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De mandats conservés à indemnitées versées

• La présidente du Medef exige des démissions : nettoyage éthique ?

Comment mettre de l’ordre (moral ?) dans les relations entre syndicats et Mutuelles ?

dimanche 16 mars 2008, par Picospin

Cette fois, Laurence Parisot aurait réagi trop vivement au comportement de certaines personnalités de l’UIMM selon les déclarations de l’avocat personnel de DGS qui s’est étonné de sa « véhémence » et l’a appelée à « garder son sang-froid. Cette opinion est partagée par l’avocat de l’UIMM pour qui « l’affaire est suffisamment délicate pour qu’il soit utile de répliquer avec autant d’agressivité ».

Des contrats avantageux

Après la révélation des deux contrats signés en faveur de DGS, soit une indemnité de 1,5 million et la garantie que l’UIMM assumerait les conséquences fiscales des retraits suspects, elle a demandé aux membres de l’UIMM de remettre les mandats qu’ils détiennent dans des institutions au nom du Medef. Ce qu’avait fait la veille au soir le secrétaire général de Renault pour la présidence de l’Unedic et de la commission sociale du Medef. Le délégué général adjoint de l’UIMM, mis en examen le 15 février, trois jours après avoir été élu à la présidence de l’A.G.I.R.C. (retraite des cadres), un poste traditionnellement dévolu à l’UIMM avec le soutien du Medef. C’est ce mandat que vise Laurence Parisot, ainsi que ceux qu’a gardés DGS au Conseil Economique et Social et au Conseil d’orientation de l’emploi.

« Méprisant et méprisable »

Leur sort sera discuté au bureau exceptionnel qu’a convoqué Frédéric Saint-Geours, le nouveau Président de l’UIMM. Ce bureau devrait être fort agité, car nombre de ses membres partagent la colère de Laurence Parisot, pour qui le contrat passé avec DGS est « méprisant et méprisable ». « Nous sommes un certain nombre à être scandalisés par les termes du contrat que l’on découvre aujourd’hui ». D’autres digèrent mal la violence de la réaction de Laurence Parisot, comme si la présidente du Medef voulait tuer cette vieille industrie qui n’a pas voté pour elle et qui l’empêche de moderniser l’organisation patronale. C’est sur la réconciliation entre l’opinion et les entreprises que Laurence Parisot a fait campagne à la présidence du Medef, et cela reste son obsession. Elle l’a montré à plusieurs reprises en se scandalisant des indemnités faramineuses versées à de grands patrons sur le départ : cette nécessaire réconciliation passe, selon elle, par la pratique du respect, du sens de l’intérêt général et de la transparence. Elle appelle au rassemblement des « modernes », de tous ceux qui veulent rompre avec les pratiques du passé comme l’UIMM, pour construire « le patronat du XXIe siècle » et entrer dans l’ère de « l’éthique ».

De nouveaux contrats juteux

Il n’y a, à première vue, aucun rapport entre le succès d’EADS aux États-Unis et la crise qui secoue le patronat français. En apparence aux antipodes l’un de l’autre, ces deux dossiers se rejoignent en réalité car ils illustrent les deux faces de la vie des affaires. La première, gagnante, couronne la crédibilité d’un management et la qualité d’un projet industriel, qui permet à un grand groupe européen de se projeter dans l’avenir. La seconde, perdante, met au jour une guerre sans merci entre courants patronaux à propos de pratiques douteuses, longtemps et tacitement acceptées, qui renvoient au passé. La victoire d’EADS consacre une entreprise européenne de haute technologie, tournée vers l’international, qui est parvenue à concurrencer Boeing sur son propre terrain. Il est vrai que cette entreprise américaine n’est pas exempte dans le passé de conduites éthiques discutables Le succès résulte non seulement du savoir-faire des ingénieurs d’EADS, qui ont conçu un appareil moins cher et plus performant que celui de Boeing mais aussi d’une approche efficace du marché concrétisé par une alliance judicieuse avec son partenaire américain Northrop Grumman, condition indispensable au succès industriel.

Règlements de compte et intérêt général

On peine à le croire, mais c’est pourtant la même entreprise qui défrayait la chronique, voici à peine quelques mois, en étalant sur la place publique les guerres intestines entre ses dirigeants et, plus grave, d’impardonnables dysfonctionnements. Désuni, englué dans des luttes claniques, EADS s’était mis en difficulté en compromettant le programme de l’A 380. Le même groupe en ordre de bataille, tendu vers son objectif, a décroché cet important contrat. Les heurs et malheurs d’EADS devraient être médités au Medef menacé d’implosion. C’est l’autre face du miroir, celle qui privilégie les affrontements internes et les règlements de compte à l’intérêt général. L’affaire DGS concentre les travers de la vie des entreprises qu’une économie moderne ne peut plus accepter. On y trouve des financements opaques, des relations sociales douteuses, un silence pesant et de grasses indemnités accordées au principal protagoniste. On comprend la colère de Laurence Parisot, qui, depuis son élection, bataille non sans un certain courage pour une rénovation en profondeur des mœurs de son organisation. Car, autant que les entreprises, le mouvement patronal dans toutes ses composantes doit cultiver la transparence et être en mesure de revendiquer les pratiques les plus exemplaires. Au passage, la remarque vaut aussi pour les autres syndicats. Si les luttes de pouvoir et d’influence ne sont évidemment pas absentes du psychodrame qui se joue en ce moment, l’enjeu du bras de fer actuel entre anciens et modernes va bien au-delà. Son issue dira si le Medef choisit ou non de tirer un trait sur le passé pour concentrer ses forces à préparer l’avenir.

Questionnement éthique :

1. Quel peut être l’impact de l’exemple donné par les groupements qui gèrent la société au sommet de l’état et de l’économie aux simples citoyens qui n’ont jamais accès ni aux secrets de fonctionnement ni aux ententes tacites ni aux reversements douteux des leaders d’opinion et d’organisation ?

2. Peut-on et doit-on s’interroger sur une quête éthique destinée à retrouver le principe responsabilité si cher à Hans Jonas ?

3. Est-ce que la peur d’engager l’avenir peut constituer la première obligation d’une éthique de la responsabilité historique, quitte à ce qu’elle se transforme en angoisse, jamais en anxiété ?

4. Est-il raisonnable d’évoquer une heuristique de la peur capable de dépister le danger opération pour laquelle la théorie de l’éthique a besoin de la représentation du mal et du bien pour opérer ?


Sources :
Jonas H. Le principe responsabilité. Paris 1990. Les Editions du Cerf.
Le Figaro, 3 mars 2008.