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Il est l’un des créateurs les plus importants du 20è siècle

Woody Allen l’enchanteur en panne ?

Pas pour longtemps espérons-nous

dimanche 12 octobre 2008, par Picospin

Est-ce que le conte philosophique tel qu’il a muri pendant le Siècle des Lumières se prête à une transcription cinématographique ? Par son pouvoir d’évocation, les subterfuges qu’il autorise, le 7è art est un bon candidat à l’évocation, à l’allégorie sinon à l’écriture symbolique.

Une fable ?

Si l’on en croit sa définition, ce genre littéraire, à mi-chemin entre la fable et l’essai philosophique serait une histoire fictive pour élaborer une critique de la société en fouillant dans ses recoins les plus démonstratifs comme les moeurs de la vie mondaine, le pouvoir dans toutes ses dimensions, à commencer par celle du politique, celle des arts sinon celle les croyances les plus assurées, parfois les plus vacillantes aussi. Ce texte est rédigé sous la forme d’un conte, par définition indolore puisque métaphorique, dans le but de se soustraire à la censure, tout en restant compréhensible. En effet, sous le voile de la forme du cont se profile la plume acérée de l’auteur, constituant l’essence même de sa pensée. Pour s’adresser à un lectorat mondain et influent, il est nécessaire de piquer sa curiosité pour lui ouvrir les yeux sur les réalités sociales ou culturelles qu’il ne sait ou ne veut pas discerner. Il a recours au récit imaginaire véhiculé par le conte pour transmettre des idées et des concepts à portée philosophique. L’âge d’or du conte philosophique en Europe occidentale est certainement le siècle des Lumières où de nombreuses œuvres de ce type sont parues, notamment sous la plume du philosophe Voltaire. Le conte philosophique devient parfois un conte satirique lorsque l’auteur s’y moque des travers d’individus ou de leurs idées ou bien y glisse une critique de la société contemporaine. Le conte a existé dans toutes les cultures, sous forme orale ou écrite et les contes à portée philosophiques sont probablement aussi anciens que ces cultures elles-mêmes (par exemple, sous la forme de récits originels). Toutefois, la conception moderne du conte philosophique fait référence à la tradition philosophique qui a émergé entre la Renaissance et le XVIIIe siècle. Par les artifices liés au caractère imaginaire du récit, au travers des êtres imaginaires venus d’ailleurs, l’auteur feint de porter un regard objectif sur les hommes, ainsi que le fit Montesquieu dans les "Lettres persanes", pour mieux dénoncer ce qu’il condamne.

Ou un conte philosophique ?

L’auteur le plus célèbre de contes philosophiques, Voltaire invite le lecteur à prendre conscience de l’imperfection humaine et de l’omniprésence du mal sur la terre tout en s’opposant à la théorie de Leibniz caricaturé sous les traits du Docteur Pangloss dans Candide, ce qui donne aussi une dimension satirique à l’œuvre. Le conte devient un moyen plaisant pour faire réfléchir le lecteur sur la place de l’homme dans l’univers, en réunissant la fiction et les morales philosophiques des Lumières. Le conte philosophique s’imprègne de formulations comparables à celles du conte traditionnel, qui reviennent comme un refrain et permettent au lecteur d’être immergé dans le monde merveilleux des fables comme c’est le cas dans Candide, il y avait en Westphalie, ou il y avait un jeune homme de beaucoup d’esprit dans Zadig. Le conte philosophique qui associe deux termes oxymoriques. a pour caractéristique principale d’avoir une morale, comme les apologues. Est-il pour autant destiné à livrer au peuple un ou des secrets, des prophéties qui par définition doivent rester secrètes et ne peuvent dès lors être exprimées que par des formules comme les paraboles, intervalles brefs de lumière spirituelle interrompant les continuelles ténèbres de l’esprit. Celui qui se penche sur ces secrets doit être d’âge mûr, être pourvu d’un esprit sagace et subtil, posséder une maîtrise de l’art du gouvernement politique, la capacité de pouvoir entendre le discours allusif des autres et celle de présenter les choses de manière allusive. Est-ce que notre ami Woody que nous connaissons depuis 1966 quand il nous a présenté « Quoi de neuf Pussycat ? » puis au fils des années qui passèrent comme des fusées « Bananas », « Manhattan », « Zelig », personnage qui qui veut ressembler aux autres pour être aimé mais qui s’insinue aussi dans un registre social, puisque les identités qu’il prend sont souvent extra-culturelles (Chinois, Noir, Indien) et que le jouet-Zelig isole précisément cette caractéristique.

