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Ordre des Médecins vs CCNE

une nouvelle compétition pour la maitrise de la douleur et la dignité de l’homme ?

Prochains débats à suivre

vendredi 15 février 2013, par Picospin

Parmi eux, le plus sensible était et devait être celui de l’euthanasie, même si en l’occurrence, il s’agit plus de définir les meilleures conditions à offrir à ceux qui veulent encore vivre qu’à ceux qui, acculés à la mort, se débattent avec ce qui leur reste de vie.

Ordre des Médecins

C’est bien pour cette raison que paraît de façon surprenante un article commençant par la phrase suivante « Il n’était pas attendu sur cette ligne-là. Jeudi 14 février, l’ordre des médecins a rendu public un avis intitulé " Fin de vie, assistance à mourir " dans lequel il se dit favorable, " par devoir d’humanité ", à une aide à mourir sous la forme d’une " sédation terminale ". Cette forme de mort douce par sédation serait offerte à des patients auxquels la législation actuelle n’apporte pas de réponse. Depuis le vote de la loi Leonetti en 2005, l’ordre des médecins, réputé conservateur sur les questions de société, s’était toujours montré opposé à toute évolution de la législation sur la fin de vie. Il lève là un tabou. » Il s’appelle « sédation terminale » définie comme procédé médicamenteux par lequel un patient est plongé dans le coma, pour être soulagé de ses douleurs physiques et psychiques. La sédation est terminale quand elle plonge dans l’inconscience le patient incurable jusqu’à sa mort, qui peut intervenir au bout de plusieurs jours.

Une Loi

La loi Leonetti la permet sous conditions et après décision collégiale. Il est souvent reproché à la médecine de pratiquer alors des sédations avec réveils provoqués (appelées " stop ou encore " sédatif) pour demander au patient s’il souhaite reprendre ses traitements, ou les arrêter. On attendait les instances sacralisées et hautement compétentes du Comité d’Éthique, c’est l’avis du Conseil de l’Ordre des Médecins qui arrive sur la pointe des pieds, comme pour précéder le premier en lui coupant l’herbe sous les pieds. Ce faisant, le Conseil de l’Ordre fait aussi quelque chose que le Comité d’Éthique n’avait pas souvent reconnu dans sa volonté de favoriser le « confort » des derniers instants de vie. Celui de reconnaître insidieusement que la mission de calmer la douleur, de lutter efficacement contre la souffrance n’était pas toujours suivie d’un effet spectaculaire et qu’il est des souffrances que les meilleures équipes ne parviennent pas à soulager, encore moins à supprimer, faute de disposer d’une panoplie d’antalgiques suffisamment active pour conforter, réconforter, soulager et permettre au mourant de partir avec le maximum de sérénité. Elle " peut n’offrir aucune solution pour certaines agonies prolongées ou pour des douleurs psychologiques et/ou physiques qui, malgré les moyens mis en oeuvre, restent incontrôlables ".

Des requêtes

Et l’Ordre d’en rajouter en précisant qu’il s’agit de répondre à " des requêtes persistantes, lucides et réitérées de la personne atteinte ", dans des situations où les soins curatifs sont devenus inopérants et où des soins palliatifs ont été instaurés. L’assistance médicalisée à mourir devrait relever de la décision d’un collège médical, et non d’un seul médecin, auxquels seraient accordé le droit de refuser d’administrer une sédation terminale, ajoutant que les médecins n’en garderaient pas moins " le devoir d’accompagner leurs patients jusque dans leurs derniers jours ". L’interdit fondamental de donner délibérément la mort à autrui ne saurait être transgressé par un médecin agissant seul ". Les sondages recueillis auprès des médecins montrent que 95% sont favorables à l’instauration d’une clause de conscience, 60 % se disent favorables à l’euthanasie. Dans les cas où le patient est conscient, ils sont 42 % à vouloir être consultés sans toutefois participer à la décision de fin de vie, 35 % à vouloir y participer, et 13 % à souhaiter pouvoir la bloquer. Ils sont en outre 37 % à souhaiter pouvoir participer à la phase d’administration des produits. Par ailleurs, si 58 % se disent opposés au suicide assisté, 39 % y sont favorables.

Des lignes qui bougent

Avec la prise de position de l’ordre, les lignes semblent bouger. Favorable à l’euthanasie, l’ADMD, qui ne voit néanmoins pas les choses ainsi rappelle que " la sédation terminale existe depuis huit ans en France " - mais qu’elle est peu appliquée. Le point de vue du Comité Consultatif National d’Éthique, annoncé pour avril, pourrait prendre la forme d’un avis sur les questions posées par le suicide assisté ou l’aide à mourir, ou aller jusqu’à une recommandation. Est-ce que ce préambule au débat sur l’interdit absolu du 6è Commandement permettra d’ouvrir plus sereinement la réflexion sur l’interdit de tuer, l’affirmation réitérée de la sacralité de la vie, la reconnaissance de la valeur intrinsèque de la personne ? Le débat promet d’être violent par l’importance des enjeux et des pouvoirs impliqués dans l’analyse de ces actes qui impliquent la négation totale d’autrui et la volonté d’anéantissement, de destruction du corps d’autrui et de la prise de possession de ses biens. La limite à cette volonté de puissance est tracée par l’impossibilité d’abolir la transcendance de l’autre, la mise en œuvre et la manifestation d’une transgression et la réalisation d’un anéantissement.

Interdits

Ces interdits relèvent moins de l’application de la Loi que d’une conception de l’éthique comme loi, à condition de prendre cette dernière comme dimension du rapport à l’autre où se joue aussi le rapport à soi-même, à la primauté de la responsabilité sur la liberté, telle qu’elle est rappelée par autrui. Belle et astucieuse occasion de glisser vers les considérations nécessaires, voire indispensables à l’examen analytique du génocide qui nie l’humanité de certains hommes, renonce à considérer, respecter, l’unité du genre humain, de la proximité avec les autres hommes dans une relation privilégiée de fraternité. Celle-ci n’inclut pas les animaux, heureusement pour les éternelles discussions sur les massacres des bêtes qui entrent dans le cadre de l’aporie même si l’homme est pris en flagrant délit de transgression quand il s’arroge le droit absolu de cette transgression sur certaines catégories d’autres vivants en y ajoutant une dimension de violence et d’injustice, reflet des agissements et révélateur du type de société en élaboration sinon en construction, malgré les reculs enregistrés plus récemment sur les ostracismes autrefois manifestés dans les cadres de l’esclavage, de la colonisation et de la peine de mort.

Progrès de l’humanité

Est-ce un progrès de l’humanité, conduit au sein de quelques hémicycles par des hommes et des femmes d’exception, armés du courage, de la volonté d’originalité pour braver les opprobres des tenants du conservatisme, enfin susceptibles d’être libérés du poids de la stagnation pour tenter une sortie vers le bien vivre, avec et par les autres dans des institutions justes et la récompense de se voir porteur de voeux de bonheur.

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