinématographique qui respecte l’unité de lieu comme jamais elle n’a été transfigurée au cinéma ? Tout y contribue, depuis la sobriété de la mise en scène, des décors – forcément puisqu’ils se limitent à la circulation de la caméra à l’intérieur reconstitué d’un char qui de plus, est reste longtemps immobilisé pendant le déroulement du film. La sonorisation contribue à accentuer la véracité de l’histoire avec les déplacements incessants et grinçants de la tourelle par laquelle on peut voir et deviner ce qui se passe au dehors à partir du monde de l’enfermement proche de la schizophrénie. Rien n’est épargné au spectateur qui subit une formidable pression du fait de l’aspect dramatique de la claustration, de l’état physique et psychique des occupants du char, de leurs blessures, de leur souffrance, sinon de leur culpabilité et de la perte de temps, véritable gâchis qu’ils doivent payer pour acquitter leur dette envers un pays engagé dans une guerre violente, injuste, aux motivations discutables à partir d’un réseau d’alliances complexe et risqué.

Critiques libanaises

Les critiques, du côté libanais, s’adressent au thème de la culpabilité israélienne et de l’absence de commisération, d’empathie, envers la population libanaise, cible de l’attaque israélienne mais dont les souffrances ne seraient pas assez soulignées si l’on en croit les nombreuses critiques des blogueurs intervenus à propos du film. Il n’est pas certain que ses auteurs aient voulu tirer toute la couverture au courage de leur armée et insister sur les difficultés éprouvées à faire comprendre l’étendue du sacrifice des soldats et à s’apitoyer sur les conditions impossibles des guerres. La problématique qu’il pose est bien celle de l’horreur de la guerre, quelle qu’en soit la motivation, la conduite, l’éthique ou son absence, sinon son inutilité. A travers les déclarations des chefs d’État de la planète entière et du Pape, nos contemporains ressentent à quel point la question du besoin d’éthique est une thématique très présente dans notre société. On utilise souvent les termes de morale et d’éthique de manière indifférenciée. On peut définir la morale comme la science du bien et du mal, en tant qu’elle est soumise au devoir et a pour but le bien.

Éthique

L’éthique se situe au-delà, puisqu’elle est définie comme la science de la morale, l’art de diriger la conduite. L’être humain est l’auteur de ses actes et l’origine de ses actes. Comme une certaine responsabilité doit en répondre, il doit être capable de dire « je ». Chez les enfants, il y a un changement progressif du temps pour « je » pour qu’il acquiert dans sa pensée la notion de désignation. Il faut prendre conscience de moi-même, avoir une personnalité, une subjectivité, une vie intérieure. L’intensité des dommages causés et subis par cet affrontement insensé va au-delà des observations recueillies sur le terrain à partir de la tourelle du char, suggérant et faisant deviner au spectateur occidental, bien calé dans son siège confortable dans un cinéma climatisé, rafraichi aux odeurs de chocolat glacé, que les traumatismes subis garderont une résonance psychologique prolongée dont l’évaluation et l’évacuation seront difficiles à mener sinon impossibles à accomplir à long terme. Mieux vaut encore la défaillance de la mémoire et l’oubli pour redresser la structure, le contenu et le rappel des évènements de manière à éviter la survenue imprévisible de la folie, seul recours possible à la reprise de la vie pour peu que l’individu ait choisi cette voie du courage, du vouloir vivre dans une situation d’extrême tension.

Solutions ou impasse

A partir de cette constatation, on se prend à imaginer quelles solutions restent à envisager pour les guerriers de l’apocalypse dont les missions se "chronicisent" au prix de l’incubation et de la transmission de pathologies innées ou acquises. A force de se répéter et de se prolonger, elles conduisent à une détérioration physique et mentale proche de l’incurabilité, comme c’est arrivé aux lendemains de guerres en Amérique, en France et ailleurs chez les belligérants. Arrivé à cette extrémité, on se demande quelles pourraient être les solutions à proposer ? Les Israéliens ne peuvent se jeter eux-mêmes à la mer ce qui serait évidemment une solution approuvée par une partie des habitants des lieux. Ils peuvent se désengager des combats si meurtriers et si traumatisants dont la prolongation ne peut que décourager les volontés les mieux armées. Cette solution aboutirait à leur retrait de leur pays investi par la mémoire et la proposition de Théodor Herzl sur le sionisme si contesté aussi bien par les ennemis que par quelques amis de ce pays nouvellement constitué.

La guerre et le rien

A quoi sert une vie consacrée à faire la guerre, c’est-à-dire à rien, sinon au mal absolu alors que le destin des hommes de bien sur terre, - même lorsqu’elle est inhospitalière - est de s’épanouir, de s’emparer des connaissances, de les assimiler, les adapter à sa personnalité pour en faire un matériau de construction de soi-même. Est-ce que cette mission, humaine ou divine peut être réalisée dans un cercueil d’acier branlant fait pour tuer indifféremment militaires et civils, hommes, femmes et enfants ? La balance mérite d’être faite pour établir enfin le bilan passé et prévisionnel de cette percée dans le futur. S’accrocher aux universités d’excellence, pour construire un homme, une famille et transmettre aux enfants non l’horreur mais la joie de vivre, de bâtir et de s’épanouir. Ce serait la solution la plus acceptable à condition qu’elle soit démocratiquement soutenue par les immigrants pleins d’idéal accrochés à cette terre sainte, sacrée ou banalisée.

Errances

Partir vers un nouveau destin d’errance, de nomadisme, de diaspora pour se faire oublier au milieu des bienheureux et s’allier avec eux en prenant garde aux risques de l’assimilation ? A moins qu’un miracle n’intervienne sous les auspices des dieux, depuis les pharaons d’Égypte, divinités créatrices du tragique monothéisme jusqu’aux hommes de bonne volonté capables de comprendre enfin qu’aucune issue ne réside dans le conflit et que tout se joue dans la paix, la tolérance et l’abandon de la haine. Faute de quoi, Kant aura beau jeu de critiquer le manque d’instruction de certains par abandon volontaire de l’enseignement, de l’éducation et de la culture au risque de se répercuter sur les générations futures. Est-ce l’application dérivée et déviée du principe de précaution ? Dans « Introduction à la Logique Complexe », le philosophe et sociologue Edgar Morin se propose de montrer en quoi la pensée complexe est la seule à même de relever le défi de la connaissance. Et d’ajourer : "Il faut cette approche scientifique fondamentale pour comprendre les phénomènes physiques, biologiques, sociaux et sociétaux, et faire naître une pensée capable d’éclaircir un monde obscurci par une logique « simplifiante » et simplificatrice."