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Echo des Lois

la loi Leonetti

sur la fin de vie et l’euthanasie

lundi 13 mai 2013, par Picospin

On se tourne vers le corps médical dans un geste désespéré, au lendemain de la création d’une mission sur les droits des malades en fin de vie, l’acharnement thérapeutique, la désignation d’une personne de confiance, le principe de collégialité et la loi Leonetti qui n’autorise pas l’euthanasie mais en fait une exception.

Spécialisation

Adopté à l’unanimité, cette loi concerne l’arrêt de l’acharnement thérapeutique déraisonnable, la question de la vie et de la mort, auxquelles on cherche des réponses dans des établissements comme Jeanne Garnier, à Paris, spécialisés dans les soins palliatifs dont bénéficient des atteintes neurologiques comme la sclérose latérale amyotrophique qui paralyse le corps comme celui d’une dame âgée qui a cherché des réponses dans cette unité. Elle redoute d’être paralysée, mais il est difficile de juger la pertinence de chaque demande, où se joue la confrontation à la mort. Daniel d’Hérouville est le médecin responsable de l’Unité, chargé d’éviter les inconforts, de travailler à l’essor des SP dont le développement a modifié le comportement des autres médecins qui aident les autres soignants, dans une révolution culturelle, même si 30% de malades ne bénéficient d’aucune prise en charge et que la loi Leonetti ne permet pas de prescrire. Dans une lettre dictée avant de mourir, Vincent Imbert voulait interpeller le président de la République, qui a répondu que nous n’avons pas le droit d’interrompre le cours de la vie, alors qu’il a mis fin à ses jours pour une maladie génétique incurable, faite de l’association de la myopathie+Alzheimer, et que l’on espérait dans le vote d’une loi d’où je veux laisser des directives anticipées.

Otage

« Comme cette demande n’a pas été prise en compte, je suis l’otage du corps médical. » En pratique, le choix du malade ne va pas être écouté si on se réfère au texte de la loi votée. Avant de se suicider le malade, jeune garçon a laissé un enregistrement, dans lequel il affirme espérer que le débat ne partira pas dans l’eau. Il n’est pas mort en paix, il avait caché ses intentions, avait peur qu’on l’empêche d’accomplir son geste. Romero, président de la DMD, déclare qu’on ne sort pas de cette logique. Ni euthanasie, ni promesse de loi ne figurent dans le texte de loi voté en France ce qui autorise à ne pas avoir honte de copier les lois en Belgique et Hollande. La question reste taboue devant les médecins. Dans le procès de Périgueux, où le risque pour une des accusées est de 30 ans de prison, elle se trouvait seule devant des vomissements de selles, si bien que la jeune médecin n’a pas osé aller au bout des ses intentions et a déclenché une longue procédure. L’euthanasie est un acte interdit, ce qui est attesté par des lettres de confrères, si bien qu’elle se trouve au cœur d’une instruction judiciaire, qui n’est pas sans conséquences pour l’entourage en général et certaines infirmières prostrées, en particulier. Le geste de l’accusée est un acte d’amour pour lequel il ne faut pas se faire attraper et qui n’est ni de l’empoisonnement ni de la compassion, même si on peut s’attendre à ce qu’elle ne sera jamais réhabilitée par la justice.

Un délit ?

Ce n’est pas un délit, dans le code pénal, où l’euthanasie active n’est pas inscrite. Elle ne répétera jamais ce geste, alors que 60% des praticiens approuvent cette position, ce qui incite à poser la question de « comment accepter de donner la mort quand on a juré de donner la vie ». Un autre patient demande l’application de la loi Leonetti, au moment où le blocage juridique dure plusieurs mois, ce qui amène le Dr d’Hérouville, à préconiser l’« arrêt du traitement dans le cadre d’une loi difficile à appliquer ». On ne forcerait personne à participer à cette prise en charge, quand il s’agit d’une demande légale d’arrêt de traitement, le soignant a l’impression de participer à donner la mort, les équipes médicales doivent être conscientes que l’euthanasie et les soins palliatifs doivent être séparés, car l’euthanasie n’est pas un acte de soin. La question divise les soignants et les gens, quand il est impossible de distinguer l’aide médicale au suicide. Les médecins comprennent mal cette loi. Les malades réclament l’application de la loi mais les médecins ne l’appliquent pas. La médecine doit savoir se retirer à un moment ou un autre de l’évolution d’une maladie grave. L’euthanasie n’est pas le dernier geste, surtout quand on connaît tous les moyens qu’on a pour soulager les personnes. Didier Sicard, ancien Président du CCNE dit que la loi est mal connue et mal appliquée. Les malades réclament et les médecins ne l’appliquent pas mais en aucun cas elle mérite d’être modifiée ou retirée.

Sédation et directives

La sédation et les directives anticipées la constituent, mais les médecins ne l’appliquent pas, quand les malades angoissés réclament de leurs médecins la promesse de « vous ne m’abandonnerez pas ». Si j’éliminais la douleur, il y aurait droit de créance, mais il n’y a pas de droit à la mort comme il y a un droit à la vie, si l’on en croit les termes la loi. On a tous les moyens pour soulager les personnes, la loi ne mérite pas d’être modifiée en profondeur. Il faut faire évoluer la loi, d’autant plus qu’elle était révolutionnaire, « vous ne me laisserez pas souffrir », vous ne me prolongerez pas de manière anormale, « et si j’éliminais la souffrance ? » « Est-ce que vous pourrez me donner la mort, je demande à la société de ma donner la mort », qui est l’exception d’euthanasie, la loi écrit la règle mais pas l’exception dans une situation d’exception. On a demandé aux médecins de sortir du tabou de la mort.

Risque de loi totalitaire

Si la loi devait s’appliquer dans tous les cas, toutes les circonstances et en tous temps, ce serait une loi totalitaire. Avec cette loi, on a modifié en profondeur le regard sur la vie, la fin de vie et la mort. Le juge ayant l’opportunité des poursuites ne poursuivra pas dans ces cas d’exception. S’interroger sur la mort est acceptable sinon de rigueur, ne pas la réclamer est une autre affaire qui justifie approfondissement de la réflexion, de l’argumentaire et d’autres invitations à la table des débats.

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