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Comment enseigner et qu’enseigner :

le contenu des fameux programmes scolaires

Trop ou pas assez ?

dimanche 8 septembre 2013, par Picospin

. En revanche, on se préoccupe beaucoup moins en haut lieu de savoir si les enseignés ont bien compris tout ce que l’enseignant leur a appris, expliqué, détaillé. Il faut avoir survolé tous les titres, quitte à être passé au-dessus d’eux avec une certaine distance telle que l’assimilation s’est arrêtée en route et a laissé de côté les fragments les plus importants de la matière enseignée.

Coupable ou non coupable ?

C’est exactement ce que traduit la petite phrase prononcée des centaines de fois comme pour culpabiliser l’élève d’être responsable du trou, de la lacune dans le programme d’enseignement, celle qui va laisser une tâche indélébile, une honte inscrite sur le front du malheureux élève qui aurait laissé quelques parts dans l’ombre avant de les sortir vers la lumière. C’est la même petite musique dans les réunions de rentrée. D’une discipline à l’autre résonne un identique : " Cette année, il faudra que vous soyez vigilants, vous, les parents. Le programme est très chargé et je vais devoir passer rapidement sur quelques chapitres, sinon nous ne le terminerons pas. " Qu’importe en effet que la numérotation des rois de France ne corresponde pas à la vérité, à la précision chronologique alors que l’essentiel est de comprendre comment le politique et la politique ont évolué au fur et à mesure des conflits, des négociations internes et internationales, des rapports de force et encore plus des guerres au cours desquelles des millions de cadavres ont jonché les sols des pays engagés dans ces rituels mortifères. Il ne faut surtout pas laisser de trous, de brèches, de crevasses dans lesquelles on pourrait tomber et se fracturer une jambe, sinon le crâne au risque de perdre la mémoire et la compréhension des faits, des évènements, de leur signifié et de leur signifiant.

Des spécialistes

Cette société, où 65 millions de " spécialistes " de l’école passent leurs dîners à pleurer sur l’orthographe d’antan ou sur la disparition des repères chronologiques au profit d’une approche thématique de l’histoire, ne s’insurge jamais contre des programmes infaisables, dépassés, aux vertus formatrices douteuses et en complète contradiction avec le socle commun de connaissances et de compétences qu’est censé maîtriser chaque élève en fin de scolarité. On se pose continuellement la question des auteurs, créateurs, improvisateurs des fameux programmes qui dessinent une génération et désignent à la vindicte les pauvres hères qui sont passés à côté des matières considérées comme essentielles à la culture, comme si cette dernière était la surface qui cache les profondeurs, l’ignorance qui masque l’incompréhension, la mémoire qui dispense de la critique. « En 2005, la loi d’orientation pour l’avenir de l’école de François Fillon supprimait l’instance de concertation. Depuis, le flou a réinvesti la fabrique à contenus, en attendant cet automne la création du Conseil supérieur des programmes (CSP) par le ministre de l’éducation, Vincent Peillon. »

Un nuage ?

On commence à proposer de se fier davantage à un élargissement des thèmes abordés ou approfondis au cours d’un enseignement que de se restreindre, comme dans l’enseignement prodigué en France à tous les évènements qui se passent à l’intérieur de l’hexagone, comme si les sciences, l’éthique, la morale, les langues et autres modes de pensée devaient s’arrêter aux frontières comme ce fut le cas lors de l’accident de Tchernobyl lorsque les nuages toxiques « s’étaient arrêtés aux frontières » par un coup de baguette magique donné par une héroïne à la Jeanne d’Arc ou un homme providentiel, capable de protéger la nation de tous les dangers qui la menacent. " En Italie, en Finlande ou au Royaume-Uni, à partir d’une trame nationale, par établissement ou par bassin d’éducation, les enseignants construisent ensemble les contenus qui, à leurs yeux, vont le mieux permettre de parvenir aux objectifs nationaux, explique M. Gauthier. C’est le seul moyen dont nous disposons pour sortir des programmes encyclopédiques que nous faisons subir à nos enfants. Ce système offre par ailleurs une cohérence entre les différents niveaux et les disciplines et donne aux enseignants une vraie marge de manoeuvre. " Une autre façon de travailler existe qui est en vigueur sur une bonne partie de la planète et qui a au moins quatre vertus. Elle constitue une revalorisation du métier par son coeur, les contenus ; elle légitime le travail en commun au sein d’un établissement ou d’un bassin d’éducation et contribue, de fait, à créer une équipe pédagogique, si difficile à faire exister en France ; elle sort de la clandestinité les enseignants qui, dans les zones les plus difficiles, appliquent un " sous-programme officiel " sans oser le dire ; surtout, elle donne un coup de jeune aux enseignements - les enseignants qui pensent chaque chapitre en détail connaissent leurs élèves, pressentent ce qui va accrocher leur attention et ce qui risque de ne pas les captiver.

