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Le défi de l’Afrique

ZONES DE DEVELOPPEMENT PRIORITAIRE

jeudi 25 juin 2009, par Georges Messin, Picospin

Le choix ne doit pas se faire seulement sur la base d’un PIB (en $ avec parité de pouvoir d’achat), mais prendre en compte d’autres handicaps comme, par exemple, l’absence d’accès à la mer, qui prive la zone d’un potentiel de développement naturel par ouverture au commerce international. La zone ne doit pas forcément être limitée par des frontières politiques, parce que les pays environnants pourraient s’estimer lésés et que la forte perméabilité des frontières africaines pourrait fausser le jeu. Les frontières ethniques doivent être prises en compte dans le choix, soit pour éviter des conflits, soit au contraire pour tenter de fournir des exemples de coopération.

2. Mise au point d’un projet.

Elle doit commencer par la consultation des élites de toutes sortes, pour faire l’inventaire des souhaits et besoins, et se poursuivre en associant les populations, dont l’adhésion au projet est indispensable. Viendront ensuite les arbitrages entre les différentes priorités et orientations. Le risque d’erreurs de développement (du genre de celles faites en Europe dans le passé du fait d’inévitables tâtonnements) est limité, parce que les leçons en ont été tirées et qu’il existe aujourd’hui un éventail de techniques et technologies adaptées à tous les territoires.
Au début, le quantitatif est prioritaire et ne doit pas être sacrifié à un modernisme de façade. Il faut par conséquent se méfier des technologies fragiles et d’entretien délicat, sans pour autant fermer les perspectives d’étapes ultérieures. À titre d’exemple, les routes peuvent rester, dans un premier temps, simplement compatibles avec les modes de transport dont la population a l’habitude, sans perspective immédiate d’une mécanisation généralisée. Cet aspect quantitatif doit également inspirer la politique d’éducation.(Voir plus loin)
Les priorités doivent être données à tout ce qui contribue à la souveraineté agricole, hydraulique et énergétique, en limitant au strict minimum tout développement industriel ou urbain. Tout doit être mis en œuvre, en particulier les infrastructures, pour que les germes du développement (l’artisanat) se créent spontanément, puis se développent suivant leur propre dynamique, sur le mode libéral, autour de la satisfaction des besoins locaux, y compris de travailleurs locaux. Les capitaux afflueront si le terrain a été bien préparé avec des objectifs clairs. (Le développement français au cours du Second Empire a pris naissance sous la Restauration et n’a jamais été dirigé du sommet de l’État).
L’éducation doit être orientée en priorité vers les besoins réels à court terme. La formation des niveaux intermédiaires (encadrement) et de la fonction publique peut être prise en charge par l’UE. Un certain type de tourisme éducatif peut faire partie du projet.

3. Les technologies à mettre en œuvre, et la recherche des bonnes pratiques.

- Souveraineté agricole signifie orientation vers les cultures vivrières (maraîchères et céréalières en insistant sur le traditionnel). De multiples expériences menées par des organisations internationales sont en cours en Afrique ; le recensement de leurs résultats peut être mis à profit, en évitant la tentation d’unification a priori des méthodes de culture.
- La question de l’eau doit éviter d’abuser des ressources fossiles, peu ou non renouvelables. Elle doit inspirer toutes les solutions de stockage des eaux de pluie, aux niveaux personnel ou collectif. Les disponibilités d’eau pour usages agricoles doivent orienter les choix d’espèces cultivées et de méthodes économiques d’apport aux plantes. Les gaspillages d’eau, plus fréquents dans les villes, ne doivent pas se faire aux dépens des zones agricoles.
- Pour l’énergie, l’électricité voltaïque, couplée avec l’éolien de faible puissance (une société française s’en est fait une spécialité) et des groupes électrogènes, le tout alimentant des batteries, devrait convenir aux villages agricoles et artisanaux. Très orienté sur l’agriculture et excluant l’industrie, le projet n’exclut pas a priori la construction (sur des zones non cultivables) d’unités de « production solaire concentrée » (chaudière solaire et turbine à vapeur) pour l’alimentation des zones urbaines.

4. La difficulté : les hommes

Mes réflexions s’appuient sur des expériences multiples dans le temps et l’espace :
Années 1950 : communication de données scientifiques et techniques à du personnel illettré.
Années 1970-80 : conseil en pays étrangers peu ou mal avancés : Algérie, Maroc, Egypte, Irak,
Années 1990 : idem en Inde dans le cadre de la Commission de l’UE.

4.1 D’une façon générale :

Pour éviter le double écueil de la charité et du retour d’un esprit colonial, l’aide doit rester discrète. La population locale doit y être associée en prenant en charge ce dont elle est capable après une formation minimale. Compte tenu des écarts culturels, des médiateurs sont indispensables. L’aide peut aussi, éventuellement, prendre la forme d’échanges commerciaux, correspondant, de part et d’autre à des besoins locaux.

4.2 Difficultés spécifiques à l’Afrique :

Les frontières politiques masquent mal l’existence d’ethnies, de tribus, de clans dont les intérêts divergents compliquent la mise en application de projets de développement.
L’histoire africaine a été trop marquée par le trafic interne d’esclaves, puis la vente d’esclaves destinés au développement des Amériques, puis une colonisation incroyablement facile à la fin du 19ème siècle, suivie dans les années 1960 d’une décolonisation si abrupte que des administrations mal préparées ont mis toute leur confiance dans des régimes socialistes, voire communistes (Madagascar). Un redémarrage à zéro ne pourrait que remettre en cause certaines hiérarchies peu enclines à l’établissement d’un ordre nouveau équilibrant villes et campagnes. Tout versement financier direct devra en tout cas être évité en raison du risque d’évaporation des crédits. L’aide (matériaux,et machines, organismes d’enseignement ou sanitaires etc…) devrait être fournie en nature par l’UE, seul le travail des autochtones étant favorisé, ne serait-ce que par son effet sur la formation. Pour ce qui concerne l’agriculture, n’oublions pas qu’il a fallu attendre en Europe la fin de la seconde guerre mondiale, et plus spécialement la diffusion d’un enseignement agricole, pour que le monde paysan s’accorde au niveau local sur les pratiques optimales. Le paysan africain est certainement encore assez loin de cet état d’esprit

5. Suivi

Un minimum de 10 ans est nécessaire pour que s’établissent des liens de confiance. La présence d’observateurs issus d’autres pays déshérités serait utile pour la diffusion des succès et des erreurs de l’expérience.
Pour ce qui concerne le phénomène migratoire, il semble avant tout utile de le réguler sur la base d’échanges gagnant-gagnant où tout le monde s’y retrouve, avec retour au pays après quelques années de formation comme l’Allemagne l’a longtemps fait avec les Turcs.

6. Conclusion

Une telle action se présente comme la création d’un modèle de développement original et surtout cohérent, adapté aux conditions spécifiques de la zone choisie pour une première expérience. Chaque domaine d’action est traité de la façon la plus efficace, sur la base du « ni trop ni trop peu » en termes de résultat / coût, et orienté en permanence vers l’optimisation du résultat global. Celui-ci vise à établir durablement les différents équilibres qui font souvent défaut même dans les pays industrialisés : urbain-rural , agricole-artisanal-industriel-minier, éducation-emploi, solidarité humaine etc Il se situe à l’opposé du schéma classique de la simple addition d’initiatives individuelles, trop souvent mal adaptées et non concertées, dont l’importance est trop souvent évaluée en termes purement monétaires, suscitant une sorte de compétition caritative dans un cadre laissant peu d’initiative aux populations.