Zelig

La multiplicité des genres (interview présente, actualités d’époque, fiction) accentue l’effet de réalité concernant le phénomène Zelig. Il y a malheureusement une distance plus longue que 25 ans entre ce chef d’oeuvre qui redessine toute une époque et la petite fable touristique qui se joue à Barcelone entre des personnages sans consistance munis de parachutes dorés et accrocs aux vins d’Espagne, se déplaçant d’hôtel de luxe en villas de rêve dans une ville dont les représentations photographiques sont loin d’avoir les qualités de celles que nous admirions autrefois à New York dans le merveilleux « Manhattan » qui n’était pas qu’une étape touristique mais faisait partie intégralement de Woody Allen qui y est né, y a vécu, y a élaboré sa personnalité artistique alors que la ville catalane n’est manifestement pour lui qu’un lieu de villégiature dont il a fait le site de son dernier film dans lequel il a habilement placé plusieurs beautés, excellentes actrices par ailleurs et un monstre sacré ou qui va le devenir, tantôt diable, tantôt séducteur pilote survolant l’Espagne, la Catalogne, ses propres peintures et la vie superficielle qu’il mène sans savoir où elle atterrira. Dans ce film, notre génial créateur s’est déshabillé devant nous en laissant à ses pieds toute sa culture, tout son passé, ses traditions ce qui le laisse nu, sans références, sans citations, avec la curieuse et désagréable impression d’un personnage que le vie artistique et intellectuelle a quitté. On veut espérer que cette épreuve n’est que provisoire et que le personnage nous reviendra revigoré pour continuer des nous enchanter en prenant d’autres chemins que cette insipide promenade dans Barcelone d’où même Gaudi ou Picasso ou Miro auraient disparu.

Questionnement éthique :

1. Pour quelle raison, Woody Allen fait-il dire à un de ses personnages dans le film que tout le monde se pose des questions sur le sens de la vie ?

2. Pensez-vous que les personnages de ce marivaudage aient une pleine connaissance du sens de la vie qu’ils mènent entre tourisme superficiel, voyages privés en jet, oubli du sens de la vie dans les brumes du vin d’Espagne et activités sexuelles sur commande avec un lien affectif plus que ténu ?

3. N’est-ce qu’une image en camailleu que Woody a voulu montrer de cette pâle exhibition dans un pays sans personnalité, sans charme ni âme ?

4. Est-ce que le commentaire "off" qui n’est même pas dit par l’auteur gêne la crédibilité d’une histoire qui n’est pas décrite par le film ce qui lui enlève une grande partie de sa tension interne ?

Messages

  • Mon cher Picospin, je ne partage ni ta critique du film - qui doit être "Vicky, Cristina, Barcelona" bien qu’il ne soit pas nommé - ni le constat d’une panne chez Woody Allen. Si panne il y a eu chez Woody Allen, ce n’est sûrement dans dans son dernier film. Certes le monde dans lequel évoluent les personnages n’est pas celui de tout le monde (la jet society, apparemment) mais eux, les personnages, sont parfaitement humains. Ils connaissent l’amour, le désir, l’envie, la jalousie, la colère et sont, comme tout un chacun à la recherche de leur vie, de la vie. Cela est très clairement et gentiment dit, et remarquablement joué par tous les personnages, tour à tour séduisants et irritants, mais je crois toujours honnêtes vis à vis d’eux mêmes et de leurs partenaires.
    Le décor fait un peu pays de rêve pour séquence publicitaire, mais qui s’en plaindrait ?
    En panne, Woody allen ? non !
    J2C

  • « Ils ont un parti après", at-elle dit, « Ils m’ont invité à aller avec eux, mais moi n’a pas osé mettre mes collants ..." Je frappai à la porte, s’attendant à perfect girls être accueillis par le pasteur Robbins. sntlq23sp