Trop d’informations ?

Les enseignants pourtant chevronnés ne semblent pas se rendre compte que la quantité des informations qu’il faut transmettre à un enseigné ne cesse d’augmenter ce qui finit par saturer les possibilités d’assimilation et de compréhension pour un niveau d’élève moyen même si la plasticité cérébrale concourt à développer de plus en plus de connexions neurales pour finir par créer des cerveaux aussi bien remplis que bien faits. « La vraie question reste la définition du savoir scolaire et le rapport qu’il doit entretenir avec les savoirs savants. » " En sciences, j’ai eu des patrons de groupe formidables qui ont vraiment eu à coeur de faire entrer en classe le meilleur des connaissances scientifiques du moment, se réjouit l’ancien ministre. Bien choisir ces responsables sera une des conditions de réussite du nouveau conseil supérieur que va mettre en place Vincent Peillon. " Internet devrait pourtant obliger à repenser de fond en comble quelques leçons. Que faut-il apprendre par coeur ? Que signifie " savoir compter " au XXIe siècle, à l’heure où les ordinateurs sont accessibles ? Faut-il considérer cet apprentissage comme structurant pour le cerveau, ce qu’estiment les neurosciences, ou superflu, comme la pratique de bien des classes semble le laisser entendre ? La question est essentielle, mais qui osera la poser ? Ni les parents ni les enseignants. . " Comment alléger les programmes d’histoire du primaire ?, se demande-t-il.

Que traiter, qui traiter et quoi traiter ?

Simplement en limitant avec précision ce que l’enseignant doit traiter. Si un programme indique juste qu’il faut raconter la révolution aux écoliers, le maître s’y perd. Il faut lui dire que cette période sera à nouveau étudiée dans le secondaire et que lui, professeur des écoles, doit s’arrêter à quelques moments hautement symboliques comme la nuit du 4 août 1789. Et c’est tout ! Du temps du Conseil national des programmes, nous avions conçu des documents d’accompagnement que les enseignants appréciaient énormément. "Sur ce sujet comme sur bien d’autres, le ministre aura besoin d’un vrai courage politique. Les programmes enseignés n’intéressent personne, mais il suffit de vouloir les changer pour susciter des aigreurs, quelle que soit l’option choisie. Vincent Peillon n’y va pas la fleur au fusil. Au chef de l’État qui l’a missionné pour refonder l’école, il a récemment expliqué combien ce sujet était difficile à manier, comparant même sa première année rue de Grenelle et le tollé suscité par sa réforme des rythmes scolaires à une " promenade de santé " comparée au dossier des programmes.

Une stratégie

Sa stratégie passera évidemment par une ouverture maximale du cénacle. Les enseignants auront leur mot à dire et bénéficieront même de temps d’enseignement banalisé pour travailler le sujet. Quant à la représentation nationale, elle sera elle aussi priée de mettre la main à l’ouvrage. Le temps presse, l’émulation force à élaborer, créer et prendre des risques même si des modèles d’enseignement existent ailleurs qui font leur preuve chaque jour par les résultats apportés par des classements comme celui de Shanghai qui est moins une direction à suivre qu’un modèle à sculpter, modifier, embellir.

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