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Le cycle de l’accusation...

de la réminiscence, de la culpabilité et de l’oubli...

préalable au pardon

mercredi 19 mai 2010, par Picospin

Réponse attendue mais combien intéressante au vu des actions menées contre le cinéaste d’une part et la firme automobile de l’autre. Réponse proposée : "l’introduction d’une plainte ».

Un séducteur

Je m’explique : le petit Polanski doit être un sacré homme à femmes, séducteur de génie en plus de l’être par son exercice de la caméra ce qui lui vaut l’honneur de figurer à plusieurs reprises sur la liste des personnes qui portent plainte contre lui pour des assauts d’ordre sexuels donnés à l’occasion de rencontres avec de jeunes débutantes dans la carrière cinématographique auxquelles il a pu promettre quelque récompense contre des faveurs librement et généreusement accordées à sa personne. De l’autre côté Toyota est une marque automobile séduisante dur ce marché très compétitif et qui a bénéficié depuis de nombreuses années d’un prestige exceptionnel pour la qualité de sa production et la fiabilité de sa construction. Cette société bénéficie – si l’on peut utiliser ce terme – d’une renommée internationale qui a laissé loin derrière elle les grandes compagnies américaines et d’autres sociétés européennes. Dans cette perspective, des plaintes sont déposées journellement contre elle pour des malfaçons dont certaines sont ou seraient susceptibles de conduire à des accidents gravissimes dont certains pourraient être mortels.

Preuve d’une faute ?

La question qui se pose à partir du dépôt de ces plaintes est la suivante : est-ce que le fait d’en déposer une équivaut d’emblée à la preuve de la faute ? S’il suffit de déposer une plainte contre une personne ou une automobile et que cette dernière constitue automatiquement la preuve d’une faute, il n’y a plus aucune raison de se gêner pour arroser personnes et sociétés de ce recours toujours susceptible d’alimenter une rumeur qu’on aura d’autant plus de difficulté à éteindre qu’elle concerne des célébrités dont la nature variable touche des cibles que tout le monde et surtout la concurrence se fera un plaisir d’accompagner dans l’opprobre, la chute, la culpabilité puis l’exclusion. La méthode est facile à utiliser dans le monde féroce de la compétition où tous les moyens sont devenus valables pour descendre un concurrent à terre quitte à l’aider, par grandeur d’âme et par ce qui reste de vertu à le remettre sur pied après lui avoir adressé moult excuses pour l’erreur commise et la faute à pardonner au plus vite puis à jeter dans l’oubli.

Souvenir et oubli

Qu’il me soit permis à l’occasion de l’évocation du souvenir et de l’oubli d’emprunter quelques idées à Paul Ricoeur dans « La mémoire, l’histoire, l’oubli » lorsqu’il traite du dernier sujet considéré par le philosophe, l’expert en neurosciences et le psychologue. La mémoire représente une certaine fidélité, une immuabilité au passé. Elle commence à jouer un rôle clé dans le processus du souvenir dans la mesure où elle déclenche le mécanisme de la culpabilité suivi ou non d’une réconciliation qui apaise les consciences et annonce la reprise d’un autre rapport au temps, à l’individu et à l’histoire. La mémoire qui veille et ne se laisse pas enfoncer, devient la vestale qui s’efforce de garder les bribes de la mémoire, minuscule sentier encore ouvert sur la structure de la personnalité qui s’effondre en même temps que cette dernière. L’angoisse de la perdre se dessine sous la forme de tout ce qui contribue à soutenir le squelette de la pensée et avec elle celui des données qu’elle utilise le plus, les souvenirs, anecdotes, images, reconnaissances qui lui servent de socle.

Négociation entre mémoire et oubli

C’est à ce carrefour, qu’on se demande si la négociation entre oubli et conservation de la mémoire n’est pas la procédure permettant de trouver l’équilibre entre le premier et la seconde. Est-ce que son résultat ne conduirait pas à la mince conservation des traces mnémoniques, sous forme d’une rémanence semblable à celle que l’on détecte sur les écrans de télévision au moment d’en éteindre l’alimentation électrique ? Dès lors peut se poser l’horrible et angoissante question de la peur de l’oubli et le maigre réconfort apporté par la reconnaissance de quelques bribes de mémoire si volontiers ravivés par le rappel du devoir de mémoire, justification des commémorations.